Vendredi 20 mars 2026, deux milliards de musulmans célèbrent l'Aïd el-Fitr, la fête marquant la fin du Ramadan. Le CFCM et la Grande Mosquée de Paris l'ont confirmé le 18 mars lors de la Nuit du Doute. Mais cette fête de paix, de pardon et de renouveau tombe cette année dans un contexte sans précédent : quatre guerres actives, Al-Aqsa fermée, plus de 4 millions de déplacés.
Al-Aqsa fermée : une première depuis 1967
Israël maintient la fermeture de la mosquée Al-Aqsa pendant l'Aïd el-Fitr et au-delà, invoquant la « situation sécuritaire » liée à la guerre contre l'Iran. C'est la première fois depuis 1967 que les Palestiniens ne peuvent pas prier à Al-Aqsa pendant l'Aïd.
Seuls 25 employés du Waqf islamique sont autorisés par rotation. Des caméras de surveillance ont été installées dans les salles de prière et le Dôme du Rocher. La Vieille Ville de Jérusalem est en confinement quasi total.
Le sheikh Ekrima Sabri, ancien mufti de Jérusalem, a émis une fatwa appelant les musulmans à prier l'Aïd « au plus près d'Al-Aqsa », dans la rue devant les portes. Toutes les autres mosquées de Jérusalem sont invitées à fermer pour que les fidèles convergent vers le lieu saint.
Huit pays (Qatar, Jordanie, Indonésie, Turquie, Pakistan, Arabie saoudite, Égypte, EAU) ont condamné la fermeture comme « injustifiée », déclarant qu'Israël n'a « aucune souveraineté » sur le site.
Iran : l'Aïd et Norouz sous les bombes
En Iran, l'Aïd el-Fitr coïncide cette année avec Norouz, le nouvel an persan (équinoxe de printemps). Une convergence calendaire rare, célébrée sous les bombardements américano-israéliens depuis le 28 février (J19 du conflit).
Bilan au 18 mars : 1 444 morts selon le bilan officiel iranien, jusqu'à 4 800 militaires tués selon l'ONG Hengaw. 3,2 millions de déplacés (UNHCR). Le pays est plongé dans un blackout internet quasi total depuis 18 jours (4 % de connectivité).
Le deuil national de 40 jours pour le guide suprême Ali Khamenei, tué le 28 février, interdit de facto les festivités publiques. Les funérailles d'Ali Larijani, 4e haut responsable éliminé, ont eu lieu le 18 mars à Téhéran. Malgré tout, des Iraniens nettoient leurs maisons, étendent leurs tapis et préparent le Haft-sin. Les bazars sont « plus calmes que d'habitude ». Les célébrations se font en petits groupes familiaux.
Gaza : l'Aïd dans les ruines, les prix flambent
La bande de Gaza vit sous un cessez-le-feu fragile depuis octobre 2025. Depuis cette date, 1 620 violations ont été documentées, dont 749 bombardements. 671 Palestiniens ont été tués depuis la trêve. Bilan total depuis octobre 2023 : 72 249 morts dont 20 179 enfants.
Pour la première fois depuis deux ans, des marchés ont rouvert à Gaza City, Khan Younès et Deir al-Balah. Mais les prix sont prohibitifs : une chemise d'enfant coûte entre 15 et 30 dollars. Un résident cité par The New Arab : « Les gens veulent rendre leurs enfants heureux, mais les prix sont très élevés et le pouvoir d'achat extrêmement faible. »
Plus de 90 % de la population fait face à une crise alimentaire. Les gâteaux de l'Aïd n'ont pas été préparés depuis des années : « Pendant la guerre, nous étions déplacés, il n'y avait ni farine ni sucre », témoigne une habitante. Les Gazaouis craignent que la guerre en Iran ne fasse oublier leur situation.
Liban : 968 morts, l'Aïd dans les camps
Depuis le 2 mars, les bombardements israéliens ont fait 968 morts au Liban (dont 116 enfants), 2 432 blessés et plus d'un million de déplacés — un sixième de la population. Le HCDH de l'ONU évoque de « possibles crimes de guerre ».
