Le calendrier de l'élection présidentielle 2027
Le scrutin devrait se tenir sur deux dimanches d'avril 2027 : le 11 avril pour le premier tour, le 25 avril pour le second. Ce sont les dates les plus probables, mais elles ne seront arrêtées officiellement que par décret en conseil des ministres, environ deux mois avant l'échéance. La Constitution (article 7) impose que l'élection ait lieu entre vingt et trente-cinq jours avant la fin du mandat en cours : le mandat d'Emmanuel Macron expirant le 14 mai 2027, la fenêtre possible court du 11 avril au 2 mai.
D'ici là, l'année est jalonnée de rendez-vous : le meeting de Gabriel Attal Porte de Versailles le 30 mai 2026, celui d'Édouard Philippe le 5 juillet, le verdict de la cour d'appel dans l'affaire Le Pen le 7 juillet, le congrès du Rassemblement national et les sénatoriales en septembre, la primaire de la gauche le 11 octobre, puis la collecte des 500 parrainages d'élus en février-mars 2027.
Les candidats déclarés ou pressentis
Rassemblement national. Marine Le Pen reste la candidate naturelle du parti, mais son sort dépend de son procès en appel (voir plus bas). Jordan Bardella tient le rôle de « plan B » — et c'est lui que testent la plupart des sondages.
Les Républicains. Bruno Retailleau a été désigné candidat par les adhérents le 19 avril 2026, avec 73,4 % des voix, sans passer par une primaire. La droite reste fracturée : Laurent Wauquiez a voté blanc en dénonçant un « jeu de dupes », David Lisnard a quitté le parti, et Xavier Bertrand prépare sa propre candidature.
Bloc central. Édouard Philippe (Horizons) est déclaré depuis 2024 ; Gabriel Attal (Renaissance) l'a rejoint le 22 mai 2026. Le Premier ministre Sébastien Lecornu, en fonction depuis le 9 septembre 2025, reste en réserve.
Gauche. Une primaire doit désigner un candidat unique le 11 octobre 2026, autour des Écologistes (Marine Tondelier, désignée le 8 décembre 2025 avec 86 % des voix), de L'Après (Clémentine Autain), de Debout ! (François Ruffin) et de Génération.s. En sont absents Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise) et Raphaël Glucksmann (Place publique), qui visent une candidature autonome, ainsi que Jérôme Guedj (PS), déclaré hors primaire le 5 février 2026.
Autres. Nicolas Dupont-Aignan, Nathalie Arthaud (Lutte ouvrière), François Asselineau (UPR).
Gabriel Attal candidat : la déclaration aveyronnaise
Le 22 mai 2026, Gabriel Attal a officialisé sa candidature lors d'un déplacement dans l'Aveyron — à des centaines de kilomètres de sa circonscription des Hauts-de-Seine. Ouverte à Rodez, prolongée à Mur-de-Barrez (700 habitants), la séquence s'est achevée le lendemain dans l'Aubrac, en plein week-end de transhumance. Pas de déclaration solennelle, donc, mais une mise en scène rurale assumée.
Le choix n'est pas innocent. Ancien élève de l'École alsacienne, député des Hauts-de-Seine, secrétaire général de Renaissance depuis décembre 2024, Attal traîne une réputation de « macronisme parisien ». L'Aveyron sert à la corriger. Et la posture est revendiquée par son entourage : celle de l'outsider, façon Chirac en 1995, quand celui-ci avait fini par doubler le favori Édouard Balladur. La cible est transparente : Édouard Philippe, donné en tête du bloc central.
La déclaration ne fait pourtant pas l'unanimité chez Renaissance. La présidente de l'Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet a annoncé qu'elle n'irait pas au meeting du 30 mai, Porte de Versailles ; Élisabeth Borne et Aurore Bergé ont pris leurs distances. Un proche d'Attal balaie : « C'est de la "démacronisation" bon marché. » En face, le camp Philippe a répliqué par la voix de son directeur de campagne, le maire d'Angers Christophe Béchu : le maire du Havre, lui, « a dit très tôt » qu'il serait candidat, « sans aller réunir une espèce de kermesse à flonflons ».
Les deux hommes ont laissé entendre que l'un se retirerait début 2027 si l'autre était nettement mieux placé. Un dirigeant socialiste, cité par l'AFP, doute que la clause tienne — sauf si les sondages creusent vraiment l'écart.
