Dans le bilan de l'incendie de Canet-en-Roussillon, un détail dit beaucoup : parmi les blessés légers figurent six sapeurs-pompiers volontaires. Des habitants engagés à côté de leur métier, envoyés au feu dès les premiers jours de juillet, avec « un mois d'avance sur les départs de feux » selon le ministre de l'Intérieur. La France entame sa saison des incendies comme chaque année : en s'appuyant d'abord sur des amateurs, au sens noble du terme.
Les chiffres de la Direction générale de la sécurité civile le rappellent : au 31 décembre 2024, le pays comptait 256 400 sapeurs-pompiers, dont environ 198 900 volontaires — 78 % de l'effectif —, aux côtés de 44 000 professionnels et de 13 500 militaires. Ces volontaires assurent 67 % des interventions, alors que leur indemnisation ne représente qu'environ un cinquième du budget des services d'incendie et de secours, selon les données du ministère de l'Intérieur et du Sénat. Dans la France rurale, la caserne, c'est eux.
Un engagement de citoyens, pas un métier
Le statut est à part. On peut s'engager dès 16 ans, avec l'accord d'un représentant légal, pour cinq ans reconductibles, sous condition d'aptitude physique. Le volontaire n'est pas salarié : il perçoit des indemnités horaires exonérées d'impôt et de prélèvements sociaux — de l'ordre de 8,50 euros de l'heure pour un sapeur, davantage selon le grade —, et une prestation de fidélité au-delà de 55 ans et d'une certaine ancienneté. Sa disponibilité en journée dépend largement de son employeur, que des conventions avec les services d'incendie incitent, sans l'y obliger, à le libérer sur alerte. Le principe est le même que pour la réserve sanitaire : la sécurité collective repose sur du temps donné.
Des effectifs stables face à des étés qui s'allongent
Le problème tient en deux courbes. Celle des volontaires est plate : environ 197 000 en 2009, 200 000 aujourd'hui, selon les séries officielles. Celle des sollicitations grimpe — secours à personne en hausse continue, saisons de feux plus précoces et plus longues, épisodes climatiques à répétition. La disponibilité en journée, quand chacun est à son travail, reste le point dur du système ; les services d'incendie multiplient les campagnes de recrutement et les conventions avec les employeurs pour tenir les gardes d'été.
La menace juridique venue d'Europe
L'autre fragilité est passée par Luxembourg. En 2018, dans son arrêt Matzak, la Cour de justice de l'Union européenne a jugé que la garde à domicile d'un pompier volontaire belge, tenu de rejoindre sa caserne en huit minutes, constituait du « temps de travail » au sens de la directive européenne. Transposé sans aménagement au volontariat français, ce raisonnement ferait entrer les gardes dans les plafonds d'heures — et rendrait, pour beaucoup, le cumul avec un emploi impossible. Interpellé dès 2018 au Parlement, le gouvernement plaide depuis pour que le volontariat échappe à la directive, et le législateur a réaffirmé en 2021, dans la loi de consolidation du modèle de sécurité civile, que l'engagement du volontaire n'est pas assimilable à un emploi. Le débat européen, lui, n'est pas définitivement clos.
En attendant, ce sont les mêmes qui tiennent la ligne. Les Canadairs et les Dash passent dans le ciel des Pyrénées-Orientales ; au sol, six des blessés de Canet portaient l'uniforme de volontaire. L'été ne fait que commencer et, préviennent les intéressés, la saison sera longue.











