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Anxiété de guerre en France :
pourquoi 9 sur 10 sont inquiets et comment se protéger

L'anxiété de guerre est devenue un bruit de fond en France : 87 % des Français se disent inquiets face à la guerre au Moyen-Orient (ELABE/IFOP), sur fond de pouvoir d'achat fragile. Symptômes, doomscrolling, recours, Mon Soutien Psy à 50 €.

Mis à jour le jeudi 28 mai 2026 — 16h00
6 min
Jeune femme consultant son téléphone dans son lit la nuit, illustrant le doomscrolling et l'anxiété
Le doomscrolling, consultation compulsive des alertes sur le téléphone, est l'un des symptômes les plus répandus de l'anxiété de guerre© Elisa SCHU / DPA via AFP

On ne la trouve dans aucun bilan du ministère de la Santé. Elle n'a pas de code dans la classification internationale des maladies. Elle ne se dépiste pas en pharmacie. Pourtant, elle touche neuf Français sur dix.

L'anxiété de guerrewar anxiety, comme l'appellent les Anglo-Saxons — s'est installée comme un bruit de fond durable : une peur diffuse qui ne se traite ni par antibiotique ni par décret, mais qui revient nuit après nuit, alerte après alerte. Née de l'enchaînement des crises — guerre au Moyen-Orient, menaces sur le pouvoir d'achat, dérèglement climatique —, elle déborde largement le cercle des personnes habituellement sujettes à l'angoisse.

87 % d'inquiets : ce que les sondages mesurent

Le chiffre vient d'un sondage ELABE pour BFMTV réalisé auprès d'un millier d'adultes représentatifs : 87 % des sondés se déclarent inquiets face à la guerre au Moyen-Orient, et 44 % « très inquiets » — un bond de douze points en deux semaines. D'autres chiffres complètent le tableau : 90 % redoutent un impact négatif sur leur pouvoir d'achat, 82 % estiment que le conflit augmente le risque d'attentat en France. Ce ne sont pas des chiffres d'opinion politique, mais des indicateurs de souffrance psychique : quand une telle proportion de la population exprime une inquiétude durable, l'analyse bascule de la préoccupation citoyenne à la santé publique.

Qu'est-ce que la war anxiety ? Définition et symptômes

La war anxiety n'est pas un diagnostic reconnu par le DSM-5-TR ni par la CIM-11. Le concept est apparu dans la littérature scientifique anglo-saxonne après le déclenchement de la guerre russo-ukrainienne, en février 2022, pour décrire un état de stress chronique lié à un contexte géopolitique perçu comme menaçant. Les médecins généralistes français signalent une hausse des consultations pour des symptômes communs : insomnies avec ruminations sur l'actualité, irritabilité, difficultés de concentration, défilement compulsif des alertes — le doomscrolling —, tensions corporelles sans cause organique. Pris isolément, chacun de ces signes paraît banal ; leur accumulation sur plusieurs semaines, dans une population non clinique, ne l'est pas. Antoine Pelissolo, professeur de psychiatrie à l'hôpital Henri-Mondor (Créteil) et spécialiste des troubles anxieux, invite à distinguer la simple inquiétude de l'anxiété chronique qui justifie une consultation.

Guerre, prix, climat : une triple anxiété

Ce qui rend la séquence singulière, c'est la convergence de trois sources d'angoisse qui se nourrissent. La première est géopolitique : la guerre au Moyen-Orient, les menaces nucléaires, les recherches sur la mobilisation générale qui ont explosé, l'idée que le pire est devenu probable. La deuxième est économique : l'inflation se lit sur chaque ticket de caisse, et le pouvoir d'achat reste la première préoccupation déclarée. La troisième est climatique : l'éco-anxiété, déjà documentée chez les 18-30 ans, se superpose désormais à l'anxiété de guerre. Quand un retraité s'inquiète à la fois du prix du fioul, de la sécheresse à venir et d'un conflit qui pourrait dégénérer, ce n'est pas de la fragilité : c'est une lucidité à laquelle le système de santé n'offre pas de réponse adaptée.

Doomscrolling et impuissance apprise

Deux concepts cliniques éclairent la mécanique. Le doomscrolling — le défilement compulsif des contenus négatifs, surtout au coucher et au réveil — maintient le cerveau en état d'alerte : exposé en continu à des signaux de menace, il fragmente le sommeil et nourrit l'angoisse matinale. S'y ajoute l'impuissance apprise, théorisée par les psychologues Martin Seligman et Steven Maier : quand un individu perçoit que les menaces échappent à tout contrôle personnel, il cesse de chercher des solutions, il subit. L'anxiété de guerre mêle les deux — une information continue qui maintient l'éveil, et le sentiment d'impuissance face à des événements qui se jouent à des milliers de kilomètres.

Les enfants, premières éponges

Une dimension reste peu documentée : la transmission aux enfants. Les enseignants signalent des cauchemars liés à la guerre, des questions sur les bombes et les abris, des refus d'aller à l'école, des régressions chez les plus jeunes. Quand un élève de CM2 demande si les bombes peuvent tomber en France, le « non, ne t'inquiète pas » ne suffit plus — parce que l'adulte se pose la même question. Or les psychologues de l'Éducation nationale sont en sous-effectif chronique : environ un pour 1 500 élèves, là où les organisations professionnelles réclament un pour 600 à 800.

