Il mesure moins de cinq millimètres, ne s'éloigne guère du jardin où il est né, et il a fait basculer l'été sanitaire français. En 2025, le moustique tigre a transmis 809 cas de chikungunya sur le sol métropolitain : un record depuis le début de la surveillance, en 2006. Présent désormais dans 83 départements sur 96, où vit-il, quelles maladies porte-t-il, et comment s'en protéger ?
Reconnaître le moustique tigre
Son nom savant est Aedes albopictus. Il est petit, plus petit qu'une pièce d'un centime, noir profond zébré de blanc, avec des pattes annelées de clair. Deux détails le trahissent. Il pique le jour, surtout au lever et à la tombée du soir, là où le moustique commun attend la nuit. Et il vole peu : rarement plus de 150 mètres autour de son lieu de naissance, selon l'Anses. Autrement dit, celui qui pique dans le jardin est presque toujours né dans le jardin.
Où le moustique tigre est présent en France
Repéré pour la première fois à Menton en 2004, il a remonté le pays sans discontinuer. Au 1er janvier 2026, Santé publique France le recense comme implanté dans 83 des 96 départements métropolitains, contre 81 un an plus tôt et une poignée il y a dix ans. La progression se fait désormais vers le nord et l'est. En 2025, des transmissions locales ont été enregistrées pour la première fois en Nouvelle-Aquitaine, dans le Grand Est et en Bourgogne-Franche-Comté : l'Alsace et la Moselle, longtemps épargnées, sont entrées dans la zone à risque. La douceur des épisodes de chaleur de plus en plus précoces lui ouvre la voie. La carte officielle de présence est mise à jour chaque année.
Quelles maladies transmet le moustique tigre
Le moustique tigre n'est pas malade. Il le devient. Une femelle qui pique une personne infectée par la dengue, le chikungunya ou le Zika — souvent un voyageur revenu d'une zone tropicale — peut, quelques jours plus tard, inoculer le virus à une autre personne. C'est cette chaîne locale qui produit un cas dit « autochtone », contracté sans avoir quitté la France. Le chikungunya provoque une forte fièvre et des douleurs articulaires qui peuvent durer des semaines ; la dengue, fièvre, courbatures et fatigue ; le Zika, le plus souvent discret, fait courir un risque à la grossesse. La majorité des piqûres, elles, restent sans conséquence.
2025, une année record pour le chikungunya
Le bilan 2025 de Santé publique France marque une rupture. Du 1er mai au 30 novembre, 809 cas autochtones de chikungunya ont été identifiés en France hexagonale : 790 répartis dans 79 foyers de transmission, 19 isolés. Du jamais-vu depuis 2006. Pour mesurer l'écart, le maximum annuel des quinze années précédentes était de 84 cas, atteint en 2024. Certains foyers ont dépassé 80 malades, à Fréjus, Antibes et Bergerac. S'y ajoutent 30 cas autochtones de dengue. Au total, huit régions ont connu un épisode de transmission, trois pour la première fois.
Comment se protéger du moustique tigre
La parade la plus efficace ne tient ni au répulsif ni à la moustiquaire, mais à un geste simple : supprimer les eaux stagnantes. Une femelle pond dans le moindre fond d'eau — soucoupe de pot, gouttière bouchée, seau oublié, jouet, pneu, vase. Vider ces réservoirs chaque semaine prive le moustique de nurserie, et comme il se déplace peu, l'effet est immédiat à l'échelle d'un jardin. En complément, les autorités sanitaires recommandent les répulsifs cutanés, les vêtements couvrants et clairs, les moustiquaires aux fenêtres et la ventilation, qui gêne son vol.
Surveillance renforcée et signalement
Chaque année, du 1er mai au 30 novembre, la surveillance passe en mode renforcé : c'est la période où le moustique est actif. Autour de chaque cas humain, les agences régionales de santé déclenchent une enquête et une démoustication ciblée. Les particuliers ont un rôle direct : signaler l'insecte sur le portail national signalement-moustique.anses.fr, photo à l'appui, aide à suivre son avancée. Le dispositif s'inscrit dans la surveillance sanitaire renforcée qui couvre plusieurs maladies en France.
Ce que l'été 2026 mettra à l'épreuve
Aucun signe ne laisse présager un reflux. Les spécialistes s'attendent à de nouveaux foyers, plus au nord, et à une saison qui commence plus tôt. Contre cette progression, la meilleure arme individuelle reste la moins coûteuse : regarder, chaque semaine, ce qui retient l'eau autour de chez soi. L'été dira si la France parvient à contenir un insecte qui, en vingt ans, est passé d'une curiosité méditerranéenne à un compagnon d'été national.











