À un an du scrutin, la course à l'Élysée a un favori installé — le Rassemblement national —, un suspense judiciaire désormais tranché — Marine Le Pen, condamnée en appel le 7 juillet mais candidate déclarée —, un bloc central divisé entre Édouard Philippe et Gabriel Attal, et une gauche qui jouera son unité dans une primaire le 11 octobre. Voici l'essentiel, tenu à jour au fil des développements.
La date : avril 2027, un décret pour trancher
Le scrutin devrait se tenir les dimanches 11 et 25 avril 2027. Ces dates, les plus probables, ne seront officielles que par décret en conseil des ministres, environ deux mois avant l'échéance. La Constitution (article 7) impose que l'élection ait lieu entre vingt et trente-cinq jours avant la fin du mandat d'Emmanuel Macron, qui expire le 14 mai 2027 : la fenêtre court du 11 avril au 2 mai.
D'ici là, les rendez-vous qui comptent :
- Septembre 2026 — congrès du Rassemblement national et élections sénatoriales.
- 11 octobre 2026 — primaire de la gauche.
- Début 2027 — arrêt de la Cour de cassation dans l'affaire Le Pen, susceptible de rendre sa condamnation définitive.
- Février-mars 2027 — collecte des 500 parrainages d'élus.
Qui se présente
Rassemblement national. Marine Le Pen est candidate : elle l'a annoncé le 7 juillet 2026, quelques heures après sa condamnation en appel, tout en se pourvoyant en cassation. Jordan Bardella, président du parti, serait son Premier ministre en cas de victoire — un « binôme » que le RN met désormais en avant.
Les Républicains. Bruno Retailleau a été désigné par les adhérents le 19 avril 2026, avec 73,4 % des voix, sans primaire. La famille reste éclatée : Laurent Wauquiez a voté blanc, David Lisnard a quitté le parti, Xavier Bertrand prépare sa propre candidature.
Bloc central. Édouard Philippe (Horizons) est déclaré depuis 2024 ; Gabriel Attal (Renaissance) l'a rejoint le 22 mai 2026, avec une posture revendiquée d'outsider face au maire du Havre. Les deux hommes ont laissé entendre que l'un se retirerait début 2027 si l'autre était nettement mieux placé — une clause dont la solidité reste à démontrer. Le Premier ministre Sébastien Lecornu reste en réserve.
Gauche. Une primaire doit désigner un candidat commun le 11 octobre 2026 autour des Écologistes (Marine Tondelier), de L'Après (Clémentine Autain), de Debout ! (François Ruffin) et de Génération.s. En sont absents Jean-Luc Mélenchon, qui a lancé sa campagne le 7 juin à Saint-Denis, et Raphaël Glucksmann, qui vise une candidature autonome. Côté social-démocrate, Jérôme Guedj (PS) est déclaré hors primaire, rejoint le 9 juin par Karim Bouamrane, maire PS de Saint-Ouen, qui dit vouloir « fédérer » la gauche non mélenchoniste.
Autres candidatures déclarées. Nicolas Dupont-Aignan, Nathalie Arthaud (Lutte ouvrière), François Asselineau (UPR).
Le verdict d'appel : condamnée, mais candidate
Condamnée en première instance le 31 mars 2025 à cinq ans d'inéligibilité avec exécution provisoire, quatre ans de prison dont deux ferme sous bracelet et 100 000 euros d'amende dans l'affaire des assistants parlementaires européens du RN, Marine Le Pen a vu sa peine réformée en appel. Le 7 juillet 2026, la cour d'appel de Paris l'a déclarée coupable mais a ramené l'inéligibilité à quarante-cinq mois dont trente avec sursis : la part ferme, quinze mois, étant couverte par le temps écoulé depuis mars 2025, sa candidature redevient possible. La cour a maintenu une peine de prison de trois ans, dont un ferme sous bracelet électronique.
Le soir même, sur TF1, elle a annoncé sa quatrième candidature à l'Élysée. Elle s'est pourvue en cassation — un recours qui, fait-elle valoir, lui permet de mener campagne jusqu'à l'arrêt de la haute juridiction, attendu début 2027. Si celui-ci confirme la condamnation, l'inéligibilité s'appliquerait alors immédiatement. C'est la dernière inconnue d'une candidature désormais lancée.
Ce que disent les sondages
Le Rassemblement national domine toutes les enquêtes de premier tour publiées depuis le début de l'année, autour de 31 à 36 %. Ces vagues testaient surtout Jordan Bardella, longtemps pressenti pour porter les couleurs du parti : 32 % dans le baromètre Odoxa réalisé les 20 et 21 mai auprès de 1 005 personnes, 33,5 à 36 % selon les configurations dans l'enquête Ipsos BVA-CESI pour Le Parisien publiée le 1er juin (terrain des 27 et 28 mai, 1 500 personnes). Ipsos, qui a mesuré les deux hypothèses, crédite Marine Le Pen d'un niveau voisin, légèrement inférieur à celui de Bardella. Aucun prétendant n'avait atteint un tel étiage à un an du scrutin depuis François Mitterrand en 1988 et Nicolas Sarkozy en 2007. Le Pen désormais officiellement candidate, les instituts recalibreront leurs mesures autour de son nom.
Derrière, la hiérarchie s'est resserrée. Édouard Philippe, longtemps deuxième homme incontesté, est retombé à 13-19 % selon les configurations ; Jean-Luc Mélenchon, remonté à 13-16 %, lui dispute désormais la place de finaliste. L'érosion du maire du Havre doit beaucoup à ses ennuis judiciaires : depuis le printemps, une information judiciaire du Parquet national financier le vise pour des soupçons de détournement de fonds publics, favoritisme, prise illégale d'intérêts et concussion, autour d'une convention de gestion de la Cité numérique du Havre portant sur quelque 2,15 millions d'euros. Il conteste et assure qu'il répondra « à toutes les questions » de la justice. Raphaël Glucksmann se tient à 11-12 %, Gabriel Attal plafonne à 11,5 % quand Philippe est candidat, Bruno Retailleau oscille entre 6 et 9 %.
Au second tour, le rapport de force a basculé : début 2026, Édouard Philippe apparaissait comme le seul à pouvoir battre le RN ; le dernier baromètre Odoxa donne désormais son candidat — Jordan Bardella dans cette simulation — vainqueur face à tous ses adversaires testés. Deux éléments d'arrière-plan nourrissent cette dynamique : l'ancrage territorial conquis aux municipales de mars (de 9 à 57 mairies de plus de 3 500 habitants pour le RN) et un contexte de crise — guerre américano-iranienne, flambée des carburants, budget à venir — dont aucun mouvement net dans les intentions de vote ne s'est encore dégagé. La Commission des sondages le rappelle à chaque vague : à un an de l'échéance, ces chiffres décrivent un instantané, pas un pronostic.
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