C'est l'un des durcissements les plus contestés de la politique migratoire européenne. Réuni à Strasbourg, le Parlement européen a adopté le règlement sur les retours des déboutés de l'asile par 418 voix contre 218, et 30 abstentions. Le texte accélère les expulsions, restreint les recours et autorise pour la première fois les États membres à renvoyer les exilés déboutés vers des centres installés hors d'Europe — des « hubs de retour » que la Grèce espère concrétiser dès 2027.

Expulser plus, et hors d'Europe
Aujourd'hui, environ 20 % seulement des décisions d'éloignement d'étrangers en situation irrégulière aboutissent réellement à un départ. C'est cette statistique, brandie par les partisans d'une ligne ferme, que la Commission européenne entend faire bouger : elle a présenté il y a un an un texte destiné à augmenter le nombre d'expulsions et à harmoniser des règles jusque-là éclatées entre les Vingt-Sept. La mesure la plus commentée autorise les États volontaires à conclure des accords avec des pays tiers pour y installer des centres — les « hubs de retour » — où renvoyer les déboutés. La Grèce en réclame un dès 2027, sur le modèle des structures que l'Italie a ouvertes en Albanie ; l'Allemagne, l'Autriche, les Pays-Bas et le Danemark étudient à leur tour de tels accords. Tous prolongent la logique d'externalisation des frontières que l'Union pousse déjà à ses portes sud.
Le point de friction : les droits fondamentaux
Ce dispositif cristallise l'opposition de la gauche et des ONG de défense des droits humains, qui font valoir que la création de centres hors de l'UE comporte de graves risques de violation des droits. Dans un hémicycle électrique — « Renvoyez-les ! » lançaient des élus d'extrême droite, « Honte à vous ! » leur répondait la gauche —, l'écologiste française Mélissa Camara a fustigé « l'erreur impardonnable et historique de renoncer aux droits et à la dignité des personnes exilées pour approuver un texte dont la seule boussole est la xénophobie ». Au centre, le groupe Renew s'est divisé : certains élus voulaient exclure les familles avec enfants de tout renvoi vers un pays tiers lointain, sans y parvenir. « L'efficacité ne peut pas justifier l'injustifiable », a tranché le Belge Yvan Verougstraete (Renew), qui a voté contre et veut rallier son pays au camp des opposants, aux côtés de l'Espagne.
Quand la droite et l'extrême droite convergent
Côté partisans, le ton est à la satisfaction. « C'est une étape historique pour l'Europe, et la preuve que le changement est possible », a salué le conservateur François-Xavier Bellamy (PPE), qui n'a cessé de décrire au fil des débats une Europe « impuissante face à l'immigration illégale ». À l'extrême droite, les Patriotes pour l'Europe revendiquent ouvertement leur influence : « Notre groupe a été l'aiguillon idéologique de cette négociation », avait lancé à la veille du vote Jordan Bardella, chef du Rassemblement national. Ses détracteurs y lisent la confirmation d'une convergence entre droite classique et extrême droite sur le terrain migratoire, en écho au durcissement voté en France. À Paris, le ministre chargé de l'Europe, Benjamin Haddad, salue « une avancée majeure pour renforcer nos instruments de protection de nos frontières et de maîtrise de l'immigration ».

Le règlement prolonge le Pacte européen sur la migration et l'asile, autre tour de vis entré en vigueur la semaine précédente. Mais l'exemple italien en Albanie, enlisé dans les recours juridiques, et le projet britannique d'expulsions vers le Rwanda, purement et simplement abandonné, rappellent que, des textes votés aux centres réellement ouverts hors d'Europe, le chemin reste long.











