À un peu plus de sept mois du premier tour, la campagne a commencé, mais l'offre électorale n'est pas arrêtée. Certains prétendants ont été désignés par leur parti. D'autres ont déclaré leur candidature sans procédure interne. Plusieurs personnalités attendent encore une primaire, un vote militant ou une décision personnelle.
Ces statuts ne sont pas interchangeables. Une investiture donne un candidat à un parti ; elle ne fait pas encore de lui un candidat officiel à la présidence de la République. Pour figurer sur la liste établie par le Conseil constitutionnel, chacun devra obtenir au moins 500 présentations d'élus, venues d'au moins trente départements ou collectivités d'outre-mer différents.
Les dates du scrutin sont fixées, les candidats officiels non
Le premier tour de l'élection présidentielle se tiendra le dimanche 18 avril 2027 et le second le dimanche 2 mai, selon le calendrier arrêté en conseil des ministres le 1er juillet 2026. En Guadeloupe, en Martinique, en Guyane, à Saint-Pierre-et-Miquelon, à Saint-Barthélemy, à Saint-Martin et en Polynésie française, les électeurs voteront la veille, les samedis 17 avril et 1er mai, pour tenir compte du décalage horaire.
La collecte officielle des parrainages interviendra après la convocation des électeurs. Le Conseil constitutionnel enregistrera les formulaires, contrôlera leur validité et vérifiera que chaque prétendant a atteint le seuil de 500 présentations. Avant cette étape, le mot « candidat » décrit une situation politique, non une admission définitive au scrutin.
Marine Le Pen est candidate, avec une incertitude judiciaire
Marine Le Pen a annoncé sa candidature le 7 juillet, quelques heures après l'arrêt rendu par la cour d'appel de Paris dans l'affaire des assistants parlementaires européens du Rassemblement national. La juridiction a confirmé sa culpabilité et l'a condamnée à trois ans de prison, dont un an ferme sous surveillance électronique, à 100 000 euros d'amende et à quarante-cinq mois d'inéligibilité, dont trente avec sursis. La période ferme de quinze mois a été considérée comme déjà exécutée, ce qui lui permet d'être éligible à ce stade.
Son pourvoi en cassation est en cours d'examen : la Cour a indiqué le 8 juillet qu'elle pourrait statuer d'ici début avril 2027, avant le scrutin, sans qu'aucune date d'audience soit fixée. En cas de rejet, la condamnation deviendrait définitive. Selon les analyses juridiques publiées après l'arrêt, la peine ferme d'inéligibilité n'aurait plus à être exécutée, puisqu'elle est déjà arrivée à son terme ; la question immédiate porterait notamment sur l'application de l'année de détention à domicile sous bracelet électronique pendant la campagne.
Une cassation de l'arrêt ouvrirait une situation différente. La Cour de cassation ne rejugerait pas les faits, mais pourrait annuler tout ou partie de la décision pour une erreur de droit et renvoyer le dossier devant une autre juridiction. Les conséquences exactes sur l'éligibilité de Marine Le Pen font l'objet d'interprétations divergentes parmi les juristes. Il serait excessif d'affirmer aujourd'hui que la prochaine décision la rendra automatiquement inéligible ou, à l'inverse, qu'elle ne pourra plus affecter sa campagne.
Jordan Bardella, président du parti, a fait sa rentrée le 29 août à la Foire de Châlons en se présentant comme le futur chef du gouvernement en cas de victoire de la candidate, aux côtés de laquelle il dit mener la campagne.
Les Républicains ont désigné Bruno Retailleau
Le Rassemblement national n'a pas été le seul parti à choisir son candidat. Les adhérents des Républicains ont désigné Bruno Retailleau le 19 avril 2026, avec 73,8 % des suffrages exprimés. Les deux autres options proposées lors de la consultation — une primaire ouverte ou une primaire réservée aux adhérents et candidats du parti — ont recueilli respectivement 14 % et 12,2 % des voix, selon les résultats publiés après le scrutin interne.
Cette investiture donne un candidat officiel à LR. Elle ne départage toutefois pas toutes les personnalités qui se situent à droite du bloc central. D'autres ambitions peuvent se maintenir en dehors du parti et aucune procédure commune à l'ensemble de la droite n'est prévue.
Édouard Philippe et Gabriel Attal avancent séparément
Dans le bloc issu de la majorité d'Emmanuel Macron, deux anciens premiers ministres sont déclarés. Édouard Philippe a annoncé sa candidature en septembre 2024. Gabriel Attal l'a officialisée le 22 mai 2026, lors d'un déplacement dans l'Aveyron. Aucun vote interne, aucune primaire et aucune règle commune ne prévoient pour l'instant de les départager.
