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Le Pen ou Bardella :
le RN en quête de son candidat

Favori des sondages avec Jordan Bardella, le Rassemblement national ignore qui sera son candidat à la présidentielle : tout dépend du verdict d'appel attendu cet été dans l'affaire des assistants parlementaires, qui dira si Marine Le Pen, frappée d'inéligibilité, peut concourir ou doit s'effacer.

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Marine Le Pen quitte le palais de justice de Paris lors de son procès en appel
Marine Le Pen quitte le palais de justice de Paris lors d'une suspension d'audience de son procès en appel.© AFP / Thomas Samson

Le Rassemblement national n'a jamais paru si près du pouvoir — et n'a jamais autant ignoré qui le mènerait. Donné largement en tête des sondages, à un niveau qu'aucun candidat n'avait atteint à un an du scrutin depuis les années 1980, le parti à la flamme ne sait pourtant pas qui sera son candidat à l'Élysée. La réponse tient à une date : le 7 juillet, quand la cour d'appel de Paris dira si Marine Le Pen peut encore se présenter.

Une condamnation qui l'écarte, en l'état

En première instance, en mars 2025, Marine Le Pen a été condamnée dans l'affaire des assistants parlementaires européens du RN : cinq ans d'inéligibilité, assortis d'une exécution provisoire qui l'empêche, à ce jour, de concourir. La justice reproche au parti — alors Front national — et à plusieurs de ses cadres d'avoir fait rémunérer par des fonds européens des assistants d'eurodéputés qui, en réalité, travaillaient pour le mouvement ; l'accusation chiffre le détournement à 1,4 million d'euros. Le procès en appel s'est tenu de la mi-janvier à la mi-février 2026, et la cour s'est donné près de cinq mois pour trancher.

Les trois magistrats se retrouvent face à une question éminemment politique : Marine Le Pen doit-elle pouvoir se présenter en 2027 ? « Cette élection présidentielle rend l'arrêt que vous aurez à rendre vertigineux », leur a lancé l'un de ses avocats, Me Rodolphe Bosselut, avant de prévenir : « Ce n'est pas un cadeau. »

Trois scénarios

Tout se joue sur un mot : l'exécution provisoire. En appel, le parquet général a de nouveau requis cinq ans d'inéligibilité, mais sans la réclamer. Trois issues se dessinent. Si la cour confirme l'exécution provisoire, Marine Le Pen est écartée de 2027, sans attendre un éventuel pourvoi en cassation. Si elle prononce l'inéligibilité sans exécution provisoire, Le Pen peut concourir tant que la Cour de cassation n'a pas statué. Si elle relaxe ou allège la peine, sa candidature est pleinement rétablie. L'équation de l'intéressée est limpide : il lui faut au plus deux ans d'inéligibilité et une peine de prison avec sursis pour retenter sa chance — un seuil que les réquisitions, calquées sur la première instance, dépassent largement.

« Je suis croyante, alors je crois aux miracles », a glissé Marine Le Pen pendant l'audience. Elle a fait savoir qu'elle déciderait d'une quatrième candidature dès l'annonce du verdict, sans attendre la cassation. Ses avocats, eux, ont plaidé la nullité des poursuites et démonté l'idée d'un « système », invoquant les précédents d'Alain Juppé ou d'Henri Emmanuelli pour réclamer, à défaut de relaxe, une peine mesurée. Le second procès s'est déroulé dans une atmosphère plus apaisée que le premier, l'« écoute » de la présidente saluée — de quoi nourrir l'espoir, si mince soit-il, d'une issue favorable.

Bardella, le recours

Derrière elle, un nom revient comme recours : Jordan Bardella. C'est lui que testent la plupart des instituts, et c'est lui qui écrase la concurrence — 32 à 36 % d'intentions de vote au premier tour selon les enquêtes d'opinion, du jamais-vu à un an d'une présidentielle depuis François Mitterrand en 1988. Sa force ne tient pas qu'aux sondages : aux municipales de mars, le RN est passé de 9 à 57 mairies de plus de 3 500 habitants, s'offrant l'ancrage local qui lui manquait. Au second tour, le rapport de force a basculé — les derniers baromètres donnent le candidat RN vainqueur face à tous ses adversaires testés, du camp de Bruno Retailleau au bloc central.

Le parti tranchera lors de son congrès, prévu en septembre. Mais nul n'ignore que Jordan Bardella, longtemps numéro deux, tient déjà le rôle de recours — au point d'être devenu, dans les têtes comme dans les urnes simulées, un candidat à part entière.

Reste l'incertitude d'une femme dont toute la carrière a convergé vers cette échéance. À sa sortie d'audience, on lui a rappelé qu'un autre 7 juillet, en 1456, avait vu annuler le procès de Jeanne d'Arc. Marine Le Pen a levé les yeux au ciel, dans un sourire : « Alléluia ! » Le verdict, lui, dira si cette salle d'audience devient le tombeau des ambitions d'une vie — ou leur sursis.

L'essentiel

  • Donné largement en tête des sondages (32 à 36 %), le Rassemblement national ignore qui sera son candidat à la présidentielle : tout dépend du sort judiciaire de Marine Le Pen.
  • La cour d'appel de Paris rend le 7 juillet sa décision dans l'affaire des assistants parlementaires européens du RN ; en première instance, Marine Le Pen a été condamnée à cinq ans d'inéligibilité avec exécution provisoire, ce qui l'écarte en l'état.
  • Selon que la cour confirme ou non l'exécution provisoire, Marine Le Pen sera écartée — avec Jordan Bardella en recours —, pourra concourir, ou verra sa candidature rétablie.

Thomas Renaud

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