Marine Le Pen : pourquoi tout se joue au procès en appel
En première instance, le 31 mars 2025, Marine Le Pen a été condamnée à cinq ans d'inéligibilité avec exécution provisoire, à quatre ans de prison dont deux ferme sous bracelet électronique et à 100 000 euros d'amende, dans l'affaire des assistants parlementaires du Rassemblement national au Parlement européen. C'est l'exécution provisoire qui la rend inéligible immédiatement, sans attendre l'appel — et qui, en l'état, l'écarte de 2027.
Le procès en appel s'est tenu du 13 janvier au 12 février 2026 ; la cour d'appel de Paris rendra sa décision le 7 juillet 2026 à 13 h 30. Un point est décisif : dans ses réquisitions du 3 février, le parquet général a de nouveau demandé cinq ans d'inéligibilité et quatre ans de prison (dont un an ferme), mais — contrairement à la première instance — sans exécution provisoire. Si la cour suit cette ligne, une condamnation ne priverait pas Marine Le Pen de ses droits dans l'immédiat : elle pourrait se présenter en 2027 tant que la décision n'est pas définitive, c'est-à-dire tant que la Cour de cassation n'a pas tranché.
Trois issues, donc. La cour confirme l'inéligibilité avec exécution provisoire : Le Pen est écartée et Bardella prend le relais. La cour prononce l'inéligibilité sans exécution provisoire — la ligne du parquet — : elle peut concourir en attendant la cassation. La cour relaxe ou réduit la peine : elle retrouve pleinement sa liberté de candidature. C'est de cette décision que dépend le choix du candidat au RN.
La primaire de la gauche
Lancée le 15 novembre 2025 par Marine Tondelier, Olivier Faure (PS), François Ruffin, Clémentine Autain et Lucie Castets, la primaire de la gauche se tiendra le 11 octobre 2026. Quatre formations y participent : les Écologistes, L'Après, Debout ! et Génération.s ; le vote, en présentiel et en ligne, est ouvert moyennant 500 signatures d'élus. Le Parti socialiste, lui, reste partagé sur sa participation réelle.
Deux poids lourds manquent à l'appel : La France insoumise, dont Jean-Luc Mélenchon a confirmé sa candidature, et Place publique, dont Raphaël Glucksmann vise une candidature autonome. Une gauche rassemblée dès le premier tour supposerait qu'ils se rangent derrière le vainqueur de la primaire — ce qu'aucun des deux n'a promis.
La recomposition à droite et au centre
À droite, Bruno Retailleau a été investi par les adhérents le 19 avril 2026 avec 73,4 % des voix. Les militants pouvaient choisir entre une primaire fermée, une primaire ouverte au centre ou une désignation directe : ils ont massivement préféré la troisième voie (12,2 % seulement pour la primaire fermée, 14 % pour l'ouverte), avec une participation de 60 % des 77 000 adhérents. Reste à rassembler une famille éclatée — Wauquiez, Lisnard, Bertrand jouent chacun leur partition.
Au centre, la candidature d'Attal fracture un peu plus le camp présidentiel. Philippe, déclaré depuis 2024, garde l'avantage dans les sondages ; Attal mise sur sa stature d'outsider et sur le contrôle de l'appareil Renaissance. Sébastien Lecornu, lui, reste un candidat potentiel plus qu'un candidat : sa visibilité tient à la gestion de la crise iranienne et à la séquence budgétaire de l'automne.
Les sondages : Bardella très au-dessus, le reste loin derrière
Au premier tour, Jordan Bardella écrase la concurrence dans toutes les enquêtes publiées depuis le début 2026 : 34 à 38 % des intentions de vote selon les configurations. Aucun candidat n'avait atteint un tel niveau à un an du scrutin depuis François Mitterrand en 1988 et Nicolas Sarkozy en 2007. Derrière, Édouard Philippe se détache comme deuxième homme, à 20-25,5 % — cinq points de plus qu'à l'automne 2025. Raphaël Glucksmann, qui frôlait les 20 % en début d'année, est retombé à 11-12 %. Jean-Luc Mélenchon se tient à 12-13 %. Gabriel Attal plafonne à 11,5 % quand Philippe est candidat : les deux hommes puisent dans le même réservoir d'électeurs. Bruno Retailleau oscille entre 6 et 9 %.
Le dernier baromètre Odoxa (terrain des 20 et 21 mai 2026, 1 005 personnes) rebat la hiérarchie du second rôle : Jean-Luc Mélenchon y bondit de quatre points, à 16 %, quand Édouard Philippe recule à 17 % — les deux se retrouvent au coude-à-coude pour la deuxième place qualificative, derrière Jordan Bardella (32 %). Suivent Raphaël Glucksmann (11 %), Bruno Retailleau (9 %), Éric Zemmour (6 %) et Marine Tondelier (4 %).
