Le 8 décembre 2025, Marine Tondelier avait reçu un mandat précis des adhérents écologistes : représenter leur parti dans une primaire commune à la gauche et aux écologistes. Huit mois plus tard, cette primaire n'a jamais eu lieu.
Jean-Luc Mélenchon et François Ruffin font campagne séparément. Les communistes consulteront leurs militants le 6 septembre. Le Parti socialiste et Place publique arrêtent le 25 août les conditions d'un scrutin limité au pôle social-démocrate, auquel Raphaël Glucksmann a annoncé le 23 août qu'il participerait. Les Écologistes ont autorisé Marine Tondelier à poursuivre sa candidature de manière autonome.
Aucune procédure ne peut plus départager toute la gauche. Cela ne signifie pas que les discussions sont terminées : des alliances, des retraits ou des accords restent possibles. Mais aucun vote annoncé n'engagera l'ensemble des formations.
Une primaire conçue sans LFI ni Place publique
Le projet commun était fragile avant même de disparaître.
Marine Tondelier avait remporté le vote interne des Écologistes avec 86 % des suffrages exprimés, lors d'une consultation organisée du 5 au 8 décembre 2025. Le communiqué de son parti la désignait comme sa représentante à la « primaire de la gauche et des écologistes de 2026 ». La participation avait atteint 54 %.
François Ruffin et Clémentine Autain s'étaient également déclarés candidats à ce processus. Mais deux forces importantes n'avaient pas accepté d'y participer : La France insoumise et Place publique.
LFI a suivi son propre calendrier. Le 3 mai, l'intergroupe du mouvement a proposé la candidature de Jean-Luc Mélenchon à une « investiture citoyenne ». Le dispositif ne constitue pas une primaire entre plusieurs prétendants : il sert à recueillir des soutiens autour d'un candidat déjà choisi par le mouvement. Le seuil fixé était de 150 000 appuis ; il a été franchi en moins de vingt-quatre heures, et le compteur approchait 280 000 le 21 mai. LFI sollicitait parallèlement les 500 présentations d'élus nécessaires à une candidature officielle.
Le refus est devenu public le 7 juin. Place Victor-Hugo à Saint-Denis, devant 26 000 personnes selon les organisateurs, Jean-Luc Mélenchon a décrété que la primaire était « finie ». « Chaque voix compte dès le premier tour », a-t-il lancé au reste de la gauche.
Place publique a, de son côté, privilégié la constitution d'un pôle social-démocrate autour de Raphaël Glucksmann. Le 13 juin, à Aubervilliers, devant 3 000 à 4 000 personnes selon ses équipes, celui-ci appelait socialistes et écologistes à le rejoindre, sans passer par une primaire.
Ce scrutin annoncé à la fin de 2025 dépendait ainsi de formations qui n'avaient jamais toutes accepté la même règle.
Le vote socialiste a rendu le projet commun inopérant
Le 9 juillet, les militants socialistes ont été invités à choisir entre deux procédures.
La première était une primaire ouverte, susceptible d'accueillir plusieurs formations de gauche. La seconde réservait le scrutin aux adhérents du PS et aux organisations se reconnaissant dans un pôle social-démocrate.
Cette deuxième option l'a emporté avec 55,5 % des suffrages, contre 44,5 % pour la primaire ouverte. Olivier Faure, qui défendait cette dernière, a reconnu le résultat et annoncé qu'il appliquerait le choix des militants.
Ce vote n'a désigné personne. Il n'a pas non plus fixé le règlement du scrutin.
Le conseil national du PS doit se réunir le 25 août pour arrêter les conditions de candidature, le corps électoral, les dates et la contribution demandée aux votants. Place publique doit tenir sa propre assemblée politique le même jour. Au 24 août, ces deux réunions n'ont pas encore eu lieu et aucun accord définitif ne lie les deux formations.
Plusieurs hypothèses circulent : un premier tour les 10 et 11 octobre, un second les 17 et 18, une clôture des candidatures à la mi-septembre et une participation de 15 euros, ramenée à 10 euros pour les électeurs non imposables. Ces éléments restent en négociation et ne peuvent pas être présentés comme le calendrier officiel.
