Place Victor Hugo, à Saint-Denis, entre la mairie passée à La France insoumise et la basilique où reposent les rois de France. C'est là, en plein air, que Jean-Luc Mélenchon a donné le coup d'envoi de sa campagne présidentielle, devant une foule de plus de 10 000 personnes. « C'est parti », a résumé le fondateur de LFI, candidat pour la quatrième fois à l'Élysée. Sa formule tient en trois mots : « Nous, c'est carré. »
Un premier meeting à Saint-Denis pour lancer la campagne
Le lieu n'a rien d'anodin. Saint-Denis est devenue la vitrine de LFI depuis la victoire-surprise de l'Insoumis Bally Bagayoko à la mairie, lors des dernières municipales — un scrutin où des candidats LFI ont été visés par une opération d’ingérence étrangère. « Je crois à la force des lieux », avait prévenu Jean-Luc Mélenchon dans la semaine. Le meeting a réuni une large part des élus du mouvement.
L'exercice n'a pas vocation à dérouler un programme. « Ce ne sera pas un meeting programmatique au sens pur, plutôt l'occasion de développer les grands axes de campagne », explique Manuel Bompard, coordinateur de LFI et directeur de campagne du candidat. Sur la scène, deux écrivains ont pris la parole : Annie Ernaux, prix Nobel de littérature 2022, et Éric Vuillard, prix Goncourt 2017.
La « Nouvelle France », fil rouge de la candidature Mélenchon
Derrière le décor, une idée. Jean-Luc Mélenchon entend faire le lien entre l'histoire de France et ce qu'il appelle la « Nouvelle France » : une société qu'il décrit comme plus urbaine, plus connectée et métissée. Bally Bagayoko, élu d'une commune populaire de Seine-Saint-Denis, en est l'une des incarnations revendiquées.
« On est dans cette idée d'une campagne instructive, avec de l'éducation populaire », résume Manuel Bompard. Le candidat, à l'aise dans la prise de parole publique, mise sur cet exercice pour installer son récit.
Mélenchon dans les sondages : aux portes du second tour
Les Insoumis veulent capitaliser sur un lancement réussi. Dans les enquêtes d'opinion, Jean-Luc Mélenchon se situe entre 13 et 16 % d'intentions de vote au premier tour selon les instituts — 16 % pour Odoxa fin mai, 13 % pour Ipsos-BVA début juin —, au coude-à-coude avec Édouard Philippe pour la deuxième place de la présidentielle 2027. Tous le placent loin derrière Jordan Bardella, en tête autour de 32 à 33 %.
Le mouvement revendique près de 200 000 soutiens en ligne. « Le lancement de campagne est allé au-delà de nos espérances », assure un cadre de LFI. « On n'avait pas imaginé que certains soutiens arriveraient aussi vite », ajoute Manuel Bompard, qui dit voir les sondages « confirmer les bons indicateurs » internes.
Une gauche toujours divisée sur la primaire
Reste l'état du reste de la gauche. Derrière Marine Tondelier, les Écologistes restent engagés dans le processus d'une primaire, mais celui-ci ne décolle pas : une partie du Parti socialiste et Raphaël Glucksmann refusent d'y participer. Pour sortir de l'impasse, la direction du PS a avancé l'idée d'une « double primaire » — d'abord au sein de l'espace social-démocrate, puis avec le reste de la gauche.
Une formule qui fait sourire les Insoumis. Eux répètent que « détester Mélenchon n'est pas un programme », et observent que des sympathisants écologistes se rapprochent de leurs rangs depuis le lancement.
Une campagne qui s'accélère à droite et au centre
Le meeting de Saint-Denis a ouvert une série. Dans les semaines qui suivent, d'autres candidats, déclarés ou pressentis, réunissent leurs troupes : Bruno Retailleau le 20 juin, puis Édouard Philippe le 5 juillet. Mais le rendez-vous le plus lourd de conséquences est judiciaire : le 7 juillet, la cour d'appel de Paris rend sa décision dans l'affaire des assistants du Rassemblement national au Parlement européen. De ce verdict dépend l'éligibilité de Marine Le Pen — ou, à défaut, la bascule vers une candidature de Jordan Bardella, l'homme que tous les autres, Mélenchon compris, cherchent déjà à rattraper.











