150 réais pour une vidéo virale depuis les toits de Rocinha
Sur le toit-terrasse d'une maison de Rocinha, plus grande favela de Rio de Janeiro avec ses 70 000 habitants, des touristes posent devant un drone qui les filme en gros plan avant de s'éloigner pour révéler le panorama de la mégapole brésilienne. Ce service, facturé 150 réais (environ 25 euros), connaît un tel succès qu'il faut parfois patienter deux heures.
Renan Monteiro, 42 ans, fondateur de l'agence Na Favela Turismo et habitant du quartier, rejette l'accusation de romantiser la pauvreté. « On ne romantise pas la pauvreté, on veut battre en brèches les préjugés », affirme-t-il. « Le principal objectif, c'est de montrer le côté positif de Rocinha. »
Avant le tournage, les touristes participent à une visite guidée qui les mène dans les ruelles étroites et pentues de la favela. « Rocinha a la réputation d'être un endroit dangereux mais j'ai trouvé ça super de découvrir l'ambiance », déclare Gabriel Pai, 38 ans, venu du Costa Rica.
Un modèle économique ancré dans la favela
L'influenceuse brésilienne Ingrid Ohara, qui cumule 12 millions d'abonnés sur Instagram et 20 millions sur TikTok, s'est rendue à Rocinha pour y tourner sa propre vidéo. « Ces vidéos font toujours beaucoup de vues et je voulais en faire une ici à Rocinha parce que ça devient viral partout dans le monde », explique-t-elle.
Na Favela Turismo a formé 300 guides issus de la favela et une dizaine de pilotes de drones. Les propriétaires de 26 habitations dont les toits sont utilisés pour les prises de vue sont rémunérés. « Ça m'a changé la vie. Ce serait bien que d'autres gens de la favela aient ce genre d'opportunité », témoigne Pedro Lucas, pilote de drone de 19 ans.
Renan Monteiro a élaboré avec des leaders communautaires des circuits sécurisés après l'interruption des visites en 2017, lorsqu'une femme espagnole avait été tuée lors d'une fusillade entre policiers et narcotrafiquants. Il a créé une application pour suivre la localisation des guides et annuler les visites en cas de raid policier.
Record de fréquentation touristique à Rio
Le tourisme connaît un boom à Rio de Janeiro. L'agence gouvernementale Embratur a indiqué à l'AFP qu'environ 290 000 touristes étrangers ont visité la ville en janvier 2026, un record. En février, Na Favela Turismo a accueilli 41 000 visiteurs à Rocinha et dans le quartier voisin de Vidigal.

Pour Claudiane Pereira dos Santos, femme de ménage de 50 ans et habitante de Rocinha, cette affluence est bienvenue. « Les gens associent les favelas au crime, aux mauvais côtés, mais il y a beaucoup de gens qui travaillent dur », dit-elle.
Le débat sur l'image des favelas
Pour Renan Monteiro, ce tourisme encadré est préférable aux « safaris » organisés par le passé à bord de jeeps décapotables. Mais le modèle ne fait pas l'unanimité.


Cecilia Olliveira, directrice de l'Institut Fogo Cruzado, qui recense les violences armées dans les quartiers pauvres, reconnaît que certains habitants considèrent ce tourisme comme « une source de revenus légitime ». Elle met cependant en garde : « Le problème, c'est quand la favela cesse d'être un quartier vivant et complexe, plein d'inégalités, pour être résumé à un contraste exotique ou un décor servant à produire du contenu percutant. »











