Pour son dernier jour, le sommet du G7 d'Évian s'est offert un casting inédit : autour de la table, les patrons d'OpenAI, d'Anthropic et de Mistral AI, invités par la France à parler de la « sécurisation » de l'intelligence artificielle. Mais l'arrière-plan avait tout d'un avertissement. Une semaine plus tôt, Washington a ordonné à Anthropic de couper l'accès de ses modèles les plus puissants à « tout ressortissant étranger », au nom de la sécurité nationale. De quoi transformer un déjeuner de travail en prise de conscience.
Des géants de la tech à la table du G7
La France a convié sur les rives du lac Léman plusieurs « leaders de la tech mondiale » : les Américains Sam Altman (OpenAI) et Dario Amodei (Anthropic), ainsi que le Français Arthur Mensch, patron de Mistral AI, seul champion européen du secteur. Sur un point au moins, les Sept affichent l'unité : protéger les mineurs et interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ou 16 ans, objet d'une déclaration commune. Le Royaume-Uni de Keir Starmer vient d'annoncer une telle mesure pour les moins de 16 ans ; la France, pionnière en la matière, achève d'adopter une loi similaire. Pour le reste — taxation et régulation du numérique —, l'entente s'arrête là.
Le réveil français
Car l'ombre d'Anthropic a plané sur la station thermale alpine. L'injonction de l'administration Trump, sommant la start-up de suspendre l'accès de ses modèles les plus avancés à tout étranger, a provoqué en France une prise de conscience brutale de sa dépendance. « La guerre de l'IA a déjà commencé », a réagi l'ancien Premier ministre et candidat à la présidentielle de 2027 Gabriel Attal, résumant d'une formule l'inquiétude ambiante : « Anthropic est leur détroit d'Ormuz. » Son rival pour 2027, Édouard Philippe, abonde : « Nous ne maîtrisons ni les modèles, ni le calcul » d'une technologie « aussi essentielle que l'électricité ou internet ». La réponse du gouvernement est venue du renseignement : la DGSI va rompre avec l'américain Palantir — dont le cofondateur Peter Thiel est proche de Donald Trump — au profit d'une solution française.
Du vin contre une taxe
Le bras de fer numérique a aussi sa monnaie d'échange. Avant même d'arriver en France, Donald Trump avait menacé d'imposer 100 % de droits de douane sur le vin français si Paris ne levait pas sa taxe sur les revenus des géants de la tech — Apple, Google, Meta. Les deux pays disent désormais chercher une « solution consensuelle ». Le sujet est explosif pour le président américain, soutenu par de puissants patrons du secteur : l'an dernier, le Canada avait dû renoncer à sa propre taxe numérique pour sauver ses négociations commerciales avec Washington.
Sur le reste, le sommet s'est déroulé sans accroc, jusqu'à une unité transatlantique inattendue : les Sept se sont engagés à durcir les sanctions contre l'économie de guerre russe et ont salué l'accord conclu entre Washington et Téhéran pour rouvrir le détroit d'Ormuz. Revigoré par ce dénouement, Donald Trump s'est montré accommodant et s'est réjoui de prolonger son séjour par un dîner avec Emmanuel Macron sous les ors de Versailles. À quelques heures de là, à Évian, la France venait pourtant d'inscrire un mot nouveau à l'ordre du jour du G7 : sa propre vulnérabilité.











