Bernadette Chirac est morte vendredi, à 93 ans. Première dame de France pendant douze ans, élue de Corrèze, figure des Pièces jaunes : l'épouse de Jacques Chirac aura tenu, sa vie durant, une place à elle, à la fois dans l'ombre et à côté du « grand ». « Elle est la femme de ma vie, nous avons tant accompli ensemble », écrivait l'ancien président dans ses mémoires, à propos de celle qu'il avait rencontrée à Sciences Po en 1954.
De Bernadette Chodron de Courcel à l'épouse de Jacques Chirac
Née le 18 mai 1933 dans une famille de diplomates et d'industriels, Bernadette Chodron de Courcel grandit dans la grande bourgeoisie catholique, entre messe dominicale et éducation de jeune fille rangée. Elle rencontre Jacques Chirac à Sciences Po, en 1954, et l'épouse deux ans plus tard. Le patronyme dit l'enfance cossue. La suite dira le caractère : derrière la jeune fille se forme une femme à la parole tranchante, au casque de cheveux blancs et aux lunettes teintées que la France finira par connaître.
Douze ans de première dame, à la liberté de ton revendiquée
À l'Élysée, où officie aussi sa fille cadette Claude, elle se veut le « point fixe » et règne sur l'intendance de ce qu'elle appelle « la maison des Français ». Les proches décrivent un Jacques Chirac appelant son épouse dix fois par jour, pour son flair politique.
Elle ne s'aligne pas pour autant. Là où son mari ne pardonne jamais la « trahison » d'Édouard Balladur en 1995 et s'accroche à Alain Juppé, « le meilleur d'entre nous », Bernadette se dit séduite par l'énergie de Nicolas Sarkozy. En 2012, elle juge que François Hollande n'a « pas le gabarit » pour l'Élysée, au moment même où son mari annonce qu'il votera pour le socialiste. Elle n'a pas davantage pardonné à Dominique de Villepin, qu'elle tenait pour l'un des responsables de la dissolution ratée de 1997. Grande bourgeoise aussi à l'aise dans les congrès militants que dans les granges corréziennes, elle valsait au son de l'accordéon avec le président chinois Jiang Zemin et, dit-on, esquissa un bras d'honneur à l'adresse de François Hollande lors d'une campagne des années 1990.
Une élue de Corrèze qui refusait la retraite
Sa vie politique ne se résume pas à un rôle d'épouse. Élue du canton corrézien de Sarran dès 1979, elle siège des décennies au conseil général et repousse longtemps l'idée de s'arrêter. « Vous me voyez rester chez moi à faire la popote pour un ancien président de la République ? Merci, très peu pour moi », lançait-elle. Elle ne se résigne qu'en 2015, affaiblie, à quitter son mandat.
Les Pièces jaunes, marque d'une vie consacrée aux hôpitaux
C'est l'œuvre à laquelle son nom reste attaché. Bernadette Chirac n'a pas créé l'opération Pièces jaunes, lancée au tournant des années 1990 sous l'égide de la Fondation Hôpitaux de Paris-Hôpitaux de France. Mais, présidente de cette fondation de 1994 à 2019, elle en a fait un rendez-vous national au profit des enfants hospitalisés, dans un hôpital public souvent sous tension. Elle en a cédé la présidence à Brigitte Macron en 2019, lors de sa dernière apparition publique.
Laurence, Claude et Anh Dao : la famille avant tout
La vie privée fut marquée par un deuil. Sa fille aînée, Laurence, atteinte d'anorexie depuis l'adolescence, fut « le drame de ma vie », confiait Bernadette Chirac. Sa mort, en 2016, la plongea dans une profonde dépression. La cadette, Claude, longtemps conseillère de son père à l'Élysée, demeure une figure du clan.
Le couple avait aussi recueilli, en 1979, Anh Dao Traxel, jeune réfugiée vietnamienne arrivée parmi les boat people. Présentée comme leur « fille de cœur » — jamais adoptée légalement —, elle vécut deux ans auprès des Chirac avant son mariage. Les relations se sont distendues après la publication, en 2014, de son récit familial.
Une disparition à 93 ans après des années de retrait
Bernadette Chirac s'était éloignée de la vie publique depuis 2019. Très diminuée, elle n'avait assisté qu'à la cérémonie privée des obsèques de son mari, en septembre 2019. Aucune cause précise n'a été communiquée pour sa mort, survenue vendredi à 93 ans. Reste l'image d'une femme qui aimait répéter la phrase de sa mère : « Vous pleurerez un autre jour. »








