À l'entrée de la salle municipale de Canet-en-Roussillon, le personnel des campings trie les arrivants : à gauche, ceux dont l'emplacement a été épargné, à droite, les sinistrés. Après l'incendie qui a brûlé trois campings des Pyrénées-Orientales et forcé 1 700 campeurs à évacuer, certains n'ont plus qu'« un short et des claquettes », comme Stéphane Barbier, dont le mobil-home se trouvait « en plein milieu des parcelles brûlées ». Passé le choc, et alors que la saison s'annonce durablement chaude, une question très concrète se pose à chaque famille : qui rembourse quoi ?
Séjour interrompu ou réservation à venir : ce que doit l'établissement
Quand un incendie rend le séjour impossible, on est dans le cas d'école de la force majeure — un événement imprévisible, irrésistible et extérieur, prévu par l'article 1218 du code civil. Conséquence : le contrat est résolu et les sommes versées pour des prestations non fournies doivent être restituées. Les nuits non consommées se remboursent ; en revanche, la force majeure exonère l'établissement de toute indemnisation supplémentaire — le préjudice des « vacances gâchées » ne se plaide que si une faute est démontrée, par exemple un défaut de sécurité.
Même logique pour les réservations à venir dans un établissement qui ne peut plus accueillir : à Canet, l'un des trois campings devait rester fermé jusqu'au 20 juillet, un autre sans date de réouverture. Impossibilité d'exécution égale remboursement — l'exploitant peut proposer un report ou un avoir, mais ne peut pas l'imposer quand la prestation ne peut pas être fournie. Hors force majeure, ce sont les conditions générales de vente qui fixent le barème des annulations.
Caravane, mobil-home, affaires brûlées : chacun son assurance
Les biens détruits ne relèvent pas du camping, mais des contrats de chacun. Une caravane est un véhicule : c'est la garantie incendie de son assurance propre qui joue. Un mobil-home appartenant au vacancier s'assure par un contrat dédié d'habitation de loisirs. Les hébergements loués sur place — bungalows, mobil-homes du camping — relèvent de l'assurance de l'exploitant. Pour les affaires personnelles parties en fumée, tout dépend du contrat multirisque habitation : la garantie « villégiature » qu'incluent la plupart d'entre eux couvre d'abord la responsabilité du vacancier dans le logement loué, et l'extension aux biens emportés hors du domicile n'est pas systématique. Un appel à son assureur tranche en quelques minutes.
Un point souvent mal compris : un feu de forêt n'est pas une « catastrophe naturelle » au sens assurantiel. L'incendie relève de la garantie incendie classique des contrats, sans attendre d'arrêté ministériel. Dans tous les cas, les mêmes réflexes s'imposent : déclarer le sinistre à son assureur sous cinq jours ouvrés, photographier ce qui peut l'être, dresser une liste chiffrée des pertes et demander une attestation de sinistre à l'exploitant ou à la mairie.
Forfait, assurance annulation : les autres leviers
Si le séjour a été acheté en forfait auprès d'un opérateur — hébergement plus transport, par exemple —, le code du tourisme ajoute une protection : des « circonstances exceptionnelles et inévitables » au lieu de destination permettent d'annuler sans frais avant le départ, avec remboursement intégral sous quatorze jours, comme pour les vols annulés. Les assurances annulation et celles des cartes bancaires, elles, ne couvrent pas toutes les catastrophes : leurs listes d'événements garantis se lisent avant d'y compter, pas après.
Au centre d'accueil de Canet, des bénévoles distribuaient vendredi les vêtements apportés par les riverains, et les enfants de Delphine, qui a perdu sa caravane, coloriaient un papillon en attendant. « Dépitée », elle résumait ce que le droit ne sait pas réparer : on rembourse des nuitées, pas des vacances.











