Sept ans de prison, 300 000 euros d'amende, cinq ans d'inéligibilité : le 13 mai, au procès en appel du financement libyen présumé de la campagne de 2007, le parquet général a requis contre Nicolas Sarkozy une peine nettement plus lourde que celle prononcée en première instance. L'ancien chef de l'État conteste l'intégralité des faits ; la cour d'appel de Paris rendra son arrêt le 30 novembre. D'ici là, la présomption d'innocence demeure — sur des accusations dont une partie s'est déjà soldée, en première instance, par une relaxe.
Ce que le parquet reproche à Nicolas Sarkozy
Quatre qualifications pénales sont rejugées en appel, toutes contestées par l'intéressé : corruption passive — ministre de l'Intérieur entre 2005 et 2007, il aurait conclu un accord avec le régime de Mouammar Kadhafi en échange de fonds —, recel de détournement de fonds publics libyens, financement illégal de campagne et association de malfaiteurs. Le tribunal de Paris n'en avait retenu qu'une : en première instance, Nicolas Sarkozy a été relaxé de la corruption passive et du financement illégal, mais condamné pour association de malfaiteurs en vue de préparer une corruption. L'appel remet tout en jeu : le ministère public a demandé cette fois une condamnation sur l'ensemble des chefs.
L'accusation repose sur un faisceau accumulé depuis quinze ans : des notes diplomatiques libyennes, les déclarations en 2011 de Saïf al-Islam Kadhafi, des documents publiés par Mediapart à partir de 2012, la longue enquête de la juridiction financière de Paris et les déclarations, changeantes, de l'intermédiaire franco-libanais Ziad Takieddine.
Le « pacte de corruption » tel que le décrit l'accusation
Le ministère public décrit un mécanisme en plusieurs temps. À partir de 2005, des contacts se nouent à Tripoli, notamment via Bachir Saleh, directeur de cabinet de Kadhafi, et le chef du renseignement militaire Abdallah Senoussi. En 2006, un accord aurait été scellé : la Libye financerait la campagne de 2007 — un montant de 50 millions d'euros est avancé, dont environ 6 seulement ont pu être tracés — en échange d'une réhabilitation internationale du régime, de facilités commerciales et d'une visite officielle à Paris, effective en décembre 2007. Les fonds auraient transité par des sociétés-écrans et des circuits en espèces. La justice n'a retrouvé qu'une fraction des sommes alléguées ; pour le parquet, cette difficulté à tracer ne vaut pas preuve d'absence.
Takieddine, les six millions et un témoin disparu
Ziad Takieddine est mort à Beyrouth le 23 septembre 2025 — deux jours avant le jugement de première instance, ce qui a éteint les poursuites à son égard. L'intermédiaire central du dossier laisse derrière lui des déclarations contradictoires : il affirme en 2016 avoir remis des valises d'espèces à Claude Guéant, se rétracte en 2020 dans Paris Match, puis revient sur sa rétractation — un revirement qui a lui-même donné lieu à une enquête pour d'éventuelles pressions. Une expertise comptable versée au dossier conclut qu'environ six millions d'euros ont transité par ses comptes entre 2006 et 2009 sans justification commerciale identifiable, dans une chronologie que l'accusation juge compatible avec la sienne.
Première instance, appel et co-prévenus
Le 25 septembre 2025, le tribunal de Paris a condamné Nicolas Sarkozy à cinq ans de prison ferme, 100 000 euros d'amende et cinq ans d'inéligibilité, avec mandat de dépôt : écroué à la prison de la Santé, il y a passé une vingtaine de jours avant d'être remis en liberté sous contrôle judiciaire pour préparer son appel. Le procès en appel s'est ouvert le 16 mars 2026 ; après les réquisitions des 12 et 13 mai, les débats se sont achevés le 27 mai, l'ancien président demandant, dans ses derniers mots, « à être jugé comme n'importe qui ».
Douze prévenus étaient jugés en première instance, neuf ont été condamnés. Claude Guéant, ancien secrétaire général de l'Élysée, a écopé de six ans de prison et 250 000 euros d'amende — usage de faux, blanchiment aggravé, trafic d'influence, corruption passive et association de malfaiteurs — sans mandat de dépôt ; Brice Hortefeux, de deux ans aménageables et 50 000 euros pour association de malfaiteurs ; Éric Woerth, trésorier de la campagne, a été relaxé. Parmi les intermédiaires jugés figurent l'homme d'affaires Alexandre Djouhri et Bachir Saleh, jugé par défaut.
La défense : « pas un centime d'argent libyen »
Nicolas Sarkozy, 71 ans, tient la même ligne depuis 2012 : « pas un centime d'argent libyen » n'a financé sa campagne, et ses avocats plaident la relaxe générale. Leurs arguments : les revirements de Takieddine ruinent le témoignage à charge ; les six millions tracés ne correspondent pas aux cinquante allégués ; aucune trace bancaire ne relie directement ces flux aux comptes de campagne ; la visite de Kadhafi à Paris relevait d'une politique étrangère assumée ; les accusations venues de Tripoli après 2011 seraient des manœuvres politiques. Le parquet répond, point par point, que l'absence de trace complète n'efface pas le faisceau.
L'affaire pose une question qui dépasse le cas Sarkozy : comment poursuivre pénalement un dirigeant pour des actes liés à l'exercice du pouvoir ? L'immunité présidentielle a été écartée dans ce dossier, les faits reprochés relevant de la période où Nicolas Sarkozy était ministre. Avant lui, Jacques Chirac était devenu, en 2011, le premier ancien chef de l'État condamné, dans l'affaire des emplois fictifs de la Ville de Paris. Le 30 novembre, entre les deux récits — le pacte occulte ou l'accusation sans preuve directe —, la cour d'appel tranchera. Et quel que soit l'arrêt, un pourvoi en cassation pourra encore reporter le dernier mot.











