C'est l'un des durcissements les plus contestés de la politique migratoire européenne. Le règlement sur les retours des déboutés de l'asile, soumis au vote du Parlement européen, autorise pour la première fois les États membres à renvoyer les exilés déboutés vers des centres installés hors d'Europe. Le texte accélère les expulsions, restreint les recours et ouvre la voie à des « hubs de retour » dans des pays tiers — une perspective que la Grèce espère concrétiser dès 2027.
Expulser plus, et hors d'Europe
Aujourd'hui, environ 20 % seulement des décisions d'éloignement d'étrangers en situation irrégulière aboutissent réellement à un départ. C'est ce chiffre, brandi par les partisans d'une ligne ferme, que la Commission européenne entend faire bouger : elle a présenté il y a un an un texte destiné à augmenter le nombre d'expulsions et à harmoniser des règles jusque-là éclatées entre les Vingt-Sept. La mesure la plus commentée autorise les États volontaires à conclure des accords avec des pays tiers pour y installer des centres — les « hubs de retour » — où renvoyer les déboutés. La Grèce en réclame un dès 2027, sur le modèle des structures que l'Italie a déjà ouvertes en Albanie, prolongeant une logique d'externalisation des frontières que l'Union pousse aussi à ses portes sud.
Le point de friction : les droits fondamentaux
C'est précisément ce dispositif qui cristallise l'opposition de la gauche et des ONG. Les négociateurs « ont fait retirer l'obligation de mettre sur pied un mécanisme de surveillance des droits fondamentaux dans ces centres », a dénoncé l'eurodéputée écologiste Melissa Camara. Amnesty International y voit une « extension des mesures punitives et restrictives » risquant de « plonger davantage de personnes dans des situations précaires ». Au centre de l'hémicycle, le groupe Renew est lui-même divisé : certains élus veulent exclure les familles avec enfants de tout renvoi vers un pays tiers lointain.
Quand la droite et l'extrême droite convergent
Côté partisans, le ton est à la satisfaction. « C'est la fin de plusieurs décennies d'impuissance face à l'immigration illégale », s'est félicité l'eurodéputé François-Xavier Bellamy (PPE, droite), se disant « fier » de « rendre aux citoyens européens la maîtrise de leurs frontières ». Le commissaire à l'immigration, l'Autrichien Magnus Brunner, abonde : garantir plus de retours effectifs, « c'est ce qu'attendent les citoyens ». À l'extrême droite, les Patriotes pour l'Europe revendiquent ouvertement leur influence. « Notre groupe a été l'aiguillon idéologique de cette négociation », a lancé Jordan Bardella. Ses détracteurs y lisent la confirmation d'une convergence entre droite classique et extrême droite sur le terrain migratoire, en écho au durcissement voté en France.
Le règlement arrive quelques mois seulement après le Pacte européen sur la migration et l'asile, autre tour de vis entré en vigueur la semaine précédente. Et la dynamique ne s'arrête pas là : réunis mardi à Bruxelles, les ministres des Vingt-Sept ont réclamé que le prochain budget pluriannuel de l'Union finance des « solutions innovantes » sur les retours — autrement dit, que l'argent européen serve, demain, à bâtir les hubs.