Le tarif est d'ailleurs le point qui divise le plus. Ségolène Royal juge le montant trop élevé et propose cinq euros au maximum ; le député Philippe Brun, candidat déclaré à cette primaire, avance le même chiffre et offre de financer les adhésions des ouvriers et des employés. Cécile Fadat, membre du cabinet de Carole Delga, défend au contraire une barrière contre les « militants LFI ou RN ». Olivier Faure plaide pour « un tarif qui soit le plus accessible ».
Raphaël Glucksmann a levé cette inconnue le 23 août. Au journal de 20 heures de TF1, il a déclaré sa candidature — « Je suis candidat à la présidentielle. Je ne prends pas cette décision à la légère » — et annoncé qu'il se présenterait au scrutin préparé avec le Parti socialiste. Sa participation change la portée de cette primaire : elle ne sera pas une procédure interne au PS, mais un vote destiné à départager une partie du pôle social-démocrate.
Marine Tondelier conserve sa candidature
Marine Tondelier n'a pas attendu juillet 2026 pour se déclarer. Elle avait annoncé sa candidature à l'automne 2025, avant d'être désignée par les adhérents écologistes pour participer à la primaire commune.
Lorsque l'avenir de ce scrutin est devenu incertain, Les Écologistes ont organisé une nouvelle consultation. Jusqu'au 6 juillet, leurs adhérents devaient se prononcer sur l'hypothèse d'une candidature autonome si la primaire n'aboutissait pas.
Cette option a recueilli 65,13 % des suffrages exprimés, avec 4 409 voix favorables, 2 361 défavorables et 745 bulletins blancs. La participation a atteint 60 %.
Ce vote autorise Marine Tondelier à poursuivre sa campagne sans primaire commune. Il ne signifie pas qu'elle refuse toute discussion. Le 15 août, dans La Tribune, elle proposait encore des rencontres bilatérales aux autres partis de gauche, sans exclure le PS, le Parti communiste ou La France insoumise. « Nous sommes prêts à rediscuter avec tout le monde à gauche, sans exclusive », déclarait-elle, en proposant à chacun de « discuter projet, stratégie et trouver un chemin de victoire avec celles et ceux qui le souhaitent ».
La différence est désormais claire : ces discussions peuvent conduire à un accord ou à un retrait, mais plus à une désignation organisée par un scrutin commun déjà constitué.
François Ruffin fait campagne, Clémentine Autain s'est retirée
François Ruffin mène une campagne intitulée « Nous Président ! ». Son site appelle aux dons, au bénévolat et à la constitution de groupes locaux, et il ne conditionne plus sa présence à l'organisation de la primaire commune. Aucune déclaration formelle de candidature n'a été retrouvée dans les sources consultées.
Clémentine Autain a pris la décision inverse. Le 11 juillet, deux jours après le vote socialiste, elle a retiré sa candidature. Elle a estimé que la primaire pour laquelle elle s'était déclarée n'existait plus et refusé d'ajouter un nom supplémentaire à la liste des prétendants.
François Hollande apparaît, lui, dans plusieurs scénarios testés par les instituts de sondage sans s'être déclaré. L'ancien président affirme se préparer et reporte sa décision à une période ultérieure.
Ces statuts doivent rester distincts : François Ruffin fait campagne sans avoir formellement déclaré, Clémentine Autain a renoncé et François Hollande demeure une hypothèse.
Les communistes décideront le 6 septembre
Le Parti communiste suit une procédure propre.
Après son congrès de Lille, du 3 au 5 juillet, où Fabien Roussel a été reconduit à la tête du parti avec 70,1 % des voix, sa candidature à l'élection présidentielle doit être soumise aux adhérents lors d'un vote fixé au 6 septembre, quelques jours avant la Fête de l'Humanité.
Une confirmation donnerait au PCF son candidat. Elle ne lierait ni Les Écologistes, ni LFI, ni le PS, ni Place publique.
Le scrutin communiste illustre donc la situation générale : chaque formation peut établir sa propre légitimité interne, mais aucune de ces décisions ne désigne un représentant de toute la gauche.
