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Ingérences étrangères :
Lecornu évoque des « menaces lourdes » sur la présidentielle

Après des opérations restées limitées aux municipales, le gouvernement anticipe des ingérences étrangères d'une tout autre ampleur sur la course à l'Élysée. Rapports Viginum publiés, référés d'urgence, peines durcies : ce que prépare Matignon pour protéger le scrutin.

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Sébastien Lecornu lors des questions au gouvernement à l'Assemblée nationale
Le Premier ministre Sébastien Lecornu, lors de la session de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, le 10 juin 2026.© AFP / Stéphane de Sakutin

Sébastien Lecornu a évoqué, jeudi 11 juin, des « perspectives de menaces lourdes » d'ingérences étrangères sur l'élection présidentielle. Le risque « a été significatif sur les municipales, sans effet majeur », a détaillé le Premier ministre lors d'une conférence de presse, après avoir reçu les formations politiques à Matignon — un précédent qui laisse entrevoir, selon lui, ce qui attend le scrutin de 2027, et potentiellement des législatives. « L'ensemble de la classe politique » peut être concernée.

Le chef du gouvernement dit vouloir « protéger le débat démocratique » : faire la transparence sur les opérations passées, « identifier les risques » à venir. Le calendrier donne son poids à l'exercice — la course à l'Élysée n'a pas encore tous ses candidats, le sort de Marine Le Pen se jouant en appel le 7 juillet, que sa protection est déjà sur la table du gouvernement.

Municipales : ce que révèlent les rapports Viginum

Deux rapports de Viginum, le service de l'État chargé de la lutte contre les manipulations de l'information en ligne, ont été rendus publics. Le premier, déjà connu, recense les opérations menées pendant les municipales : des candidats de La France insoumise ont été visés, ainsi que Pierre-Yves Bournazel, candidat Horizons à Paris — des attaques restées, en volume comme en impact, « limitées ». Le second, plus technique, détaille l'opération qui a ciblé les Insoumis, entre fausse accusation de viol et faux visuels de campagne. Le parquet de Paris a ouvert une enquête.

Le « commanditaire » n'en est pas identifié, a indiqué Sébastien Lecornu, qui évoque une possible « forme de mercenariat numérique » : l'opération pourrait venir, selon lui, d'un groupe privé opérant depuis Israël. Le Premier ministre a confirmé avoir demandé « des explications » aux autorités israéliennes — mais aussi « de l'aide ». Le scrutin de mars a pu servir de « répétition générale », avait souligné de son côté le secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale.

Référés d'urgence, peines durcies : une loi à l'automne

La réponse passera par la loi. Attendu sur un texte annoncé en avril par Emmanuel Macron — lui-même victime d'ingérence pendant sa campagne de 2017 —, le Premier ministre propose de créer « de nouveaux référés » permettant de saisir la justice en urgence en période électorale, et un « durcissement des peines », jugées aujourd'hui trop peu dissuasives. Le texte pourrait être inscrit à l'agenda parlementaire « de l'automne ». La formation de Jean-Luc Mélenchon, qui avait alerté fin mai sur le « péril » des ingérences, plaide de son côté pour une instance de surveillance de la campagne présidentielle et pour l'interdiction des « messages politiques fondés sur le profilage de données personnelles ».

Reste la zone grise entre ingérence, influence et liberté d'expression. La place prise dans les médias de Vincent Bolloré par Xenia Fedorova, ancienne patronne de la chaîne d'État russe RT en France, alimente le débat : des eurodéputés réclament des sanctions contre elle, et le renouvellement de son titre de séjour, accordé en 2024 pour dix ans, suscite des questions. Sébastien Lecornu distingue la « propagande » de cette chroniqueuse prorusse de l'ingérence, tout en traçant une « ligne rouge » : ne pas « porter atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation ». « S'il faut interdire tous ceux qui font de la propagande avec des idées avec lesquelles on n'est pas d'accord, on va interdire beaucoup de monde », a-t-il prévenu. Plusieurs responsables politiques ont accusé d'ingérence, eux, l'ambassadeur d'Israël en France, Joshua Zarka, pour avoir affirmé souhaiter que « n'importe qui plutôt que Jean-Luc Mélenchon » remporte l'élection.

L'enjeu se mesure à un précédent, cité par le ministre délégué à l'Europe Benjamin Haddad : à la présidentielle moldave de 2024, « 10% des voix ont été achetées via Telegram avec notamment des virements en cryptomonnaie » — et « ça a coûté à la Russie l'équivalent d'une journée de guerre en Ukraine ». En France, la même année, marquée par des européennes et des législatives, Viginum avait détecté 25 tentatives d'ingérences numériques étrangères. Restées peu visibles, elles n'avaient guère pesé sur le débat public.

L'essentiel

  • Sébastien Lecornu évoque des « perspectives de menaces lourdes » d'ingérences étrangères sur l'élection présidentielle, après un risque « significatif » mais sans effet majeur lors des municipales.
  • Deux rapports Viginum rendus publics : des candidats LFI et un candidat Horizons visés pendant les municipales, et une opération au « commanditaire » inconnu sur laquelle le parquet de Paris enquête.
  • Le gouvernement propose de nouveaux référés en période électorale et un durcissement des peines, dans un texte qui pourrait être inscrit à l'agenda parlementaire à l'automne.

Thomas Renaud

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