Le 20 juin, Bruno Retailleau monte à la tribune du Parc floral de Paris devant plusieurs milliers de militants. Son équipe revendique 6 000 participants. « J'irai jusqu'au bout », promet-il. Il veut « remettre la France à l'endroit ». Le rendez-vous constitue son premier grand meeting, pas le début de sa candidature : il s'était déclaré quatre mois auparavant.
Sa candidature datait du 12 février : l'ancien ministre de l'Intérieur avait annoncé sa décision au nom du « devoir » et promis plusieurs référendums, notamment sur l'immigration, la justice pénale et la primauté du droit national. Les adhérents de LR lui ont ensuite donné l'investiture du parti.
Une désignation directe plutôt qu'une primaire
La consultation organisée les 18 et 19 avril ne mettait pas plusieurs candidats en concurrence. Elle demandait aux adhérents de choisir le mode de désignation du représentant de LR à l'élection présidentielle.
Trois options leur étaient proposées : une primaire interne, une primaire ouverte aux sympathisants ou la désignation directe du président du parti. Parmi les adhérents ayant choisi l'une de ces solutions, 73,8 % ont retenu la troisième, contre 14 % pour la primaire ouverte et 12,2 % pour la primaire interne. La participation a atteint 60,01 %, selon les résultats publiés par LR.
Ce vote est parfois confondu avec celui de mai 2025, au cours duquel Bruno Retailleau avait été élu président des Républicains avec 74,3 % des voix face à Laurent Wauquiez. En moins d'un an, il a remporté la direction du mouvement, puis son investiture présidentielle.
Il n'est toutefois pas le premier candidat de cette famille politique choisi par les adhérents. En décembre 2021, Valérie Pécresse avait remporté le congrès de LR face à Éric Ciotti, avec 60,95 % des suffrages exprimés au second tour.
Un parcours construit en Vendée et au Sénat
Bruno Retailleau est né le 20 novembre 1960 à Cholet. Titulaire d'une maîtrise de sciences économiques et diplômé de Sciences Po Paris, il commence sa carrière politique dans le sillage de Philippe de Villiers, avant de rompre avec lui et de rejoindre l'UMP.
Son implantation est d'abord vendéenne. Élu au conseil général dès 1988, il préside le département de 2010 à 2015. Il préside ensuite la région Pays de la Loire.
Élu sénateur en 2004, il prend en 2014 la présidence du groupe UMP, devenu Les Républicains, au Palais du Luxembourg. Nommé au gouvernement en septembre 2024, il cesse de siéger au Sénat le mois suivant, puis retrouve son siège le 13 novembre 2025.
Sa notoriété nationale s'accroît surtout au ministère de l'Intérieur. Il occupe la place Beauvau de septembre 2024 à octobre 2025. Il y place au premier plan l'immigration, la sécurité et la lutte contre le trafic de stupéfiants, thèmes qui structurent aujourd'hui sa campagne.
Un programme publié par étapes
Son site de campagne rassemble désormais un « projet pour la France » en trois ambitions, dix-huit thèmes et 120 mesures. Sept thèmes y portent encore la mention « À venir » : la justice, la sécurité, l'immigration, la santé, la culture, l'écologie et le tourisme.
Sur les comptes publics, le candidat a présenté le 12 octobre, au siège des Républicains, un plan d'économies qui doit atteindre 197 milliards d'euros en 2032, selon son livret « Rétablir l'ordre dans les comptes publics ». Il s'agit du montant de cette seule année, comparé à une trajectoire sans réforme : 12 milliards en 2027, puis 58, 95, 131 et 169 milliards les années suivantes. Europe 1 rapportait le 1er juillet son projet d'un plan d'urgence de 120 milliards d'euros sur cinq ans, sans préciser s'il s'agissait d'un cumul. Le plan se décompose en 96 milliards pour l'État, dont le non-remplacement de 400 000 départs à la retraite sur le quinquennat, dans les trois fonctions publiques, et la suppression d'agences, 91 milliards sur le champ social, dont 42 sur les retraites, et 10 milliards demandés aux collectivités. Sur ce total, 146 milliards iraient à la réduction du déficit, et 51 milliards seraient rendus sous forme de baisses de prélèvements, 21 aux ménages et 30 aux entreprises. Le déficit passerait sous 3 % du produit intérieur brut en 2031 et reviendrait à 2,2 % en 2032. « Je considère que la France est quasiment en faillite », a-t-il dit. Ces montants sont ceux du candidat ; à notre connaissance, aucune évaluation indépendante n'en a été publiée.
Le livret de quarante pages intitulé « Le travail gagnant » détaille davantage le volet social. LR propose de remplacer le RSA, la prime d'activité et l'allocation de solidarité spécifique par un revenu d'incitation à l'activité, ou RIA. Une personne sans revenu percevrait un socle de 300 euros ; un complément de 250 euros serait lié à au moins quinze heures hebdomadaires de formation ou de recherche active d'emploi. En cas de reprise d'une activité professionnelle, une partie de l'allocation serait maintenue.
