Raphaël Glucksmann tenait samedi 13 juin son premier meeting à Aubervilliers, en Seine-Saint-Denis, avec un objectif assumé : convaincre le Parti socialiste de le suivre vers la présidentielle. L'eurodéputé, qui s'est donné trois mois pour se déclarer, visait 2 000 participants — loin des 26 000 personnes que La France insoumise a revendiquées une semaine plus tôt à Saint-Denis pour Jean-Luc Mélenchon, déjà lancé dans sa quatrième campagne pour l'Élysée.
Crédité d'environ 12 % des intentions de vote, le dirigeant de Place publique se pose en tête de l'arc social-démocrate et ne cache pas viser plus haut : il a promis qu'il « plierait » Jean-Luc Mélenchon. « Un grand rassemblement ne fait pas une élection », a-t-il balayé dans Le Parisien, opposant à la force de mobilisation insoumise un pari sur les sondages et le vote utile à gauche. Côté LFI, le député Antoine Léaument tacle un meeting « très loin de notre démonstration de force » : « Il ne tient ni la comparaison avec nous, ni la route. »
Un bras de fer avec le Parti socialiste
Pour faire campagne, Raphaël Glucksmann a besoin du PS, dont il a porté deux fois les couleurs aux européennes. Mais il est en désaccord ouvert avec son premier secrétaire, Olivier Faure : il refuse d'être départagé par une primaire et compte sur ses sondages pour capter le vote de la gauche hors LFI. « Je n'imagine pas une seconde une campagne séparée des militants socialistes », a-t-il assuré, persuadé de finir par trouver un accord.
Le parti reste divisé sur la primaire, et les opposants de M. Faure se rangent volontiers sur la ligne de l'eurodéputé. Plusieurs figures socialistes étaient annoncées au meeting — la présidente d'Occitanie Carole Delga, qui le juge « le mieux placé pour relever la France », la sénatrice Laurence Rossignol ou le maire de Montpellier Michaël Delafosse. Olivier Faure, lui, avait prévenu qu'il ne viendrait pas : « Raphaël n'est pas le candidat du PS » à ce stade. Même absence pour François Hollande, en embuscade en cas d'échec, et pour Boris Vallaud, qui avait pourtant lancé avec M. Glucksmann une plateforme commune pour 2027.
Un positionnement contesté jusque dans son camp
Le « presque candidat » inquiète au-delà du PS. Dans son propre parti comme dans le reste de la gauche, on lui reproche un glissement vers le centre, nourri par la révélation d'une note d'un de ses conseillers l'invitant à « éviter » certaines cibles électorales jugées moins favorables — les banlieues, les bas revenus, les jeunes. L'eurodéputé affirme avoir rejeté ce document. La présence à ses côtés des anciens députés macronistes Aurélien Rousseau et Sacha Houlié alimente les mêmes critiques : « Il ne peut pas laisser deux macronistes faire sa campagne », tranche un élu de gauche, quand une députée socialiste le juge « trop intello, trop Parisien ».
À ces réticences, Raphaël Glucksmann oppose une ligne sociale-démocrate, pro-européenne et franchement hostile à La France insoumise, qu'il veut élargir bien au-delà du bloc de gauche. Reprenant le thème de son dernier livre, il plaide pour un « nouveau contrat patriotique » censé « redonner aux Français la maîtrise de leur destin ». Pour l'emporter, fait-il valoir, « il faut que des gens qui ne votent plus à gauche aujourd'hui nous rejoignent ». Il s'est donné jusqu'en septembre pour convaincre — et, d'ici là, rallier un Parti socialiste qui ne veut pas encore de lui.