Mon Soutien Psy : ce que le dispositif couvre

Le dispositif Mon Soutien Psy a été refondu : douze séances par an remboursées (contre huit), 50 euros par séance (contre 30), et un accès direct au psychologue sans ordonnance préalable. L'Assurance maladie prend en charge 60 % du coût, la complémentaire le reste si le contrat le permet. L'avancée est réelle, mais reste en deçà d'une crise d'anxiété de masse : douze séances ne suffisent pas à la majorité des patients en souffrance prolongée, et le dispositif n'inclut pas les psychiatres — vers qui renvoie tout suivi spécialisé, avec ses délais et ses dépassements, sur fond de pénurie de psychotropes.

Quand consulter ? Les signaux d'alerte

L'inquiétude est une réaction normale à un contexte anxiogène ; elle devient problématique au-delà d'un certain seuil. Quatre signaux justifient une consultation : une durée supérieure à deux semaines sans amélioration malgré les efforts pour limiter l'exposition aux informations ; une altération du fonctionnement quotidien (travail, proches, sorties) ; des symptômes physiques persistants (insomnie, tachycardie, troubles digestifs sans cause organique) ; des pensées noires ou idées suicidaires, même fugaces. En cas de pensée suicidaire, le 3114, numéro national de prévention du suicide, est joignable gratuitement 24 heures sur 24, par téléphone ou messagerie.

Trois gestes qui aident

Les recommandations convergentes des spécialistes tiennent en trois principes. S'informer sans se noyer : une à deux consultations d'actualité par jour, à heures fixes, suffisent ; désactiver les notifications d'alerte est l'un des conseils les plus cités. Maintenir les routines corporelles : petit-déjeuner régulier, trente minutes de marche, sommeil stable — le corps sert d'ancrage quand le mental dérive. Parler en face à face, pas dans l'abstrait des réseaux sociaux qui amplifient l'anxiété sans la nommer, mais dans un cadre qui autorise l'aveu de vulnérabilité.

Reste le niveau collectif, où la réponse française paraît sous-dimensionnée. La santé mentale a beau avoir été déclarée grande cause nationale, il manque encore une campagne grand public pour destigmatiser la consultation, un vrai renforcement de la médecine scolaire et un forfait psy élargi au-delà de douze séances pour les anxiétés qui durent. En attendant, chacun fait avec. Les Français ne sont pas isolés : ils sont épuisés d'avoir peur ensemble.

L'essentiel

  • L'anxiété de guerre touche neuf Français sur dix (87 % d'inquiets, 44 % « très inquiets » selon ELABE) : un état de stress chronique, pas un diagnostic médical, nourri par la guerre, l'inflation et le climat.
  • Symptômes typiques : insomnies, irritabilité, doomscrolling, tensions corporelles ; quatre signaux (durée > 2 semaines, vie quotidienne altérée, symptômes physiques, pensées noires) doivent conduire à consulter — 3114 en cas d'urgence.
  • Mon Soutien Psy rembourse 12 séances à 50 € en accès direct, mais reste sous-dimensionné face à une anxiété de masse que la réponse publique peine à prendre en charge.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que la war anxiety ?
La war anxiety est un état de stress chronique lié à un contexte géopolitique perçu comme menaçant. Le terme est apparu dans la littérature scientifique anglo-saxonne après le déclenchement de la guerre Russie-Ukraine en février 2022. Ce n'est pas un diagnostic psychiatrique reconnu par le DSM-5-TR ni par la CIM-11, mais un phénomène mesuré par les sondages : 87 % des Français se déclarent inquiets face à la guerre au Moyen-Orient (ELABE pour BFMTV, 31 mars-1er avril 2026, niveau confirmé depuis par IFOP et Ipsos).
Quels sont les symptômes ?
Insomnies (souvent vers 3 h du matin avec ruminations sur les actualités), irritabilité, difficulté à se concentrer, défilement compulsif des alertes sur le téléphone (le doomscrolling), tensions corporelles (maux de tête, douleurs dorsales, troubles digestifs sans cause organique). Pris isolément ces signes sont banals, mais leur accumulation sur plusieurs semaines dans une population non clinique signe une souffrance anxieuse.
Quand faut-il consulter ?
Les psychiatres distinguent quatre signaux d'alerte qui justifient une consultation médicale : durée supérieure à deux semaines sans amélioration ; altération du fonctionnement quotidien (travail, vie de famille, sorties) ; symptômes physiques persistants (insomnie chronique, tachycardie, troubles digestifs sans cause organique) ; pensées noires ou idées suicidaires, même fugaces. En cas de pensée suicidaire, le 3114 est accessible gratuitement 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.
Comment fonctionne Mon Soutien Psy en 2026 ?
Le dispositif a été refondu en 2026 : 12 séances par an remboursées (contre 8 auparavant), 50 € par séance (contre 30 €), sans dépassement d'honoraires possible, accès direct au psychologue sans ordonnance préalable depuis 2026. L'Assurance maladie prend en charge 60 % du coût, la complémentaire les 40 % restants si le contrat le permet. Le tiers payant intégral est généralisé à partir du 1er octobre 2026, supprimant l'avance de frais pour la grande majorité des patients.
Que faire au quotidien pour limiter l'anxiété ?
Trois gestes selon les recommandations convergentes des spécialistes : (1) s'informer sans se noyer — une à deux consultations d'actualité par jour à des horaires définis, désactiver les notifications push d'actualité ; (2) maintenir les routines corporelles — petit-déjeuner régulier, 30 minutes de marche par jour, rythme de sommeil stable ; (3) parler en face à face, dans un cadre qui permet l'aveu de vulnérabilité sans jugement, plutôt que sur les réseaux sociaux qui amplifient l'anxiété.

Hélène Fabre

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