Le panache de fumée a disparu du ciel d'Ille-sur-Têt, l'odeur de bois brûlé s'est atténuée — et pourtant rien n'est terminé. L'incendie qui a parcouru 4 900 hectares depuis samedi à l'ouest de Perpignan n'est « pas fixé », prévient le préfet des Pyrénées-Orientales, Pierre Regnault de la Mothe, même si « la situation s'améliore d'heure en heure », selon le directeur départemental d'incendie et de secours, Éric Belgioïno. Quelque 850 pompiers restent déployés sur le front.
Le feu a été contenu dans la nuit de lundi à mardi, grâce notamment à des contrefeux — des « feux tactiques » allumés pour « circonscrire, limiter et empêcher la propagation de l'incendie », explique le préfet. Reste à « tenir » une lisière de 40 kilomètres, « très active », dans des zones très difficiles d'accès, décrit le colonel Stéphane Clerc, directeur adjoint du SDIS 66. « Il y a une apparente sensation de sécurité parce qu'on ne voit plus de flammes (…) mais c'est un leurre parce qu'en fait, les lisières demandent, pour être traitées, un passage d'eau obligatoire et ça demande du temps », souligne-t-il, avec un personnel compté.
Douze mille personnes avaient été évacuées dimanche soir dans le massif des Aspres et à Ille-sur-Têt, dont les accès restent coupés par des barrages de gendarmerie. Les habitants de Taulis et de Taillet — une centaine et une soixantaine d'âmes — ont été autorisés mardi à rentrer chez eux ; une dizaine d'autres communes pourraient suivre dans les 24 heures. Le feu a fait 11 blessés légers, dont sept pompiers, et endommagé de nombreux bâtiments, dont une vingtaine de maisons à Rodès. Des renforts sont venus des départements voisins et de Roumanie, appuyés par d'importants moyens aériens.
Un risque élevé jusqu'à la fin de semaine
Le niveau de risque d'incendie reste élevé dans le département, en raison des températures et d'un phénomène de brise sèche, et le restera jusqu'à la fin de semaine, selon Charlotte Couture, de Météo-France : « Il y a plus d'un mois qu'il n'a pas plu du tout et plus de deux mois qu'il n'a pas plu de façon significative. » Les Pyrénées-Orientales figurent, comme 60 autres départements, en vigilance orange canicule, avec des pointes à 40 °C, après une fin juin déjà historique. Une saison des feux en avance de plusieurs semaines qui met les moyens nationaux sous tension.
Des feux en série dans tout le Sud
Six personnes « susceptibles d'avoir eu une action » sur des départs de feu ont été interpellées, a annoncé mardi le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, qui promet une réponse « implacable envers tous ceux qui, volontairement ou par imprudence, mettent en danger nos territoires ». Dans la Drôme, le feu de Die a parcouru 1 400 hectares en cinq jours dans une zone montagneuse inhabitée ; les pompiers redoutent de ne pas fixer ses trois fronts, « les moyens aériens (étant) toujours limités par la priorité donnée aux incendies majeurs dans les Pyrénées-Orientales », selon la préfecture. Dans le Gard, trois incendies, dont celui de Lédenon (540 hectares), sont maîtrisés et en voie d'extinction. En Lozère, un feu déclenché par des travaux agricoles a brûlé 200 hectares au causse Méjean ; un autre, à Saint-Bonnet-Laval, ne progresse plus après 130 hectares. Dans l'Hérault, celui de Carlencas-et-Levas (275 hectares) reste actif sans plus gagner de terrain.
Au-dessus des collines noircies de l'ouest de Perpignan, hélicoptères et bombardiers d'eau continuent de traverser le ciel.











