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Natalité en France :
pourquoi le taux baisse et ce que ça change pour les retraites

Premier solde naturel négatif depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale (645 000 naissances pour 651 000 décès), fécondité à 1,56 enfant par femme — un plus bas séculaire. Retraites, EHPAD, plan Grand Âge : panorama du basculement démographique et des chantiers que la politique n'ouvre pas.

Mis à jour le lundi 25 mai 2026 — 11h05
4 min
Manifestation en France sur les retraites et la démographie
Première année depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale où la France enregistre plus de décès que de naissances.© AFP

2025, plus de décès que de naissances

En 2025, pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la France a enregistré plus de morts que de bébés : 651 000 décès pour 645 000 naissances, soit un solde naturel négatif de 6 000. Le chiffre, confirmé par l'Insee dans son bilan démographique du 13 janvier 2026, n'a rien d'un accident. L'indicateur de fécondité est tombé à 1,56 enfant par femme — il faut remonter à 1918, au sortir de la Première Guerre mondiale, pour retrouver un niveau aussi bas. « Ce qui frappe, c'est à quel point le solde naturel s'est réduit ces dernières années, sous l'effet de la baisse rapide des naissances », relève Sylvie Le Minez, de l'Insee. En quinze ans, le nombre de naissances a reculé d'environ 24 % par rapport au pic de 2010.

La population continue pourtant de croître — 69,1 millions d'habitants au 1er janvier 2026 —, mais uniquement grâce au solde migratoire (+176 000 en 2025). Sans l'immigration, le pays perdrait déjà des habitants. Selon l'Insee, il plafonnerait autour de 70 millions vers 2040, avant de redescendre à 68 millions en 2070. La hausse des décès en 2025 (+1,5 %) tient aussi à une grippe hivernale particulièrement meurtrière.

Le vrai choc se jouera sur les retraites

Le système de retraite repose sur la répartition : les actifs financent les pensions des retraités. Or le rapport entre les deux s'effondre. On comptait 2,1 cotisants par retraité en 2000 ; ils n'étaient plus que 1,79 en 2023 (30,4 millions de cotisants pour 17,1 millions de retraités), selon le Conseil d'orientation des retraites (COR). La projection le voit tomber à environ 1,4 d'ici 2070.

Mécaniquement, le déficit se creuse : le COR le projette à 0,2 point de PIB en 2030 (environ 6,6 milliards d'euros), 0,9 point en 2050, puis 1,4 point en 2070. Sur la même trajectoire, le niveau de vie relatif des retraités passerait de 97 % de la moyenne nationale en 2022 à 87,5 % en 2070. Et la demande, elle, monte : la France comptera près de 23 millions de personnes de plus de 60 ans en 2050, soit cinq millions de plus qu'en 2021.

EHPAD : 85 % en déficit, et la vague n'est pas arrivée

Les EHPAD publics, qui accueillent les résidents les plus modestes, sont à bout de souffle : 85 % d'entre eux étaient en déficit en 2023, selon la Fédération hospitalière de France — du jamais-vu pour un secteur jusque-là à l'équilibre. Le déficit moyen par place est passé de 3 226 euros en 2022 à 3 850 euros en 2023, une pression qui s'ajoute à celle pesant sur l'hôpital public. Et le pic de demande reste devant : la DREES estime à 365 000 le nombre de places à créer d'ici 2050, et de 150 000 à 200 000 les emplois supplémentaires à pourvoir auprès des personnes âgées. Le « plan Grand Âge », promis par Emmanuel Macron dès 2018, a été repoussé à plusieurs reprises sans jamais voir le jour.

Le congé de naissance, un geste plus qu'une réponse

Côté natalité, la mesure phare du « réarmement démographique » annoncé par Emmanuel Macron en janvier 2024 — le congé de naissance — a été votée dans le budget 2026, puis reportée du 1er janvier au 1er juillet 2026. Elle offrira un à deux mois de congé supplémentaire par parent, mieux rémunéré que l'actuel congé parental (70 % du salaire, puis 60 %). Mais les démographes le répètent : une politique nataliste peut infléchir une courbe, rarement l'inverser. La France n'évitera pas le vieillissement de sa population ; la question est de savoir si elle s'y prépare, ou si elle continue de reporter.

