La fournaise commence à refluer, mais c'est maintenant que la facture sanitaire tombe. Météo-France a ramené à une cinquantaine le nombre de départements en vigilance rouge, une dizaine de moins que la veille, à la faveur d'un air plus frais venu de l'ouest — des conditions caniculaires devant toutefois persister une partie du week-end. Et dans les hôpitaux, la tension grimpe : aux urgences de l'hôpital européen Georges-Pompidou, à Paris, la situation est « extrêmement grave », a alerté leur chef, Philippe Juvin.
L'épisode restera dans les annales. Météo-France a porté jusqu'à soixante-douze départements en alerte rouge canicule, un niveau jamais atteint depuis la création du dispositif, en 2004 : 51,1 millions d'habitants en zone rouge, dont 5,6 millions de personnes de 75 ans et plus, selon un décompte de l'AFP. L'institut a parlé d'un épisode « d'intensité exceptionnelle », d'une sévérité proche de celle d'août 2003 — la canicule qui avait fait près de 15 000 morts en France. Surprise, pourtant, dans les services d'urgence : « la plupart des patients graves » admis ces derniers jours « sont jeunes, ils ont entre 30 et 50 ans », rapporte le Dr Jérôme Cuny, du Samu du Nord, qui appelle à la prévention « même pour les patients moins âgés ».
Un record, puis le reflux
Le pic est passé. Mercredi, le thermomètre était monté jusqu'à 43,8 °C à Palluau, en Vendée, lors de la journée la plus chaude jamais mesurée en France, qui effaçait le record de la veille. Depuis, la dégradation gagne par l'Atlantique : dix-sept départements devaient rétrograder du rouge à l'orange dans la soirée de samedi. Ce deuxième coup de chaud de l'année, après un premier épisode dès le mois de mai, a été « fortement aggravé par le changement climatique », selon une étude d'attribution : sans lui, les températures auraient été 2 à 4 °C plus fraîches. Pour le climatologue de Météo-France Matthieu Sorel, ces vagues « de plus en plus fréquentes » et « de plus en plus intenses » sont « un signe manifeste » du dérèglement ; les prévisions officielles tablent sur un réchauffement moyen de 2,7 °C en France d'ici à 2050.
Écoles, transports, événements annulés
L'épisode a désorganisé le pays. Plus de 850 000 collégiens ont passé les épreuves du brevet dans des salles parfois à 30 °C, où les ventilateurs « faisaient plus de chaud qu'autre chose », raconte un candidat marseillais. Face à un bâti scolaire mal adapté, EDF, la Banque des territoires, la Banque postale et l'État ont débloqué en urgence plus de 130 millions d'euros pour des travaux de rafraîchissement. Les transports ont tourné au ralenti — un train sur dix supprimé un temps en Île-de-France —, et la chaleur a privé d'électricité 46 000 foyers vendredi matin, surtout dans les Yvelines, en Gironde et les Hauts-de-Seine, selon Enedis.
Par crainte de saturer un système de soins déjà à l'épreuve, des rendez-vous ont été reportés ou annulés : la Marche des fiertés LGBT+ prévue à Paris et à Lyon, les courses « We run » de la capitale, le festival Solidays. Plusieurs villes, dont Paris, ont de nouveau interdit la vente et la consommation d'alcool sur la voie publique, en particulier avant un match de l'équipe de France — « ça déshydrate », justifiait un passant. Les bons réflexes, boire avant d'avoir soif et se mettre au frais, restent répétés à l'envi.
Une mortalité qui s'alourdit, les plus isolés en première ligne
Le bilan humain prend le relais des records. Le ministère de la Santé s'est dit « préoccupé par la survenue de décès à domicile sur l'ensemble du territoire », sans pouvoir les chiffrer, et le maire de Paris, Emmanuel Grégoire, a évoqué une « mortalité en hausse ». Le Premier ministre Sébastien Lecornu a concentré la vigilance « sur les personnes isolées à leur domicile » et martelé que « l'hôpital doit tenir », quand Matignon prévenait que « la pression hospitalière se prolongera plusieurs jours ». Pour mémoire, la chaleur avait tué quelque 5 700 personnes en France en 2025, après 3 700 l'année précédente, selon Santé publique France — les trois quarts des victimes avaient plus de 75 ans.
L'épisode déborde les frontières : au moins 150 millions d'Européens devaient subir plus de 35 °C, et l'Espagne a recensé au moins 212 décès attribuables à la vague de chaleur en quatre jours, contre 98 sur la même période un an plus tôt, selon l'Institut de santé Carlos III, à Madrid.
Mais tout le monde n'est pas logé à la même enseigne. Dans un rapport publié récemment, la Fondation pour le logement des défavorisés rappelle que les quartiers populaires sont surexposés aux « logements bouilloires » et à la précarité énergétique d'été. « On étouffe. Ils disent qu'ils font des travaux mais ça n'avance pas », souffle Léria, 32 ans, dans les tours Nuage de Nanterre. « Avant, c'était l'hiver qui était pourri, on crevait de froid. Maintenant, j'ai peur quand l'été approche. »











