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Présidentielle :
à un an, Bardella ferait vaciller le front républicain

Crédité de plus de 34 % au premier tour, le candidat du Rassemblement national Jordan Bardella franchit un cap : il l'emporterait désormais au second tour face à Édouard Philippe comme à Gabriel Attal. À gauche, l'éclatement persiste ; et à un an, les sondages se trompent souvent.

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Jordan Bardella, président du Rassemblement national, s'adresse à la presse
Jordan Bardella, président du Rassemblement national, face à la presse.© AFP / Wojtek Radwanski

À un an de la présidentielle de 2027, un chiffre tranche avec tout ce que les sondeurs observaient jusqu'ici. Jordan Bardella ne se contente plus d'arriver en tête du premier tour : il l'emporterait désormais au second, quel que soit son adversaire. Selon une enquête OpinionWay, le président du Rassemblement national devancerait Édouard Philippe (53 % contre 47 %) comme Gabriel Attal (56 % contre 44 %). Au printemps encore, l'ancien maire du Havre le battait. Le « front républicain », ce réflexe de report des voix qui a si longtemps fait barrage à l'extrême droite, vacille.

Le basculement est plus politique que statistique. Pendant des années, le RN pouvait arriver en tête sans jamais l'emporter : au second tour, les électorats de gauche et du centre s'additionnaient pour lui barrer la route. Que cette digue cède, même dans un sondage, en dit long sur l'usure d'un réflexe républicain rongé par l'abstention, la lassitude et l'effacement des grands partis de gouvernement.

Une domination installée au premier tour

L'avance de Bardella au premier tour n'a, elle, rien d'une surprise : il est crédité de 34 à 35 % des intentions de vote, selon que l'on teste l'hypothèse Attal ou Philippe. C'est loin devant tous les autres, et sur une base désormais stable, mesurée mois après mois depuis le début de l'année. Plus à droite comme à gauche, les prétendants se tiennent dans un mouchoir, autour de 9 à 16 %. La vraie inconnue se loge derrière le favori, dans la course au second billet pour le second tour.

À droite, Bruno Retailleau, qui a lancé sa campagne sur une ligne identitaire et sécuritaire, peine pour l'instant à dépasser la dizaine de points : la recomposition se joue d'abord entre le RN et le bloc central, la droite historique cherchant encore sa place.

Si le bloc central partait derrière Édouard Philippe, l'ancien Premier ministre récolterait 19 %, loin devant une gauche éparpillée. Dans l'hypothèse Attal, le patron de Renaissance tomberait à 14 %, au coude-à-coude avec Raphaël Glucksmann (14 %) et Jean-Luc Mélenchon (13 %). Le camp présidentiel pèse donc plus lourd derrière Philippe que derrière Attal, un argument que les partisans de l'ancien Premier ministre ne se privent pas de faire valoir.

Pour le bloc central, l'arbitrage s'annonce cornélien : désigner le candidat le plus solide sans déchirer une majorité déjà fissurée entre macronistes et héritiers de la droite. Le verdict des enquêtes — Philippe plus haut qu'Attal — pèsera dans ce choix sans le trancher, à dix-huit mois d'une éventuelle primaire.

À gauche, l'éclatement comme handicap

C'est l'autre enseignement du moment : la gauche reste incapable de s'unir. Entre Mélenchon, Glucksmann et leurs alliés, les intentions de vote se dispersent, et aucune figure ne fédère au-delà de son camp. Une primaire commune a bien été annoncée pour le 11 octobre, mais Jean-Luc Mélenchon comme Raphaël Glucksmann refusent d'y participer. Faute d'un candidat unique, la gauche court le risque de voir le duel final se jouer sans elle.

Le piège des sondages à un an

Reste une mise en garde que les instituts eux-mêmes répètent : à douze mois du scrutin, ces enquêtes n'ont guère de valeur prédictive. L'histoire récente le rappelle crûment. Au même stade avant 2022, La France insoumise était donnée autour de 9 % ; elle a fini à plus de 22 %. Le Rassemblement national, alors crédité de près de 29 %, en a réuni 23. Les rapports de force d'aujourd'hui photographient un état de l'opinion, pas un résultat.

Ces seconds tours, surtout, restent des projections bâties sur des hypothèses de report de voix, exercice incertain quand une partie de l'électorat dit ne plus vouloir « voter contre ». Un débat, un imprévu peuvent les rebattre en quelques semaines.

Ce que mesure ce printemps, c'est donc moins une issue qu'une dynamique : celle d'un RN qui a, pour l'heure, desserré l'étau du second tour, et celle d'oppositions encore incapables de lui dresser un bloc en face. La campagne, elle, n'a pas commencé.

L'essentiel

  • Selon un sondage OpinionWay, Jordan Bardella (Rassemblement national) l'emporterait désormais au second tour de la présidentielle de 2027 face à tous ses rivaux : 53 % contre Édouard Philippe, 56 % contre Gabriel Attal.
  • C'est un renversement par rapport au printemps, où Édouard Philippe battait encore le candidat d'extrême droite : le « front républicain » qui faisait barrage semble s'éroder.
  • À gauche, l'éclatement persiste : une primaire est annoncée pour le 11 octobre, mais Mélenchon et Glucksmann refusent d'y participer. Les instituts rappellent qu'à un an, les sondages se trompent souvent.

Thomas Renaud

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