Depuis le 9 mars 2026, l'Iran a un nouveau guide suprême. Mais personne ne l'a vu. Mojtaba Khamenei, 56 ans, troisième titulaire du poste dans l'histoire de la République islamique. Son parcours et son ascension éclairent la situation actuelle, n'a fait aucune apparition publique depuis son élection. Pas de vidéo, pas d'enregistrement audio, pas de photo récente. Un guide invisible à la tête d'un pays en guerre.
Le 28 février : survivre à la frappe qui a décapité le régime
Le 28 février, des frappes israéliennes coordonnées touchent le complexe de commandement à Téhéran à 9h32 (heure locale). Ali Khamenei, guide suprême depuis 1989, est tué. Sont également tués sa fille, sa petite-fille, son gendre et sa belle-fille.
Mojtaba perd dans la même frappe son épouse Zahra Haddad-Adel et leur fils, selon le Jerusalem Post et NBC News. Il échappe à la mort de justesse : il avait quitté le bâtiment quelques instants avant l'impact des missiles.
Selon CNN, il souffre d'une fracture du pied, d'un hématome à l'œil gauche et de lacérations mineures au visage. L'ambassadeur iranien à Chypre a donné une version différente au Guardian, évoquant des blessures aux jambes, bras et mains. La télévision d'État iranienne a elle-même confirmé qu'il avait été blessé.
Élu sous la pression des Gardiens de la révolution
L'Assemblée des experts, composée de 88 religieux, est chargée de désigner le guide suprême. Du 3 au 8 mars, une session électorale en ligne se tient dans des conditions contestées. Selon plusieurs témoignages rapportés par des médias internationaux, des commandants des IRGC ont exercé « des contacts répétés et des pressions psychologiques et politiques » sur les membres.
Le 8 mars, l'Assemblée annonce qu'un consensus a été atteint. Le 9 mars, Mojtaba Khamenei est proclamé troisième guide suprême d'Iran.
La succession dynastique est contestée. Des figures politiques iraniennes dénoncent une « version cléricale du régime du shah », selon Foreign Affairs. Les principes théologiques chiites interdisent en théorie une telle transmission héréditaire. Le père lui-même, Ali Khamenei, s'était publiquement opposé à une succession dynastique.
Le renseignement américain avait informé Trump qu'Ali Khamenei considérait son fils comme « pas très brillant et inapte à diriger », rapporte le Times of Israel.
Deux messages écrits, zéro apparition
Le 12 mars, la télévision d'État diffuse le premier message de Mojtaba. Mais le texte est lu par un présentateur TV pendant qu'une photo fixe — ancienne — est affichée à l'écran. Aucune vidéo, aucun audio du nouveau guide.
Le contenu est martial : « Le levier de blocage du détroit d'Ormuz doit absolument continuer à être utilisé. » Il menace d'« ouvrir d'autres fronts », exige la fermeture de toutes les bases américaines au Moyen-Orient et promet de « venger le sang » des victimes.
Le Jerusalem Post relève que le message contenait des erreurs et aurait été « dicté par les IRGC » puis publié sous la signature de Khamenei.
Le 16 mars, un deuxième message écrit confirme que tous les responsables nommés par son père restent en poste et annonce la nomination du général Mohsen Rezaei (ancien chef des IRGC) comme conseiller militaire.
Blessé, défiguré, évacué à Moscou ?
Le 13 mars, le secrétaire américain à la Défense Pete Hegseth déclare que le nouveau guide est blessé et « vraisemblablement défiguré », sans fournir de preuves.
Selon le média koweïtien Al-Jarida, repris par le Daily Mail et le Kyiv Post, Mojtaba aurait été secrètement évacué de Téhéran vers Moscou le 12 mars à bord d'un avion militaire russe. Vladimir Poutine aurait personnellement proposé le transfert lors d'un appel avec le président Pezeshkian. Des sources évoquent une amputation d'une jambe.
Le Kremlin refuse de commenter. Le porte-parole Dmitri Peskov répond « no comment » aux questions des journalistes, rapporte Novaya Gazeta Europe. L'Iran « dément formellement », son ambassadeur en Russie qualifiant ces informations de « tactique de guerre psychologique ».
Le 15 mars, Donald Trump — qui a par ailleurs menacé de raser South Pars — déclare sur Fox News : « J'entends dire qu'il n'est pas vivant. Personne n'a été capable de le montrer. » Puis il nuance : « Abîmé, mais probablement vivant sous une forme ou une autre. »
Un régime acéphale ?
Selon des sources citées par Fox News, « Mojtaba Khamenei n'apparaît pas en public, mais nous avons aussi des informations fiables indiquant qu'il ne contrôle pas et ne dirige pas le régime. La direction iranienne actuelle est brisée, confuse et quasi dysfonctionnelle. »
CNN nuance : le système iranien peut fonctionner sans que le guide soit visible. L'appareil des IRGC et la bureaucratie théocratique continuent d'opérer. Un analyste de WBUR le décrit comme « son père sous stéroïdes » en termes d'intransigeance idéologique.
Reste la question centrale : qui commande réellement l'Iran ? Si Mojtaba est incapable de gouverner, les IRGC deviennent de facto la seule autorité décisionnelle. Aucun interlocuteur crédible ne se dessine pour une éventuelle négociation de cessez-le-feu.
Un homme de l'ombre devenu fantôme
Avant le 28 février, Mojtaba Khamenei n'avait jamais occupé de fonction officielle. Né en 1969 à Mashhad, il a rejoint les IRGC en 1987 pendant la guerre Iran-Irak, servant dans le bataillon Habib. Il y a forgé des liens avec Hossein Taeb, futur chef du renseignement des IRGC.
Après des études religieuses à Qom, il a pris le contrôle de la milice Basij en 2009, selon Iran International, qui cite des documents fuités des IRGC datant de 2023. Il exerçait une influence significative sur les nominations au sein de l'Organisation de protection du renseignement.
Jamais élu, jamais soumis à un vote public avant mars 2026, qualifié d'« inapte » par son propre père selon les services américains, Mojtaba Khamenei dirige aujourd'hui un pays de 88 millions d'habitants en guerre — sans que personne ne puisse confirmer qu'il est en mesure de le faire.











