Le 18 mars, la directrice du renseignement national américain Tulsi Gabbard a témoigné devant la commission du renseignement du Sénat sur la situation en Iran, au 19e jour de la guerre. Son témoignage écrit, distribué aux sénateurs avant l'audition, contenait une phrase absente de sa déclaration orale. Cette omission, repérée par Bloomberg et confirmée par plusieurs médias anglo-saxons, remet en question la justification avancée par Donald Trump pour déclencher le conflit.
Un passage clé supprimé entre l'écrit et l'oral
Dans sa version écrite, Gabbard indiquait que l'Iran n'avait pas tenté de reconstruire sa capacité d'enrichissement d'uranium après les frappes américaines de juin 2025, qui avaient détruit plusieurs centrifugeuses. Ce constat implique que Téhéran ne poursuivait pas la course à l'arme atomique au moment où la guerre a été lancée le 28 février 2026.
Or, lorsqu'elle a lu sa déclaration devant les sénateurs, Gabbard a sauté ce passage. Le sénateur démocrate Mark Warner, vice-président de la commission, l'a immédiatement interpellée : « Vous avez choisi d'omettre les parties de votre témoignage écrit qui contredisent le président. »
Gabbard n'a pas contesté l'accusation. Elle a répondu que le régime iranien était « intact mais largement dégradé », et a refusé de qualifier l'Iran de « menace imminente » pour les États-Unis, selon NBC News.
La justification de Trump fragilisée
Pour justifier les frappes conjointes avec Israël à partir du 28 février, Donald Trump avait invoqué une urgence : l'Iran était « à deux semaines de l'arme nucléaire ». Cette affirmation, répétée dans plusieurs déclarations présidentielles, est désormais contredite par sa propre directrice du renseignement.
Le 19 mars, le Premier ministre israélien Netanyahu a affirmé que l'Iran n'avait plus « la capacité d'enrichir de l'uranium ». Mais l'AIEA a révélé l'existence d'un nouveau site souterrain d'enrichissement à Isfahan, découvert après le début des hostilités. Rafael Grossi, directeur général de l'agence, a averti que « la guerre ne peut pas éliminer entièrement le programme nucléaire iranien ».
La question est désormais posée : si l'Iran ne reconstruisait pas son enrichissement avant le 28 février, la guerre était-elle justifiée par la menace nucléaire ? Le témoignage écrit de Gabbard suggère que non.
Des fissures dans l'administration Trump
L'omission de Gabbard s'inscrit dans une série de signaux de dissension au sein de l'administration américaine.
Joe Kent, directeur du Centre national de lutte antiterroriste (NCTC), avait démissionné le 17 mars en déclarant que « l'Iran ne posait aucune menace imminente ». Confirmé au Sénat en juillet 2025, Kent était un faucon : sa démission a surpris. Trump l'a qualifié de « très faible ».
Le Washington Post a révélé le 19 mars que le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane avait poussé Trump par téléphone à frapper l'Iran, tandis que Riyad affichait publiquement un soutien à la diplomatie. Le Pentagone, de son côté, demande 200 milliards de dollars supplémentaires pour poursuivre les opérations, signe d'un engagement de longue durée que l'administration n'avait pas anticipé.
Ces révélations posent une question qui dépasse la personne de Gabbard : la guerre contre l'Iran repose-t-elle sur des faits de renseignement ou sur une décision politique prise indépendamment des évaluations de la communauté du renseignement ?











