2025, plus de décès que de naissances
En 2025, pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la France a enregistré plus de morts que de bébés : 651 000 décès pour 645 000 naissances, soit un solde naturel négatif de 6 000. Le chiffre, confirmé par l'Insee dans son bilan démographique du 13 janvier 2026, n'a rien d'un accident. L'indicateur de fécondité est tombé à 1,56 enfant par femme — il faut remonter à 1918, au sortir de la Première Guerre mondiale, pour retrouver un niveau aussi bas. « Ce qui frappe, c'est à quel point le solde naturel s'est réduit ces dernières années, sous l'effet de la baisse rapide des naissances », relève Sylvie Le Minez, de l'Insee. En quinze ans, le nombre de naissances a reculé d'environ 24 % par rapport au pic de 2010.
La population continue pourtant de croître — 69,1 millions d'habitants au 1er janvier 2026 —, mais uniquement grâce au solde migratoire (+176 000 en 2025). Sans l'immigration, le pays perdrait déjà des habitants. Selon l'Insee, il plafonnerait autour de 70 millions vers 2040, avant de redescendre à 68 millions en 2070. La hausse des décès en 2025 (+1,5 %) tient aussi à une grippe hivernale particulièrement meurtrière.
Le vrai choc se jouera sur les retraites
Le système de retraite repose sur la répartition : les actifs financent les pensions des retraités. Or le rapport entre les deux s'effondre. On comptait 2,1 cotisants par retraité en 2000 ; ils n'étaient plus que 1,79 en 2023 (30,4 millions de cotisants pour 17,1 millions de retraités), selon le Conseil d'orientation des retraites (COR). La projection le voit tomber à environ 1,4 d'ici 2070.
Mécaniquement, le déficit se creuse : le COR le projette à 0,2 point de PIB en 2030 (environ 6,6 milliards d'euros), 0,9 point en 2050, puis 1,4 point en 2070. Sur la même trajectoire, le niveau de vie relatif des retraités passerait de 97 % de la moyenne nationale en 2022 à 87,5 % en 2070. Et la demande, elle, monte : la France comptera près de 23 millions de personnes de plus de 60 ans en 2050, soit cinq millions de plus qu'en 2021.
EHPAD : 85 % en déficit, et la vague n'est pas arrivée
Les EHPAD publics, qui accueillent les résidents les plus modestes, sont à bout de souffle : 85 % d'entre eux étaient en déficit en 2023, selon la Fédération hospitalière de France — du jamais-vu pour un secteur jusque-là à l'équilibre. Le déficit moyen par place est passé de 3 226 euros en 2022 à 3 850 euros en 2023, une pression qui s'ajoute à celle pesant sur l'hôpital public. Et le pic de demande reste devant : la DREES estime à 365 000 le nombre de places à créer d'ici 2050, et de 150 000 à 200 000 les emplois supplémentaires à pourvoir auprès des personnes âgées. Le « plan Grand Âge », promis par Emmanuel Macron dès 2018, a été repoussé à plusieurs reprises sans jamais voir le jour.
Le congé de naissance, un geste plus qu'une réponse
Côté natalité, la mesure phare du « réarmement démographique » annoncé par Emmanuel Macron en janvier 2024 — le congé de naissance — a été votée dans le budget 2026, puis reportée du 1er janvier au 1er juillet 2026. Elle offrira un à deux mois de congé supplémentaire par parent, mieux rémunéré que l'actuel congé parental (70 % du salaire, puis 60 %). Mais les démographes le répètent : une politique nataliste peut infléchir une courbe, rarement l'inverser. La France n'évitera pas le vieillissement de sa population ; la question est de savoir si elle s'y prépare, ou si elle continue de reporter.
Le sujet de fond de la présidentielle 2027
Car la démographie commande tout le reste : l'équilibre des retraites, le financement de la dépendance, la croissance. Payer les pensions avec 1,4 cotisant par retraité supposera de jouer sur l'un de ces leviers — hausse des cotisations, baisse des pensions, immigration de travail, allongement de la durée de cotisation —, tous politiquement explosifs. Aux municipales de mars 2026, marquées par une abstention de 44 % au premier tour et une poussée du Rassemblement national dans les villes moyennes, l'électorat a déjà montré qu'il vieillit, se fragmente et attend des réponses sur la santé, la dépendance et le pouvoir d'achat. À un an de la présidentielle 2027, ce fil rouge n'a pas encore trouvé de candidat pour le tirer.