Édouard Philippe a reçu le 17 août le soutien de Gérald Darmanin. Le ministre de la Justice a annoncé qu'il ne se présenterait pas et qu'il se rangeait derrière le président d'Horizons, auquel il a demandé aux autres responsables du centre de se rallier. Ce choix renforce Édouard Philippe, mais ne vaut ni retrait de Gabriel Attal ni investiture collective de l'ancien bloc présidentiel.
Le 3 septembre, au siège de Renaissance, Gabriel Attal a présenté une équipe de campagne sans poids lourd du bloc central : une direction à trois, Maxime Cordier, Fanny Anor et Franck Riester, et la journaliste Céline Géraud à la communication, en promettant de ne pas faire « une saison 3 du macronisme ».
La coexistence des deux candidatures peut se prolonger. Un accord politique, un retrait volontaire ou la création tardive d'une procédure interne pourrait modifier la situation, mais aucun de ces scénarios n'est aujourd'hui fixé.
À gauche, plusieurs campagnes et plusieurs procédures
À gauche, aucun calendrier commun. La France insoumise est déjà engagée derrière Jean-Luc Mélenchon. Le 3 mai, l'intergroupe du mouvement a proposé sa candidature à une investiture citoyenne. LFI le présente depuis comme son candidat, organise sa campagne et sollicite les promesses de parrainage des élus nécessaires pour atteindre le seuil constitutionnel.
Le Parti socialiste a choisi une autre voie. Lors d'une consultation interne organisée le 9 juillet, 55,5 % des militants ont approuvé le principe d'une primaire fermée, réservée aux adhérents du PS et des organisations participantes. Le conseil national a arrêté ces règles le 25 août, par 159 voix contre 32 et 21 abstentions.
Ce vote se tiendra par voie électronique, les 9 et 10 octobre pour le premier tour, les 16 et 17 pour un éventuel second. Les candidatures sont reçues du 1er au 15 septembre.
Son corps électoral est fermé : adhérents à jour de cotisation du Parti socialiste, de Place publique et de la Gauche républicaine et socialiste. Une structure a été créée pour les sympathisants qui ne veulent adhérer à aucun parti, moyennant quinze euros, dix au tarif social.
Pour se présenter, il faudra réunir l'un des seuils suivants : quinze membres du conseil national du parti, ou dix parlementaires socialistes, ou cinquante conseillers régionaux ou départementaux, ou cinquante maires ou présidents d'intercommunalité — les deux derniers seuils devant être répartis sur cinq départements et trois régions.
Raphaël Glucksmann a tranché le 23 août. Au journal de 20 heures de TF1, le coprésident de Place publique a déclaré sa candidature à la présidentielle — « Je suis candidat à la présidentielle. Je ne prends pas cette décision à la légère » — et annoncé qu'il se présenterait à cette primaire. Sa participation en change la portée : le scrutin ne départagera plus seulement des socialistes.
Six autres candidats se sont déclarés pour cette primaire : Olivier Faure, premier secrétaire du PS, le 30 août ; les députés Philippe Brun et Jérôme Guedj, ce dernier après avoir refusé en février la primaire unitaire alors envisagée ; Ségolène Royal ; l'ancien maire Fabien Verdier, le 3 septembre ; et Emmanuel Maurel, pour la Gauche républicaine et socialiste, le 4 septembre. Karim Bouamrane, maire de Saint-Ouen, déclaré le 9 juin, défend une candidature extérieure à ce dispositif.
Le Parti communiste a tranché. Consultés du 3 au 6 septembre, ses adhérents ont approuvé à 72,06 % la candidature de Fabien Roussel, contre 22 % d'opposants et 5,94 % d'abstentions ; 24 112 des 37 620 inscrits ont voté, soit 64 %. Le secrétaire national, réélu à la tête du parti le 5 juillet, l'a annoncé le 6 septembre au soir sur TF1, et le PCF « propose donc la candidature de Fabien Roussel à l'élection présidentielle ».
Chez Les Écologistes, Marine Tondelier défend une candidature autonome après l'enlisement du projet de primaire commune à la gauche. Au 7 septembre, aucune procédure ne réunit Les Écologistes, le PS, le PCF et La France insoumise autour d'un même scrutin de désignation.
Cette situation ne permet pas encore de compter le nombre final de candidats de gauche. Les déclarations individuelles, les votes internes et les éventuels retraits peuvent encore modifier la liste avant la collecte des parrainages.