Le 18 mars, des frappes ont visé le centre de Beyrouth à 3 heures du matin pendant le suhoor (repas avant l'aube du Ramadan). 12 morts, 41 blessés. Pour des centaines de milliers de familles, l'Aïd se passera dans un centre d'hébergement saturé ou sous une tente.
Les déplacés du sud ne peuvent plus visiter les tombes de leurs proches, tradition essentielle de l'Aïd. « C'est la seule chose qui me touche, ne pas pouvoir aller prier sur la tombe de mon père », confie une déplacée à Al-Monitor. Les deux ponts sur le Litani ont été détruits, isolant le sud du pays.
Afghanistan-Pakistan : trêve de 5 jours après 408 morts
Le Pakistan et l'Afghanistan ont annoncé le 18 mars une trêve de 5 jours pour l'Aïd el-Fitr, à la demande de l'Arabie saoudite, du Qatar et de la Turquie. La pause entre en vigueur le 19 mars à minuit (heure locale).
L'annonce intervient deux jours seulement après la frappe pakistanaise sur l'hôpital Omar de Kaboul : 408 morts, 265 blessés. L'établissement de 2 000 lits accueillait des patients toxicomanes. Le Pakistan affirme n'avoir visé que des « infrastructures terroristes ».
Islamabad prévient : en cas d'attaque transfrontalière ou d'acte terroriste, « les opérations reprendront immédiatement avec une intensité renouvelée ». Pour les familles afghanes, la fête est indissociable du deuil.
Cisjordanie : une famille tuée en allant acheter des vêtements d'Aïd
Le 15 mars, la famille Bani Odeh rentrait de Naplouse où elle avait acheté des vêtements de l'Aïd pour ses enfants. Leur voiture a été criblée de balles par des soldats israéliens près de Tammoun.
Ali, 37 ans (père), Waad, 35 ans (mère), Mohammad, 5 ans, et Othman, 7 ans, ont été tués. Les deux survivants, Khaled (11 ans) et Mustafa (8 ans), se sont protégés derrière les corps de leurs parents. Ils ont été blessés par des éclats à l'œil et à la tête.
L'armée israélienne affirme que le véhicule avait « accéléré vers les forces ». B'Tselem et le ministère palestinien des Affaires étrangères qualifient l'incident d'« exécution extrajudiciaire ».
Golfe : prières confinées, célébrations annulées
Aux Émirats, au Koweït et au Qatar, les prières de l'Aïd sont exclusivement autorisées à l'intérieur des mosquées. Les espaces de prière extérieurs sont interdits pour la première fois, en raison de la guerre Iran-Israël.
À Dubaï, le Global Village, les parcs et le Wild Wadi sont fermés. 80 000 réservations de location ont été annulées la première semaine de guerre. Au Qatar, musées et sites patrimoniaux sont fermés. Au Koweït, concerts, mariages et grands rassemblements sont interdits. Pas de feux d'artifice nulle part dans le Golfe.
Le Conseil mondial du tourisme estime les pertes à 600 millions de dollars par jour dans la région.
En France : prière, solidarité et émotion
Pour les six millions de musulmans de France, l'Aïd 2026 est marqué par l'émotion face aux images de Gaza, du Liban et d'Iran. La Grande Mosquée de Paris organise deux prières à 8h00 et 8h45 le vendredi 20 mars.
La Zakat al-Fitr, aumône obligatoire de fin de Ramadan, est fixée entre 7 euros (Grande Mosquée de Paris) et 9 euros (CFCM) par personne à charge. Le Secours Islamique France prévoit de distribuer plus de 6 000 cadeaux d'Aïd à Gaza, en Cisjordanie, au Liban, au Sénégal et au Soudan.
Le CFCM appelle les musulmans à « continuer de cultiver la piété, la bienveillance et l'esprit de solidarité au bénéfice de l'ensemble de la société ».
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