Ce que mesure réellement le sondage Elabe
L'enquête Elabe publiée le 11 juillet est l'une des rares à avoir testé plusieurs configurations détaillées à gauche.
L'institut a interrogé en ligne, les 9 et 10 juillet, 1 503 adultes vivant en France métropolitaine, dont 1 390 inscrits sur les listes électorales. Il indique une marge d'erreur comprise entre 1,4 et 3,1 points selon le résultat observé et rappelle que l'enquête décrit un rapport de forces au moment du terrain, non le résultat futur de l'élection.
Six scénarios de premier tour ont été proposés. Dans chacun, cinq candidatures de gauche apparaissent, mais les mêmes noms ne sont pas toujours associés : Marine Tondelier et François Ruffin ne figurent jamais ensemble, et Raphaël Glucksmann et François Hollande ne sont jamais proposés dans le même scénario.
Les tableaux supposent déjà que certaines candidatures auront disparu ou qu'un choix aura été opéré à l'intérieur d'un même espace politique.
Jean-Luc Mélenchon est mesuré entre 14,5 % et 16 %. Raphaël Glucksmann obtient entre 8,5 % et 11 % lorsqu'il est proposé ; François Hollande entre 8 % et 9 %. François Ruffin atteint 6 %, Marine Tondelier entre 3,5 % et 4 %, Fabien Roussel entre 2 % et 3 % et Nathalie Arthaud entre 1 % et 2 %. Marine Le Pen recueille entre 34 % et 35,5 % selon les configurations.
L'addition arithmétique des cinq scores de gauche varie entre 30,5 % et 33,5 %. Elle reste inférieure au score attribué à Marine Le Pen dans chacun des scénarios.
Cette somme doit être interprétée avec prudence. Elle mesure le poids cumulé de plusieurs candidatures concurrentes dans une liste donnée. Elle ne permet pas d'estimer le résultat d'un candidat unique : une candidature commune modifierait la participation, les reports et les choix des électeurs.
Des seconds tours très différents selon le candidat
Elabe a également testé plusieurs duels face à Marine Le Pen.
Jean-Luc Mélenchon est mesuré à 32,5 %, contre 67,5 % pour la candidate du Rassemblement national. Raphaël Glucksmann obtient 41,5 %, contre 58,5 % pour Marine Le Pen.
L'écart entre les deux scénarios vient en partie des électeurs du centre. Dans cette enquête, une proportion plus importante des sympathisants de Renaissance et de ses alliés choisit Raphaël Glucksmann plutôt que Jean-Luc Mélenchon lorsqu'il s'agit de faire barrage.
Ces résultats portent toutefois sur des hypothèses. Ils ne disent ni lequel des deux pourrait atteindre le second tour, ni comment se comporteraient les électeurs après plusieurs mois de campagne. Les sous-échantillons partisans sont en outre beaucoup plus petits que l'échantillon total, ce qui accroît l'incertitude autour des reports détaillés.
Deux difficultés distinctes apparaissent ainsi : la dispersion des voix au premier tour et des capacités de rassemblement différentes au second. Le sondage ne fournit pas la procédure politique permettant de les résoudre.
Deux dates, sans calendrier commun
Le prochain rendez-vous est fixé au 25 août. Le PS doit établir les règles de son scrutin et Place publique décider jusqu'où il souhaite s'y associer.
Les adhérents communistes se prononceront le 6 septembre sur Fabien Roussel.
Ces deux décisions pourront préciser deux candidatures. Elles ne créeront pas de candidat commun. Aucun texte, aucune instance et aucun vote ne relient aujourd'hui le pôle social-démocrate, Les Écologistes, le PCF, La France insoumise et François Ruffin.
Des retraits ou des accords restent possibles à l'automne. Viendra ensuite, au début de 2027, le filtre des présentations d'élus : une investiture de parti ne vaut pas inscription au scrutin, et seule la liste établie par le Conseil constitutionnel rendra une candidature officielle. Au 24 août, la situation tient en une distinction : la primaire commune a échoué, mais les négociations à gauche ne sont pas terminées.











