Pendant que le thermomètre frôle les 34 °C dehors, Jean-Luc Eclercy-Deterpigny a « l'impression de pénétrer dans un réfrigérateur » en rentrant chez lui. À Troo, village du Loir-et-Cher accroché à sa colline de tuffeau, une partie des 315 habitants traverse la canicule « comme dans une bulle ».
« La canicule n'est clairement pas un sujet d'inquiétude pour nous, on sait qu'on peut rester au frais toute la journée si nécessaire. On est des privilégiés », sourit cet ancien Parisien de 57 ans, président de l'association Troo tourisme, installé là depuis qu'il a changé de vie après le Covid. Ses murs, c'est la roche : les maisons creusées dans le tuffeau, cette pierre tendre qui a servi à bâtir les châteaux de la région, gardent une température stable toute l'année. Il relève « un différentiel d'une vingtaine de degrés » lors des pics — pendant que, dehors, des dizaines de départements suffoquent en vigilance orange.
« Ni l'été ni l'hiver »
Dominique Opéron et son mari Jean-Paul ont quitté leur chaumière normande, mal isolée et vite surchauffée, pour 145 m² troglodytiques. « Ici, on ne craint ni l'été ni l'hiver », dit cet homme de 71 ans, qui savoure « une fraîcheur naturelle qui n'a rien à voir avec un climatiseur ». Une fraîcheur gratuite et silencieuse, quand le reste du pays s'équipe en ventilateurs et cherche comment se protéger de la chaleur.
Un « habitat d'avenir » à gros travaux
Sur les 315 habitants, une dizaine de logements entièrement troglodytiques sont encore occupés à l'année ou loués, selon la mairie ; beaucoup d'autres disposent au moins d'une grotte aménagée. Le maire, Patrick Eclercy-Deterpigny, élu en mars, y voit « un modèle d'habitat d'avenir » à mesure que les vagues de chaleur se multiplient. « Des gens viennent visiter le village et disent : "mais waouh, c'est génial" », rapporte-t-il. La commune compte six à huit kilomètres de galeries, de quoi imaginer de nouvelles habitations.
Le tableau a ses revers. Sans exposition plein sud, ces maisons restent sombres. Et la roche impose de lourds travaux : ventilation, drainage, enduits à la chaux pour abaisser l'humidité. Ces cavités ont d'abord servi d'abri pendant les guerres, puis de carrière pour le tuffeau. Le même dérèglement vide ailleurs les réservoirs : dans les Alpes, des refuges d'altitude rationnent l'eau au litre près. Ici, leurs occupants d'aujourd'hui trouvent à ces grottes un dernier usage, celui de tenir tête au climat.