La rentrée a déplacé plusieurs lignes
Le chef des députés socialistes, Boris Vallaud, s'est rallié à Raphaël Glucksmann. Dans le même temps, François Hollande a fait savoir qu'il dirait en décembre s'il est candidat, et proposé de ramener l'âge légal de départ autour de soixante-trois ans au 1er janvier 2028, à rebours de la ligne socialiste.
À droite et au centre, la perspective d'un second tour entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon a relancé l'idée d'une primaire commune, réclamée le 26 août par plus de deux cents élus de droite et du centre dans une tribune au Figaro. Aucune procédure n'a été engagée à ce jour.
Le 27 août, sept candidats — Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, Édouard Philippe, Gabriel Attal, Bruno Retailleau, Marine Tondelier et Raphaël Glucksmann — ont participé au premier grand débat de la campagne, organisé par le Medef à Roland-Garros. Les autres participants à la primaire socialiste n'y étaient pas invités.
Deux enquêtes de rentrée, l'une de l'Ifop pour Fiducial, l'autre de Harris Interactive pour Toluna, décrivent une progression de Jean-Luc Mélenchon, en position selon les configurations testées d'accéder au second tour. Marine Tondelier y est mesurée sous les cinq pour cent, et Marine Le Pen entre trente-trois et trente-cinq pour cent, en léger recul par rapport aux trente-six mesurés début juillet. Ces enquêtes décrivent un état de l'opinion à une date, avec des marges de plusieurs points.
Ce que disaient les sondages de juillet
Menées immédiatement après sa déclaration de candidature, deux enquêtes plaçaient Marine Le Pen nettement en tête des configurations testées. Elles décrivent un rapport de forces au début du mois de juillet ; elles ne prédisent ni la liste des candidats, ni les deux personnes qui accéderont au second tour.
L'Ifop a interrogé en ligne, les 7 et 8 juillet, 984 personnes inscrites sur les listes électorales. Dans le scénario où Édouard Philippe représentait seul le bloc central, Marine Le Pen obtenait 36 % des intentions de vote exprimées, contre 19 % pour Édouard Philippe et 15 % pour Jean-Luc Mélenchon. Dans l'hypothèse où Gabriel Attal remplaçait Édouard Philippe, Marine Le Pen était également mesurée à 36 %, tandis que Gabriel Attal et Jean-Luc Mélenchon obtenaient chacun 15 %.
Le même sondage testait trois seconds tours hypothétiques, où Marine Le Pen était mesurée entre 54 % et 70 % selon l'adversaire, sur des bases de répondants réduites, de 498 à 589 personnes.
OpinionWay a interrogé les 8 et 9 juillet un échantillon de 1 042 personnes, dont 963 inscrites sur les listes électorales. Les résultats publiés reposaient sur les 696 inscrits se disant certains d'aller voter. Lorsque Édouard Philippe et Gabriel Attal étaient tous deux proposés, Marine Le Pen obtenait 35 %, Édouard Philippe 18 % et Gabriel Attal 7 %. Si Gabriel Attal représentait seul le centre, elle était mesurée à 36 %, contre 16 % pour lui. Si Édouard Philippe était seul, elle obtenait 34 %, contre 22 % pour l'ancien premier ministre.
Pour un échantillon proche de 1 000 personnes, les notices des instituts font apparaître des marges d'erreur de plusieurs points selon le score observé. Les résultats varient également avec la liste des noms proposés : la présence simultanée d'Édouard Philippe et de Gabriel Attal ne produit pas la même répartition que la candidature d'un seul des deux. L'Ifop précise lui-même que son enquête reflète un état de l'opinion au moment de sa réalisation, et non une prédiction.
Les prochaines dates à surveiller
Les candidatures à la primaire socialiste sont reçues jusqu'au 15 septembre. Le premier tour se tiendra les 9 et 10 octobre, le second les 16 et 17. François Hollande a dit qu'il se prononcerait en décembre.
La Cour de cassation doit encore statuer sur le pourvoi de Marine Le Pen, d'ici début avril 2027 selon son propre calendrier, qui reste indicatif. Au centre, aucune échéance formelle n'oblige les deux anciens premiers ministres à se départager.
Quant à la liste ayant valeur juridique, elle ne sera établie qu'au début de 2027, lorsque le Conseil constitutionnel aura contrôlé les présentations d'élus et identifié les prétendants ayant réuni les 500 parrainages requis.