Le sujet de fond de la présidentielle 2027

Car la démographie commande tout le reste : l'équilibre des retraites, le financement de la dépendance, la croissance. Payer les pensions avec 1,4 cotisant par retraité supposera de jouer sur l'un de ces leviers — hausse des cotisations, baisse des pensions, immigration de travail, allongement de la durée de cotisation —, tous politiquement explosifs. Aux municipales de mars 2026, marquées par une abstention de 44 % au premier tour et une poussée du Rassemblement national dans les villes moyennes, l'électorat a déjà montré qu'il vieillit, se fragmente et attend des réponses sur la santé, la dépendance et le pouvoir d'achat. À un an de la présidentielle 2027, ce fil rouge n'a pas encore trouvé de candidat pour le tirer.

L'essentiel

  • Solde naturel négatif en 2025 : 645 000 naissances pour 651 000 décès. Une première depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale
  • Indice conjoncturel de fécondité à 1,56 enfant par femme — son plus bas niveau depuis 1918, selon l'Insee
  • Ratio cotisants/retraités : 1,79 en 2023, projeté autour de 1,4 dans la deuxième moitié du siècle. Déficit du système de retraite : -1,4 point de PIB en 2070 selon le COR
  • 85 % des EHPAD publics étaient en déficit en 2023 (FHF). 365 000 places et 150 000 à 200 000 emplois supplémentaires nécessaires d'ici 2050 (DREES)
  • Le congé de naissance entrera en vigueur le 1ᵉʳ juillet 2026, après un report de six mois

Questions fréquentes

Pourquoi la France enregistre-t-elle plus de décès que de naissances en 2025 ?
Parce que la natalité recule et que la mortalité est mécaniquement plus élevée du fait du vieillissement de la population. En 2025, l'Insee compte 645 000 naissances pour 651 000 décès, soit un solde naturel de -6 000 — une première depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. La fécondité, à 1,56 enfant par femme, atteint son plus bas niveau depuis 1918.
Le système de retraite est-il en danger ?
Selon les projections du COR de juin 2025, le déficit du système de retraite atteindrait 0,2 point de PIB en 2030 (environ 6,6 milliards d'euros), 0,9 point en 2050, puis 1,4 point en 2070. Le niveau de vie relatif des retraités passerait, dans le même temps, de 97 % de la moyenne nationale en 2022 à 87,5 % en 2070. Le ratio entre cotisants et retraités passerait de 1,79 (2023) à environ 1,4 dans la deuxième moitié du siècle.
Combien de places en EHPAD seront nécessaires ?
La DREES estime qu'il faudra 365 000 places supplémentaires entre 2021 et 2050. À cela s'ajoutent 150 000 à 200 000 emplois à créer dans le secteur de l'aide aux personnes âgées. Côté financement, 85 % des EHPAD publics étaient déjà en déficit en 2023, avec un déficit cumulé de près de 2 milliards d'euros sur 2022-2024.
Qu'est-ce que le congé de naissance ?
Annoncé par Emmanuel Macron en janvier 2024 sous le terme de « réarmement démographique », il complète le congé parental existant : un à deux mois supplémentaires par parent, mieux rémunérés (autour de 70 % du salaire). Voté dans la loi de financement de la Sécurité sociale 2026, il devait entrer en vigueur le 1ᵉʳ janvier 2026 mais est finalement reporté au 1ᵉʳ juillet 2026.
Le « plan Grand Âge » va-t-il finalement être lancé ?
Promis par Emmanuel Macron en 2018, ce plan censé organiser le financement et l'accompagnement de la dépendance a été reporté à plusieurs reprises depuis. Début février 2026, il a été à nouveau repoussé sine die, avec le départ annoncé du gouvernement précédent. Aucun calendrier officiel n'a été donné depuis.

Thomas Renaud

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