Dix ans après le référendum qui a fait basculer le Royaume-Uni hors de l'Union européenne, ce sont les petits patrons britanniques qui restent en première ligne : montagnes de paperasse, coûts en hausse et espoirs déçus. Selon une étude de la Fédération britannique des petites entreprises (FSB) publiée le mois dernier, 63 % des PME qui commercent avec l'UE ont rencontré des « obstacles commerciaux importants » sur les douze derniers mois ; un tiers envisage de réduire, voire de cesser, ses échanges avec le continent.
Dans son usine de Birmingham, Rowan Crozier fabrique de minuscules composants métalliques. Opposant au Brexit, il dit en mesurer encore les effets, dix ans après le vote du 23 juin. « Avant, un envoi transitait entre le Royaume-Uni et l'UE en 24 à 48 heures sans problème. Maintenant, c'est au minimum une semaine, parfois jusqu'à quatre », constate le patron de Brandauer. Sa spécialité — des métaux de 0,05 à 2 millimètres d'épaisseur, un savoir-faire rare — l'a aidé à « surmonter certains des défis » du divorce.
« J'aime l'Europe, le problème venait de Bruxelles »
À l'autre bout du spectre, Simon Boyd a voté pour le Brexit. Le patron de Reidsteel, qui construit des structures métalliques dans le sud de l'Angleterre, reste partisan d'un découplage plus net : il regrette que Londres n'ait pas davantage allégé les réglementations héritées de l'UE. Sa cible, « les absurdités autour du marché du carbone et des émissions » : selon lui, la « course vers la neutralité carbone » pousse à importer de l'acier de pays plus polluants, au Royaume-Uni comme dans une industrie européenne sous pression. Son verdict reste en demi-teinte : « Quitter l'Union ne nous a pas fait de mal, mais cela ne nous a pas apporté les avantages espérés. »
L'exception nord-irlandaise
Le cas de Declan Gormley est à part. Son fabricant de ventilation mécanique, Brookvent, est installé près de Belfast, en Irlande du Nord — territoire qui a conservé, après le Brexit, l'accès au marché unique européen pour les marchandises, afin d'éviter une frontière physique avec la République d'Irlande. « L'entreprise a un pied dans chaque camp », résume-t-il. Depuis 2016, son activité européenne a connu « une croissance substantielle », quand son marché britannique « est resté statique ». « L'Irlande du Nord est bénéficiaire du Brexit de ce point de vue, conclut-il, mais j'aurais préféré que l'ensemble du Royaume-Uni reste dans la communauté européenne. »
Reste le sentiment, partagé, que personne n'y a gagné. « Il n'y a pas eu de gagnants ces dix dernières années. L'économie a souffert, les gens ont souffert », tranche Richard McKenna, directeur de la pépinière Provender, dans le sud-est de l'Angleterre. La paperasse supplémentaire, dit-il, « est un coût qui ne génère aucun revenu » et s'est répercutée sur le prix des plantes. Son souhait pour la décennie qui vient tient en une phrase : « retrouver un transport sans friction, travailler avec nos partenaires européens (...) au lieu de travailler les uns contre les autres ».