Ce livret prévoit aussi un compte social unique recensant les prestations non contributives. Leur cumul serait plafonné à 70 % du smic net par adulte, hors situations liées au handicap, à la dépendance ou à la vieillesse. Cette mesure pourrait réduire les prestations de certains foyers : le document de LR l'assume et présente cette diminution comme une incitation à reprendre un emploi.
Sur les institutions, Bruno Retailleau promet de soumettre directement aux électeurs des textes visant à réduire l'immigration, à réformer la justice pénale et à renforcer la primauté du droit national. La portée précise de ces référendums dépendrait de la révision constitutionnelle qu'il souhaite mener.
Sur l'immigration, son site détaille déjà, dans le thème « Pour le peuple et par le peuple », plusieurs mesures, dont la suppression du droit du sol, des quotas migratoires fixés par la loi et des prestations sociales conditionnées à cinq ans de séjour et de travail. Son livret chiffre cette dernière mesure à 3,6 milliards d'euros d'économies en 2032, et l'ensemble de son volet migratoire à 10 milliards. Ses propositions sur la justice, et donc sur les prisons, restent annoncées.
David Lisnard est candidat, Xavier Bertrand se prépare
L'investiture de Bruno Retailleau règle la candidature de LR. Elle ne départage pas l'ensemble de la droite et du centre droit.
David Lisnard a quitté Les Républicains le 31 mars et annoncé le même jour sa candidature à l'élection présidentielle. Le maire de Cannes se présente sous les couleurs de Nouvelle Énergie et continue de réclamer une primaire élargie. Son mouvement n'est pas nouveau : il avait engagé sa démarche nationale en 2021.
Xavier Bertrand suit une autre trajectoire. Le président des Hauts-de-France a lancé Nous France en octobre 2022. Le 27 août, devant le Medef, il a confirmé qu'il serait candidat, sans se déclarer formellement : « J'ai dit que je le serai, mais le moment n'est pas venu », a-t-il expliqué, selon LCP.
Ces démarches concurrentes ne retirent pas à Bruno Retailleau l'étiquette de candidat LR. Elles limitent en revanche sa capacité à parler, à ce stade, au nom de toute la droite non ralliée au Rassemblement national ou au bloc central.
Un score qui dépend de la liste proposée
Deux enquêtes réalisées au début de juillet donnent une première mesure de sa position. Elles ne constituent pas une évolution dans le temps : chacune teste plusieurs listes de candidats possibles.
Dans le sondage Ifop réalisé les 7 et 8 juillet pour LCI et Le Figaro, Bruno Retailleau recueille 8 % lorsque Édouard Philippe représente le centre et 10 % lorsque Gabriel Attal est proposé à sa place. Les résultats reposent respectivement sur 624 et 625 électeurs inscrits, certains d'aller voter et ayant exprimé un choix.
Pour l'enquête OpinionWay conduite les 8 et 9 juillet pour Les Échos et Radio Classique, il obtient 8 % lorsque Gabriel Attal et Édouard Philippe figurent tous les deux sur la liste, 12 % lorsque Gabriel Attal est seul et 9 % lorsque Édouard Philippe est seul. Ces scores sont calculés sur 696 inscrits se déclarant certains de voter. Autour de 10 %, la marge d'erreur théorique est d'environ deux points pour une base de cette taille.
À la mi-octobre, ses scores étaient plus bas. L'Ifop-Fiducial, pour LCI et Sud Radio, a interrogé en ligne du 12 au 14 octobre 1 390 personnes inscrites sur les listes électorales, extraites d'un échantillon de 1 525 personnes : il y est mesuré entre 5 % et 8 % selon les listes, dont 6,5 % quand Édouard Philippe et Gabriel Attal sont tous deux candidats. Elabe, pour BFMTV et La Tribune Dimanche, a interrogé en ligne du 14 au 16 octobre 1 553 inscrits sur un échantillon de 1 701 personnes, avec une marge d'erreur de 1,2 à 2,8 points : il y obtient entre 6,5 % et 9,5 %, des scores que l'institut juge stables par rapport à août. Dans le baromètre Ifop-Fiducial réalisé du 17 au 19 octobre pour LCI, Le Figaro et Sud Radio, il obtient entre 5 % et 7,5 % selon les listes, et 5 % quand Édouard Philippe et Gabriel Attal sont tous deux candidats.
Les écarts montrent que son résultat dépend de la configuration testée. Ils ne suffisent pas à établir un mouvement d'opinion ni à prédire son score au premier tour, six mois avant le scrutin.
De l'investiture à la candidature officielle
Bruno Retailleau possède désormais le soutien formel de son parti, une organisation de campagne et plusieurs ensembles de propositions. Deux étapes restent distinctes.
La première est politique : compléter les sept thèmes de son projet encore marqués « À venir », dont la justice et la sécurité, qui structurent sa campagne.
L'autre est juridique et concerne tous les prétendants. Pour figurer sur la liste officielle, chacun devra réunir au moins 500 présentations d'élus, dont le Conseil constitutionnel contrôlera l'authenticité et la répartition territoriale.