Au second tour, le rapport de force a basculé. Début 2026, Édouard Philippe apparaissait comme le seul à pouvoir battre Bardella (52-48 selon Odoxa, et même 54-46 en avril). Mais le dernier baromètre Odoxa donne désormais le candidat RN vainqueur face à tous ses adversaires, Philippe compris. Bardella l'emporterait largement contre Raphaël Glucksmann (58 %), contre Gabriel Attal (56 %), et écraserait Jean-Luc Mélenchon (74 %). La Commission des sondages le rappelle à chaque vague : à un an de l'échéance, ces chiffres décrivent un instantané, pas un pronostic.
Les scénarios possibles
Bardella élu. Le Pen reste écartée après le 7 juillet, Bardella porte les couleurs du RN, transforme sa domination du premier tour et l'emporte au second — ce que disent, pour l'instant, les dernières simulations.
Le sursaut du bloc central. Philippe (ou Attal) se hisse au second tour à la faveur de l'éparpillement de la gauche, et rejoue le « front républicain ». Le pari était crédible début 2026 ; il l'est moins depuis que les sondages donnent Bardella gagnant contre tout le monde.
La donne se complique pour ce scénario : depuis le baromètre Odoxa de fin mai, Mélenchon dispute désormais à Philippe la place de finaliste anti-Bardella, l'éparpillement de la gauche n'étant plus acquis.
Le Pen candidate. Si la cour d'appel renonce à l'exécution provisoire, ou relaxe Marine Le Pen, celle-ci peut se présenter. Historiquement, elle plafonne toutefois sous le niveau de Bardella dans les simulations.
Attal double Philippe. La stratégie outsider paie, Attal dépasse Philippe dans les enquêtes d'ici l'hiver, et l'un des deux se retire au nom de la clause de désistement. Reste à savoir si l'autre fait mieux que résister à Bardella.
Gauche unie. La primaire d'octobre désigne un nom, Mélenchon et Glucksmann se rallient. La gauche cumulée tourne aujourd'hui autour de 25-30 % : un second tour n'aurait rien d'acquis.
Lecornu, l'Iran : les variables de l'année préélectorale
Deux séquences pèsent en arrière-plan. La guerre entre les États-Unis et l'Iran, ouverte le 28 février 2026, et son onde de choc économique. Et l'action du Premier ministre Sébastien Lecornu, en poste depuis le 9 septembre 2025 : le 21 mai, il a annoncé 710 millions d'euros d'aides face à la flambée des carburants — prime employeur doublée (de 300 à 600 euros), aide aux gros rouleurs doublée elle aussi. Le même jour, le Conseil constitutionnel censurait, pour cavalier législatif, l'article qui supprimait les zones à faibles émissions (ZFE), un sujet que la droite et le RN comptent bien faire vivre dans la campagne.
Aucune de ces séquences ne s'est encore traduite, à ce stade, par un mouvement net dans les intentions de vote. La gestion de la crise et le budget de l'automne restent les variables à surveiller.
Municipales 2026 : un ancrage territorial pour le RN
Les municipales des 15 et 22 mars 2026 ont rebattu les cartes locales. Le Rassemblement national est passé de 9 à 57 mairies dans les communes de plus de 3 500 habitants — une percée réelle, sans raz-de-marée. La gauche a conservé Paris (Emmanuel Grégoire succède à Anne Hidalgo), Marseille (Benoît Payan) et Lyon (Grégory Doucet), mais Brest a basculé à droite (Stéphane Roudaut, après 37 ans de mairie socialiste) et Nancy est restée à Mathieu Klein (PS).
Un scrutin local ne se transpose pas mécaniquement à une présidentielle, nationale et uninominale. Mais il confirme une chose : le RN dispose désormais d'un ancrage territorial qui lui manquait, et qui pourrait nourrir la mobilisation de son électorat en 2027.
Les prochains jalons
- 30 mai 2026 — meeting de Gabriel Attal, Porte de Versailles.
- 5 juillet 2026 — meeting d'Édouard Philippe.
- 7 juillet 2026, 13 h 30 — verdict de la cour d'appel dans l'affaire Le Pen : il décidera de l'identité du candidat RN.
- Septembre 2026 — congrès du Rassemblement national et élections sénatoriales.
- 11 octobre 2026 — primaire de la gauche.
- Automne 2026 — programme d'Édouard Philippe et budget, premier test grandeur nature pour Lecornu.
- Février-mars 2027 — collecte des 500 parrainages.
- 11 et 25 avril 2027 — premier et second tour (dates à confirmer par décret).











