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Brexit :
dix ans après, les petits patrons britanniques toujours en première ligne

Paperasse, délais allongés, coûts en hausse : dix ans après le référendum, quatre patrons de PME britanniques racontent à l'AFP un Brexit qui pèse encore — de l'opposant convaincu à l'exception nord-irlandaise.

Mis à jour le lundi 3 août 2026 — 21h36
3 min
Rowan Crozier, patron de Brandauer, dans son usine à Birmingham
Rowan Crozier, patron de Brandauer, dans son usine de composants métalliques à Birmingham.© AFP / Darren Staples

Dix ans après le référendum qui a fait basculer le Royaume-Uni hors de l'Union européenne, ce sont les petits patrons britanniques qui restent en première ligne : montagnes de paperasse, coûts en hausse et espoirs déçus. Selon une étude de la Fédération britannique des petites entreprises (FSB), 63 % des PME qui commercent avec l'UE ont rencontré des « obstacles commerciaux importants » sur les douze derniers mois ; un tiers envisage de réduire, voire de cesser, ses échanges avec le continent.

Dans son usine de Birmingham, Rowan Crozier fabrique de minuscules composants métalliques. Opposant au Brexit, il dit en mesurer encore les effets, dix ans après le vote du 23 juin 2016. « Avant, on pouvait s'attendre à ce qu'un envoi transite entre le Royaume-Uni et l'UE en 24 à 48 heures sans problème. Et maintenant, c'est au minimum une semaine. Ça a déjà été jusqu'à quatre semaines », constate le patron de Brandauer. Sa spécialité — des métaux de 0,05 à 2 millimètres d'épaisseur, un savoir-faire rare — l'a aidé à « surmonter certains des défis » du divorce.

« J'aime l'Europe, le problème venait de Bruxelles »

À l'autre bout du spectre, Simon Boyd a voté pour le Brexit. Le patron de Reidsteel, qui construit des structures métalliques dans le sud de l'Angleterre, reste partisan d'un découplage plus net : il regrette que Londres n'ait pas davantage allégé les réglementations héritées de l'UE. Sa cible, « les absurdités autour du marché du carbone et des émissions » : selon lui, la « course vers la neutralité carbone » pousse à importer de l'acier de pays plus polluants, au Royaume-Uni comme dans une industrie européenne sous pression. Son verdict reste en demi-teinte : « Quitter l'Union européenne ne nous a pas fait de mal, mais cela ne nous a pas apporté les avantages que nous espérions obtenir. »

L'exception nord-irlandaise

Le cas de Declan Gormley est à part. Son fabricant de ventilation mécanique, Brookvent, est installé près de Belfast, en Irlande du Nord — territoire qui a conservé, après le Brexit, l'accès au marché unique européen pour les marchandises, afin d'éviter une frontière physique avec la République d'Irlande. « L'entreprise a un pied dans chaque camp », résume-t-il. Depuis 2016, son activité européenne a connu « une croissance substantielle », quand son marché britannique « est resté statique ». « L'Irlande du Nord est bénéficiaire du Brexit de ce point de vue, conclut-il, mais j'aurais préféré que l'ensemble du Royaume-Uni reste au sein de la communauté européenne. »

Declan Gormley, patron du fabricant de ventilation mécanique Brookvent, en Irlande du Nord
Declan Gormley, patron du fabricant de ventilation mécanique Brookvent, près de Belfast, en Irlande du Nord.© AFP / Paul Faith

Reste le sentiment, partagé, que personne n'y a gagné. « Il n'y a pas eu de gagnants ces dix dernières années. L'économie a souffert, les gens ont souffert », tranche Richard McKenna, directeur de la pépinière Provender, dans le sud-est de l'Angleterre. La paperasse supplémentaire, dit-il, est un coût qui ne génère aucun revenu et s'est répercutée sur le prix des plantes. Son souhait pour la décennie qui vient tient en une phrase : « retrouver la situation d'avant le vote : un transport sans friction, travailler avec nos partenaires européens (...) au lieu de travailler les uns contre les autres ».

L'essentiel

  • Dix ans après le référendum, les petites entreprises britanniques restent les plus exposées aux frictions commerciales du Brexit : selon la FSB, 63 % de celles qui commercent avec l'UE ont rencontré des obstacles importants, et un tiers songe à réduire ses échanges.
  • Les témoignages dessinent un spectre d'opinions : un opposant au Brexit confronté à des délais de livraison passés de 48 heures à une semaine, un partisan déçu par le maintien des réglementations, et l'Irlande du Nord, restée dans le marché unique européen.
  • Le constat dominant reste l'absence de bénéfices attendus : surcoûts de paperasse répercutés sur les prix et souhait, chez plusieurs patrons, d'un retour à un commerce « sans friction » avec l'Europe.

Par Claire Moreau · Journaliste économie

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