À 37 ans, Gabriel Attal a déjà été le plus jeune Premier ministre de la Ve République. Il veut désormais en devenir le plus jeune président. En se déclarant candidat à l'Élysée depuis un village de l'Aveyron, le secrétaire général de Renaissance a officialisé une ambition longtemps mûrie — et un pari risqué : convaincre les Français de voter une troisième fois pour un héritier du macronisme, tout en jurant qu'il n'en est pas le « gardien du temple ».
Du PS à Sarkozy, l'ascension d'un pro de la politique
Rien ne destinait ce jeune Parisien — École alsacienne, Sciences Po, élu de Vanves — à incarner « la France qui se lève tôt ». Adhérent au Parti socialiste pour voter Ségolène Royal en 2007, conseiller cinq ans durant de la ministre socialiste Marisol Touraine, Gabriel Attal a glissé vers le macronisme avant d'emprunter des thèmes longtemps estampillés à droite : « blocages français », « classes moyennes », défense de l'autorité. Élu député à 28 ans en 2017, il devient dès 2018 le plus jeune membre d'un gouvernement, puis enchaîne porte-parole, Comptes publics et Éducation nationale, où il proscrit l'abaya et lance un « choc des savoirs ».
L'aisance est sa marque. Un reportage de 1998 le montre, enfant, déclamer du Molière à l'École alsacienne — « papa m'a dit que pour être un acteur célèbre, il faut commencer par le théâtre ». En politique, chaque formule est pesée : « gréviculture », « dialogues de Bercy », « tu casses, tu répares ». « C'est surtout un pro de la com avant autre chose, mais ça ne reflète pas une offre politique cohérente », tacle un dirigeant centriste. Souvent moqué comme le « clone » de Macron, il n'a pourtant jamais appartenu à son premier cercle ; il est en revanche proche de Stéphane Séjourné, aujourd'hui commissaire européen, qu'il présente comme « l'homme de sa vie » dans un récit personnel.
La rupture avec Macron
Nommé à Matignon en janvier 2024 pour incarner le renouveau, Gabriel Attal voit ses rapports avec le chef de l'État se dégrader presque aussitôt. Le contraste avait frappé : un président hué dans un Salon de l'Agriculture sous tension, quand son jeune Premier ministre apaisait la colère agricole en Haute-Garonne, ses feuilles de discours posées sur une botte de paille. Guerre des entourages, jalousies : la cohabitation au sommet n'a pas tenu. Le point de bascule fut la dissolution surprise de l'Assemblée, un soir d'élections européennes, décidée sans même prévenir le Premier ministre. La rupture est consommée au bout de cinq mois. Attal s'émancipe alors : il prend la tête de la campagne des législatives, puis s'empare du groupe macroniste à l'Assemblée et du parti — contre la volonté du président, et sans rival pour le lui disputer.
Depuis, l'élu des Hauts-de-Seine s'emploie à donner une doctrine à la formation ex-présidentielle, quitte à heurter : il propose l'interdiction du voile aux mineures de moins de 15 ans, ou une « GPA éthique », au risque de perdre en chemin une partie de la macronie. « Je ne me vis pas du tout comme le gardien d'un temple », se défend-il. « Tout a changé par rapport à 2017 et même à 2022. »
Le duel avec Philippe, et le plafond de verre
Sa candidature vise d'abord un adversaire : Édouard Philippe, l'autre ancien Premier ministre de Macron, qu'il entend supplanter comme chef de file du bloc central. Entre les deux camps, les piques fusent, même si un ralliement au mieux placé est admis et programmé pour le début 2027, face à la menace du Rassemblement national. Reste un plafond difficile à percer : dans les enquêtes d'opinion, Gabriel Attal stagne autour de 11,5 % tant que Philippe est candidat, derrière Jean-Luc Mélenchon et très loin de Jordan Bardella, qui caracole en tête.
Le doute, ses propres alliés l'expriment sans détour. « Attal ne sera pas président : les gens ne voteront pas une troisième fois pour Macron », tranche un cadre d'Horizons. Et d'ajouter, malgré la brouille entre les deux hommes : « Il en est la créature. »











