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Édouard Philippe, le favori sur la défensive

Longtemps désigné comme le mieux placé pour barrer la route au RN, Édouard Philippe avance désormais sur la défensive : une information judiciaire vise sa gestion d'un dossier havrais, tandis que ses intentions de vote s'effritent face à la poussée de Jordan Bardella.

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Édouard Philippe, maire du Havre et président du parti Horizons
Édouard Philippe, maire du Havre et président du parti Horizons, candidat déclaré à la présidentielle.© AFP / Ian Langsdon

Longtemps, Édouard Philippe a incarné le recours : l'ancien Premier ministre que les sondages désignaient comme le mieux placé pour barrer la route au Rassemblement national. À un an du scrutin, le maire du Havre avance pourtant sur la défensive. Une information judiciaire vise sa gestion d'un dossier né dans son fief, et sa cote s'effrite à mesure que monte la vague Jordan Bardella.

Du Havre à Matignon, et l'Élysée en ligne de mire

Conseiller d'État passé par la droite, Édouard Philippe se fait d'abord un nom au Havre, dont il est maire de 2010 à 2017. Emmanuel Macron en fait son premier chef de gouvernement : il dirige Matignon de mai 2017 à juillet 2020, avant de partir avec une popularité rare pour un Premier ministre. Il retrouve sa mairie, fonde Horizons en 2021 — une formation de centre droit pensée comme un point d'appui pour l'après-macronisme — et se déclare candidat à l'Élysée dès 2024. L'ambition présidentielle, il ne l'a jamais cachée.

La Cité numérique du Havre, une enquête qui tombe mal

Mais une affaire née dans son fief brouille le tableau. Depuis le printemps, une information judiciaire le vise pour des soupçons de détournement de fonds publics, favoritisme, prise illégale d'intérêt et concussion. En cause, selon la plainte d'une lanceuse d'alerte — une ancienne directrice générale adjointe de la communauté urbaine du Havre —, une convention de 2,15 millions d'euros confiée en 2020 à une association de la French Tech locale pour animer un tiers-lieu d'innovation, la Cité numérique. La lanceuse d'alerte y voit un possible « pacte » entre l'élu et son adjointe chargée du numérique, alors présidente bénévole de l'association, et dénonce une « opacité » dans la gestion des fonds. L'association a été placée en liquidation judiciaire en 2023.

Ancienne directrice générale adjointe de la collectivité, la lanceuse d'alerte a obtenu ce statut début 2025 — un statut que l'élu conteste. Selon elle, les services juridiques de la communauté urbaine auraient signalé en vain un possible favoritisme ; elle dit avoir buté sur une « opacité » dans les comptes de l'association, dont l'activité réelle lui paraissait faible au regard des rémunérations versées. Elle assure avoir ensuite été écartée, puis privée du renouvellement de son contrat.

Saisi dès 2023, le Parquet national financier a mené des perquisitions, puis pris un réquisitoire le 7 mai, ouvrant la voie à un juge d'instruction. Présumé innocent, Édouard Philippe conteste depuis le début. Il « prend acte » de l'enquête, qu'il dit avoir apprise « par la presse », et assure qu'il « répondra à toutes les questions » de la justice « de façon très sereine », selon son entourage. Reste que le calendrier tombe mal : l'enquête s'ouvre au moment précis où il lui faut convaincre.

Dépassé dans les sondages

Car la dynamique lui échappe. Longtemps deuxième homme incontesté de la course, il est retombé entre 13 et 19 % des intentions de vote au premier tour, selon les enquêtes recensées dans le baromètre de la présidentielle. Devant lui, Jordan Bardella écrase la concurrence — 32 à 36 %, un niveau qu'aucun candidat n'avait atteint à un an du scrutin depuis François Mitterrand en 1988. Derrière, Jean-Luc Mélenchon, remonté à 13-16 %, lui dispute désormais la place de finaliste, quand le candidat des Républicains Bruno Retailleau reste, lui, scotché entre 6 et 9 %. Surtout, le second tour a basculé : celui qui passait début 2026 pour le seul capable de battre le candidat RN est désormais donné perdant face à lui dans les derniers baromètres. Cette domination s'appuie sur un ancrage neuf : aux municipales de mars, le Rassemblement national est passé de 9 à 57 mairies de plus de 3 500 habitants.

À cette pression s'ajoute un concurrent venu de son propre camp. Gabriel Attal, autre ancien Premier ministre, s'est déclaré le 22 mai en revendiquant une posture d'outsider face au maire du Havre. Les deux hommes ont laissé entendre que l'un se retirerait début 2027 au profit du mieux placé — un arrangement dont nul ne connaît la solidité. En attendant, le centre avance en ordre dispersé, là où le Rassemblement national n'a, lui, qu'un candidat à désigner.

Devant les cadres d'Horizons réunis à Reims, en mai, Édouard Philippe a balayé les inquiétudes avec le sang-froid qui fit sa réputation à Matignon. Il lui reste un an pour redevenir le favori qu'il était.

L'essentiel

  • Longtemps désigné par les sondages comme le candidat le mieux placé pour battre le Rassemblement national, Édouard Philippe, ancien Premier ministre et maire du Havre, est retombé entre 13 et 19 % des intentions de vote au premier tour.
  • Une information judiciaire le vise pour des soupçons de détournement de fonds publics, favoritisme, prise illégale d'intérêt et concussion, autour d'une convention de 2,15 millions d'euros liée à la Cité numérique du Havre ; il conteste et se dit serein.
  • Dépassé par Jordan Bardella (32-36 %) et talonné par Jean-Luc Mélenchon pour la place de finaliste, il doit aussi composer avec la candidature concurrente de Gabriel Attal au sein du bloc central.

Thomas Renaud

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