C'est une déflagration politique au cœur de l'administration Trump. Joseph Kent, directeur du Centre national de lutte contre le terrorisme (NCTC) et conseiller principal du président en matière d'antiterrorisme, a publié mardi 17 mars sa lettre de démission sur le réseau social X. Il y dénonce une guerre « fondée sur un mensonge » et accuse Israël d'avoir manipulé le processus décisionnel américain.
C'est la première démission d'un haut responsable de l'administration Trump liée au conflit iranien, au 18e jour de guerre.
« L'Iran ne représentait aucune menace imminente »
Dans sa lettre adressée au président, Joseph Kent écrit : « Je ne peux, en toute conscience, soutenir la guerre qui se déroule actuellement en Iran. » Il affirme que « l'Iran ne représentait aucune menace imminente pour notre nation » et que les États-Unis ont « déclenché cette guerre sous la pression d'Israël et de son puissant lobby américain ».
Kent va plus loin. Il accuse « de hauts responsables israéliens et des membres influents des médias américains » d'avoir mené une « campagne de désinformation » ayant créé un « climat belliciste favorable à une guerre ».
« Cette chambre d'écho a été utilisée pour vous tromper en vous faisant croire que l'Iran représentait une menace imminente pour les États-Unis, et que si vous frappiez maintenant, la voie vers une victoire rapide était toute tracée », poursuit-il, s'adressant directement à Donald Trump.
Béret vert, veuf de guerre, loyaliste Trump
Le profil de Joseph Kent rend sa démission d'autant plus retentissante. Ancien soldat des forces spéciales (Green Beret), il a effectué onze déploiements de combat au Moyen-Orient et ailleurs. Sa première épouse, Shannon Kent, cryptologue dans la Marine américaine, a été tuée en 2019 lors d'un attentat-suicide en Syrie.
C'est après ce drame que Kent s'est rapproché de Donald Trump. Il s'est présenté deux fois au Congrès, en 2022 et 2024, comme candidat républicain soutenu par le président, sans succès. Trump l'a ensuite nommé à la tête du NCTC, où il a été confirmé en juillet 2025.
Kent n'est ni un démocrate, ni un pacifiste, ni un fonctionnaire de carrière. C'est un vétéran de onze guerres, endeuillé par le terrorisme, et un allié politique de Trump. Ce profil donne à ses accusations un poids que l'administration aura du mal à écarter.
La Maison-Blanche contre-attaque
La réaction de Donald Trump n'a pas tardé. Depuis le Bureau ovale, le président a qualifié la démission de « bonne chose » et déclaré avoir « toujours pensé qu'il était faible en matière de sécurité ».
La porte-parole Karoline Leavitt a publié un communiqué rejetant les affirmations de Kent. L'idée qu'Israël aurait poussé le président à agir est selon elle « insultante et risible ».
Du côté démocrate, le sénateur Mark Warner, principal membre de la commission du renseignement au Sénat, a soutenu Kent sur le fond. « Sur ce point, il a raison : il n'y avait aucune preuve crédible d'une menace imminente de la part de l'Iran qui justifiait de précipiter les États-Unis dans une nouvelle guerre au Moyen-Orient », a-t-il déclaré.
Le spectre de l'Irak 2003
Le parallèle le plus explosif de la lettre de Kent concerne l'Irak. « C'était un mensonge et c'est la même tactique que les Israéliens ont utilisée pour nous entraîner dans la désastreuse guerre en Irak qui a coûté à notre nation la vie de milliers de nos meilleurs hommes et femmes », écrit-il.
Le schéma décrit par Kent rappelle en effet les mécanismes de 2003 : un récit de menace imminente, une pression pour agir vite, et un glissement narratif une fois les frappes lancées. Fin février, Donald Trump avait invoqué des « menaces imminentes » pour justifier les frappes. Quelques jours plus tard, il avait reformulé, parlant de « dernière et meilleure occasion » de frapper l'Iran, sans plus mentionner l'imminence.
La question de savoir si d'autres responsables suivront l'exemple de Kent reste ouverte. Sa démission isole pour l'instant le président sur un flanc inattendu : celui de sa propre base, de ses propres vétérans, de ses propres nommés.
D'après un article AFP de Chris Lefkow











