Au sommet du Parmelan, à 1 800 mètres au-dessus d'Annecy, l'eau ne sort pas du robinet : elle tombe du ciel. Cette bâtisse du XIXe siècle, posée sur un massif karstique qui ne retient rien, ne survit que grâce aux pluies récupérées sur son toit. L'eau est stockée dans des cuves de 15 m³ — six semaines de réserve —, filtrée, puis dirigée vers l'unique robinet du lieu, dans la cuisine, dont seul le personnel détient la clé.
Le gardien, Mathis Graham, répète la consigne à chaque arrivant : toilettes sèches, pas de douches, aucun robinet pour remplir sa gourde ni même se laver les mains, et l'eau de table livrée par hélicoptère en début de saison, à quatre euros la bouteille. Avec 49 couchages et 3 000 nuitées entre mai et octobre, sans compter les traileurs et les bivouaqueurs de cette promenade très courue depuis Annecy, la demande grimpe les jours de forte affluence — c'est-à-dire les jours de forte chaleur.
Il garde l'œil sur le niveau de ses cuves depuis la sécheresse de 2022, qui a failli forcer la fermeture du refuge, à cinq jours près. « Plus d'eau, plus de vie, plus de refuge », résume-t-il. Depuis, les réserves restent sous clé : « chaque litre compte (...), c'est en fin de saison qu'on s'en rend compte, qu'il nous les fallait tous ».
Quand la sécheresse ferme les refuges d'altitude
Le cas du Parmelan peut sembler extrême, mais il est loin d'être le seul parmi les 120 bâtiments gérés par la Fédération française des clubs alpins et de montagne (FFCAM). Plusieurs refuges d'altitude ont dû fermer avant l'heure ces dernières années, faute d'eau, rappelle Maria Isabel Le Meur, sa directrice en charge des refuges. La montagne est aux premières loges du réchauffement, visible cette année dans la canicule qui écrase la France comme dans le « dôme de chaleur » précoce de mai. La « claque » de 2022, dit-elle, a convaincu la fédération de revoir « de façon très prononcée » ses usages de l'eau.
« Une toilette de chat » plutôt que des douches
Pour la rénovation du refuge de la Lavey, dans le massif des Écrins (Isère), une source coule pourtant à proximité. La FFCAM a malgré tout renoncé aux toilettes à eau et aux douches : les randonneurs se contenteront d'« une toilette de chat » en cabines lavabos. Ce choix, « qui n'a l'air de rien mais compte beaucoup » à l'échelle d'un refuge, a permis d'installer une filière de phytoépuration, un traitement des eaux usées par les plantes et les bactéries. La consommation visée tombe à 15 ou 20 litres par personne et par jour, tous usages confondus, contre 149 litres en moyenne en France.
Ces consignes de sobriété ne passent pas toujours auprès des visiteurs, reconnaît la directrice : « en France, le sujet du manque d'eau est nouveau », et la prise de conscience « n'est pas si évidente ». La pénurie n'a pourtant rien de théorique : aux États-Unis, le Colorado se prépare à sa pire saison d'incendies sur fond de fleuve qui s'épuise.
La fédération vise plus loin que ses propres murs. Elle veut faire bouger une législation française qu'elle juge « atypique », qui restreint l'usage de l'eau de pluie là où l'Espagne, rompue de longue date aux sécheresses, l'autorise largement. La France a longtemps été « mieux lotie » que sa voisine, glisse Maria Isabel Le Meur. « Mais les évolutions réglementaires se font aussi à coup de crise. »











