- PLFSS 2026 adopté le 16 décembre 2025 : ONDAM à 274,4 Md€ (+3,1 %), dont +3,3 % pour les établissements de santé
- Plans blancs déclenchés en cascade en janvier 2026 : Autun, Montceau-les-Mines, Chalon-sur-Saône, Sens, Niort, Perpignan, Vannes
- 108 hôpitaux publics dans le dispositif « hôpital en tension » à la mi-janvier 2026, 28 ayant déclenché un plan blanc (FHF)
- 73 % des Français déclarent avoir renoncé à au moins un acte de soins en cinq ans, selon l'observatoire FHF / Ipsos BVA de mars 2026
- 4 900 lits d'hospitalisation complète fermés en 2023, selon la DREES (chiffres publiés le 31 octobre 2024)
En janvier 2026, trois hôpitaux de Saône-et-Loire — Autun, Montceau-les-Mines et Chalon-sur-Saône — ont déclenché le plan blanc simultanément. À Sens, dans l'Yonne, entre 30 et 40 patients dormaient chaque nuit aux urgences, faute de lits disponibles en amont — le plan blanc a été déclenché le 9 janvier, levé le 15. À Niort, à Perpignan, à Vannes, les mêmes scènes se sont répétées. Comme l'a formulé le Syndicat national des professionnels infirmiers (SNPI) le 15 janvier : « la crise n'est pas un pic d'hiver, c'est un système sans marges. »
Un budget 2026 en demi-teinte
Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) 2026, présenté à l'automne 2025 dans la continuité du plan d'économies de François Bayrou (alors Premier ministre, remplacé par Sébastien Lecornu le 9 septembre 2025), prévoyait un ONDAM total en hausse de seulement 1,6 %, et un sous-objectif hospitalier à +2,4 %. La Fédération hospitalière de France (FHF) avait alors parlé d'un « risque de sous-financement structurel ».
Le texte a été modifié au cours du débat parlementaire. Définitivement adopté le 16 décembre 2025, le PLFSS 2026 fixe finalement l'ONDAM à 274,4 milliards d'euros, en progression de 3,1 % sur l'année. Le sous-objectif consacré aux établissements de santé ressort à +3,3 %, soit un milliard d'euros supplémentaires obtenus par rapport à la version initiale. La FHF a alors « accueilli favorablement » ce rehaussement, tout en maintenant son alerte sur la trajectoire à moyen terme.
Les tarifs hospitaliers, eux, ont été gelés en 2026 — une décision dénoncée par l'ensemble des fédérations hospitalières, qui y voient une absorption silencieuse de l'inflation. Les restes à charge à l'hôpital ont, eux, augmenté dès le 1ᵉʳ mars 2026 : le forfait journalier hospitalier est passé de 20 à 23 euros par jour (de 15 à 17 euros en psychiatrie), par arrêté publié fin février 2026.
Un système qui perd ses soignants
Derrière les budgets, des postes vacants. Selon le SNPI, environ 60 000 postes infirmiers restent non pourvus dans les hôpitaux publics français — un chiffre repris depuis 2021 et réaffirmé en 2025. À l'AP-HP, l'épisode emblématique de septembre 2022 — 1 000 postes d'infirmiers vacants et 18 % des lits fermés faute de personnel — n'a jamais été pleinement résorbé. La MACSF estime qu'environ 10 % des soignants en poste sont en arrêt maladie, en burnout ou en dépression.
Le signal le plus inquiétant porte sur la dynamique de carrière : 69 % des infirmiers déclaraient, dans une enquête publiée par Infirmiers.com en février 2023 et largement relayée depuis, qu'ils ne recommanderaient pas leur métier — contre 58 % chez les aides-soignants et 45 % chez les médecins hospitaliers. À l'horizon 2030, les études disponibles évoquent plusieurs centaines de milliers de postes à pourvoir dans les métiers du soin, en intégrant les départs en retraite et l'augmentation des besoins liés au vieillissement.
Le résultat se lit dans les délais d'accès. Selon l'observatoire FHF / Ipsos BVA publié le 17 mars 2026, 73 % des Français disent avoir renoncé à au moins un acte de soins (consultation, analyses, médicaments) au cours des cinq dernières années, contre 63 % en 2024 — soit dix points en deux ans.
Les urgences, symptôme d'un mal structurel
À la mi-janvier 2026, la FHF recensait 108 hôpitaux publics dans le dispositif « hôpital en tension » et 28 établissements ayant déclenché un plan blanc. Les urgences servent de variable d'ajustement : faute de lits d'aval en médecine, en gériatrie ou en psychiatrie, des patients restent sur des brancards pendant des heures, parfois des jours.
La crise des déserts médicaux entretient ce cercle. Selon les chiffres officiels (Assurance Maladie / DREES, fin 2025), 6,7 millions de Français n'ont pas de médecin traitant, soit 11 % de la population. Les patients qui ne trouvent pas de médecin de ville finissent souvent aux urgences hospitalières — qui n'ont plus de lits pour les orienter en aval.
Près de 4 900 lits d'hospitalisation complète ont été fermés en 2023, selon la DREES (chiffres publiés le 31 octobre 2024). Chaque lit supprimé réduit la capacité du système à absorber un choc — qu'il soit épidémique, démographique, climatique ou géopolitique.
Ce qui vient
Les plans blancs en cascade de janvier 2026 montrent que les marges sont déjà étroites pour absorber un nouvel imprévu. L'Organisation météorologique mondiale a annoncé le 24 avril 2026 l'émergence probable d'un épisode El Niño à partir de la mi-2026, sans certitude à ce stade sur son intensité. L'été qui s'annonce constitue, à ce titre, un test de résistance attendu. Les canicules surchargent les urgences, en particulier en gériatrie, et la production des centrales nucléaires en bord de fleuve peut elle-même être contrainte par les températures de l'eau de refroidissement, ce qui pèse sur la fourniture d'électricité au plan national.
La prochaine crise — épidémie hivernale, canicule estivale, rupture d'approvisionnement en médicaments — trouvera un système hospitalier qui ne peut plus absorber grand-chose de plus. Le SNPI résume la situation d'une formule devenue référence : ce n'est pas un pic, c'est un système sans marges.










