Face à la flambée des prix à la pompe, le gouvernement a choisi d'amplifier l'existant plutôt que de toucher aux taxes. Sébastien Lecornu et dix ministres ont présenté à Matignon un paquet d'aides de 710 millions d'euros : prime carburant employeur doublée à 600 euros, aide aux gros rouleurs portée à 100 euros, indemnités kilométriques revalorisées. Tour d'horizon des mesures, de leurs conditions et de leur coût.
Le paquet d'aides en détail
Le plan répond à la flambée des prix à la pompe provoquée, au printemps 2026, par la guerre au Moyen-Orient et les tensions sur le détroit d'Ormuz — par lequel transite environ un cinquième du pétrole et du gaz naturel liquéfié échangés dans le monde. La méthode retenue : amplifier les dispositifs déjà en place plutôt que d'en créer de nouveaux.
Additionnées aux 470 millions d'euros d'aides exceptionnelles déjà engagées, ces mesures portent l'effort public à environ 1,2 milliard d'euros. L'enveloppe nouvelle de 710 millions couvre trois volets :
- Aides aux ménages : prime carburant employeur, aide aux gros rouleurs, indemnités kilométriques revalorisées ;
- Aides sectorielles prolongées de trois mois : agriculteurs, transporteurs routiers, pêcheurs, BTP ;
- Transition : une prime pouvant atteindre 5 500 euros pour les taxis qui passent à un véhicule électrique.
La prime carburant doublée à 600 euros
C'est la mesure la plus visible : le plafond de la prime carburant versée par l'employeur, exonérée d'impôt et de cotisations sociales, passe de 300 à 600 euros par salarié et par an, avec des conditions d'octroi simplifiées. Le dispositif reste facultatif pour l'entreprise. Il reprend le principe de la prime déployée à partir de 2022, lors de la flambée liée à la guerre en Ukraine. Le patron de l'Union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM), Éric Trappier, y a vu « un dispositif simple et concret » ; le MEDEF, lui, a prévenu : « Les entreprises qui le peuvent, le feront. »
Aide aux gros rouleurs et indemnités kilométriques
Pour les actifs qui roulent beaucoup — plus de 8 000 kilomètres par an pour le travail, ou un trajet domicile-travail de plus de 15 kilomètres —, l'aide aux gros rouleurs est portée de 50 à 100 euros par véhicule. Elle est réservée aux foyers dont le revenu fiscal de référence 2024 ne dépasse pas 16 880 euros par part, à l'exclusion des redevables de l'impôt sur la fortune immobilière (décret n° 2026-333 du 30 avril 2026, modifié le 28 mai). La demande se dépose sur impots.gouv.fr, du 27 mai au 30 juillet 2026, pour un versement sous une dizaine de jours ; l'aide couvre la période de juin à août.
Les indemnités kilométriques sont par ailleurs revalorisées pour deux publics très routiers : les aides à domicile, qui enchaînent les visites en voiture, et les agents publics qui utilisent leur véhicule personnel pour leur service. Le barème précis n'a pas été détaillé.
Aucune baisse générale des taxes sur le carburant n'est en revanche prévue. Le Premier ministre y voit une mesure qui « coûte très cher » et profite surtout aux gros consommateurs, sans cibler les ménages modestes ; son ministre de l'Économie, Roland Lescure, avait tranché la veille : « Baisser les taxes est inefficace et inéquitable. » Derrière l'arbitrage affleure le même sujet que dans la bataille sur les zones à faibles émissions : le coût de la voiture pour les ménages modestes.
La trajectoire budgétaire en tension : 6 milliards d'économies en vue
Ces aides s'inscrivent dans un cadre budgétaire déjà serré, avec un objectif de déficit maintenu à 5 % du produit intérieur brut (PIB). Six milliards d'euros de gels ou d'annulations de crédits sont actés pour 2026, dont quatre sur l'État et deux sur la sphère sociale, et le gouvernement n'exclut pas de les revoir à la hausse. « Nous n'avons aucune marge de manœuvre budgétaire », a mis en garde le président (LR) du Sénat, Gérard Larcher, redoutant une récession — l'indice PMI a signalé le plus fort recul d'activité en France depuis cinq ans et demi.
Le ministre des Comptes publics, David Amiel, a écarté l'idée d'un surplus de recettes fiscales tiré de la hausse des prix : sur près de trois mois, elle n'a rapporté que 10 millions d'euros, en partie effacés par la baisse de la consommation. Le rapporteur général du budget au Sénat, Jean-François Husson (LR), a réclamé un budget rectificatif « sans délai ». Quant au Fonds monétaire international, il a abaissé sa prévision de croissance pour la France de 0,9 % à 0,7 % et appelé à une réponse « limitée, temporaire et ciblée ».
Les oppositions politiques face au plan
Les réactions ont été vives. Pour le coordinateur de La France insoumise, Manuel Bompard, ce fut « beaucoup de mots, beaucoup de ministres et beaucoup de temps pour aucune annonce sérieuse ». Marine Le Pen, pour le Rassemblement national, a fustigé des « mesurettes inefficaces » et réclamé une baisse « immédiate et massive » des taxes sur l'énergie — un manque à gagner de plusieurs milliards que le gouvernement juge incompatible avec sa trajectoire de déficit.
Sébastien Lecornu, lui, a écarté toute leçon de morale : « Il ne faut pas emmerder les Français » sur leur façon de se déplacer, a-t-il lancé, en reprenant la formule prêtée à Georges Pompidou. La ligne du gouvernement tient dans cet équilibre : soutenir le pouvoir d'achat sans rouvrir le débat des taxes, et sans laisser filer un déficit qu'il promet déjà de corriger à coups de milliards d'économies.











