Depuis le 28 février 2026, le détroit d'Ormuz est fermé de facto. L'Iran a annoncé le 2 mars que tout navire tentant le passage serait attaqué. Vingt jours plus tard, 20 000 marins patientent à bord de 3 200 navires dans le golfe Persique, selon l'Organisation maritime internationale. Des deux côtés du détroit, Bloomberg estime le total à 40 000 marins.
Des conditions de survie à bord
Sur les navires bloqués, les vivres s'épuisent. L'International Chamber of Shipping alerte sur les problèmes d'approvisionnement en carburant et la capacité de certains bâtiments à produire de l'eau potable. Le risque de pénurie de nourriture et d'eau est qualifié de « critique » par Spot Media.
Kumar, marin indien bloqué au large de l'Irak, témoigne dans The Hans India : « L'équipage survit avec du sucre et du riz. » Son navire est à court d'eau douce. Des marins philippins, interrogés par le South China Morning Post, se disent « ennuyés et un peu effrayés ».
Les chiffres par nationalité donnent la mesure de la crise : 23 000 marins indiens (dont 1 109 sur 37 navires battant pavillon indien), 6 000 marins philippins, et 15 000 passagers de croisière piégés sur au moins six paquebots (TUI Cruises, MSC, Celestyal, Aroya). Certains navires de croisière servent d'« hôtels flottants » à Dubaï et Abu Dhabi.
Quatre morts, 21 navires attaqués
Depuis le début du conflit, 21 navires marchands ont été attaqués dans la zone. Au moins quatre marins ont été tués. Trois Indiens sont morts : Ashish Kumar et Dalip Singh sur le tanker Skylight (pavillon Palau, golfe d'Oman) et un troisième sur le MKD Vyom, touché par un drone naval. Un marin philippin est porté disparu après que son navire a été touché par deux missiles.
Le 11 mars, au moins trois navires ont été endommagés en une seule journée, dont le Mayuree Naree (pavillon thaïlandais), dont 20 membres d'équipage ont été secourus par la marine omanaise. Trois marins restent disparus.
Le secrétaire général de l'OMI a déclaré que « les morts de marins dans le détroit d'Ormuz sont inacceptables ».
Zone morte GPS : naviguer à l'aveugle
Le détroit est devenu une « zone morte GPS ». Selon Bloomberg et Windward, plus de 1 000 navires ont été touchés par des interférences GPS et AIS. Le brouillage fait apparaître des navires à des emplacements fictifs : aéroports, centrale nucléaire, zones terrestres près de Bandar Abbas. Les équipages sont contraints de naviguer au radar seul.
Un officier supérieur a décrit à Bloomberg avoir vu le terminal de Fujairah en feu depuis son pétrolier pendant que des avions de chasse survolaient la zone. L'Iran a également miné le détroit : le CENTCOM américain affirme avoir détruit 16 poseurs de mines.
L'OMI vote un couloir, mais sans force contraignante
Réunie en session extraordinaire à Londres les 18 et 19 mars (C/ES.36), l'OMI examine une proposition de couloir maritime sécurisé pour évacuer les navires bloqués. Le texte, soumis par le Japon, Bahreïn, les Émirats arabes unis, le Panama, le Mexique et Singapour, est soutenu par les États-Unis.
Le représentant émirati s'est félicité d'avoir réuni « plus de 100 co-auteurs, un record dans l'histoire de l'OMI ». Une deuxième résolution, portée par une majorité de membres, propose de « condamner fermement les attaques inacceptables » de Téhéran.
Mais toute résolution adoptée par le conseil de l'OMI (40 États membres, dont l'Iran ne fait pas partie) ne serait pas contraignante. L'Iran a de son côté imputé la situation au « recours récent et illégal à la force » des États-Unis et d'Israël.
Un trafic quasi nul, des exceptions sélectives
Depuis le 1er mars, seulement 21 tankers ont transité par le détroit, contre plus de 100 par jour en temps normal, selon S&P Global. Le trafic a chuté de 70 %. Maersk, MSC, Hapag-Lloyd et CMA CGM ont suspendu leurs transits.
L'Iran autorise cependant le passage sélectif de navires « alliés ». Selon Al Jazeera, deux tankers GPL indiens ont transité en sécurité le 16 mars. Un cargo pakistanais chargé de brut a été le premier navire non iranien autorisé. Des dizaines de navires affichent désormais une propriété ou un équipage chinois pour obtenir le passage. Environ 90 navires iraniens continuent de transiter librement.
Impact économique mondial
En temps normal, 20 % du pétrole mondial et un tiers du commerce d'engrais transitent par Ormuz. Le blocus est qualifié de « plus grande perturbation de l'approvisionnement énergétique depuis la crise de 1973 ».
Le blocus affecte aussi le transport aérien mondial. Le blocus affecte aussi le transport aérien mondial. Le taux de fret des supertankers VLCC a atteint un record historique de 423 736 $/jour (+94 %), selon CNBC. Le Brent dépasse 112 $. L'industrie textile asiatique, dépendante de la pétrochimie pour les fibres synthétiques, est touchée. Un tiers du commerce mondial d'engrais est paralysé, selon FinancialContent.











