Le 8 décembre 2025, Marine Tondelier avait reçu un mandat précis des adhérents écologistes : représenter leur parti dans une primaire commune à la gauche et aux écologistes. Dix mois plus tard, cette primaire n'a jamais eu lieu.
Jean-Luc Mélenchon et François Ruffin font campagne séparément. Les adhérents communistes ont approuvé, du 3 au 6 septembre, la candidature de Fabien Roussel. Le Parti socialiste et Place publique ont arrêté le 25 août les règles d'un scrutin limité au pôle social-démocrate, que la Gauche républicaine et socialiste a rejoint le lendemain et que Raphaël Glucksmann a remporté le 11 octobre dès le premier tour. Les Écologistes, qui avaient autorisé Marine Tondelier à poursuivre sa candidature de manière autonome, ont renvoyé leur choix définitif à un vote des adhérents en décembre.
Aucune procédure ne peut plus départager toute la gauche. Cela ne signifie pas que les discussions sont terminées : des alliances, des retraits ou des accords restent possibles. Mais aucun vote annoncé n'engagera l'ensemble des formations.
Une primaire conçue sans LFI ni Place publique
Le projet commun était fragile avant même de disparaître.
Marine Tondelier avait remporté le vote interne des Écologistes avec 86 % des suffrages exprimés, lors d'une consultation organisée du 5 au 8 décembre 2025. Le communiqué de son parti la désignait comme sa représentante à la « primaire de la gauche et des écologistes de 2026 ». La participation avait atteint 54 %.
François Ruffin et Clémentine Autain s'étaient également déclarés candidats à ce processus. Mais deux forces importantes n'avaient pas accepté d'y participer : La France insoumise et Place publique.
LFI a suivi son propre calendrier. Le 3 mai, l'intergroupe du mouvement a proposé la candidature de Jean-Luc Mélenchon à une « investiture citoyenne ». Le dispositif ne constitue pas une primaire entre plusieurs prétendants : il sert à recueillir des soutiens autour d'un candidat déjà choisi par le mouvement. Le seuil fixé était de 150 000 appuis ; il a été franchi en moins de vingt-quatre heures, et le compteur approchait 280 000 le 21 mai. LFI sollicitait parallèlement les 500 présentations d'élus nécessaires à une candidature officielle.
Le refus est devenu public le 7 juin. Place Victor-Hugo à Saint-Denis, devant 26 000 personnes selon les organisateurs, Jean-Luc Mélenchon a décrété que la primaire était « finie ». « Chaque voix compte dès le premier tour », a-t-il lancé au reste de la gauche.
Place publique a, de son côté, privilégié la constitution d'un pôle social-démocrate autour de Raphaël Glucksmann. Le 13 juin, à Aubervilliers, devant 3 000 à 4 000 personnes selon ses équipes, celui-ci appelait socialistes et écologistes à le rejoindre, sans passer par une primaire.
Ce scrutin annoncé à la fin de 2025 dépendait ainsi de formations qui n'avaient jamais toutes accepté la même règle.
Le vote socialiste a rendu le projet commun inopérant
Le 9 juillet, les militants socialistes ont été invités à choisir entre deux procédures.
La première était une primaire ouverte, susceptible d'accueillir plusieurs formations de gauche. La seconde réservait le scrutin aux adhérents du PS et aux organisations se reconnaissant dans un pôle social-démocrate.
Cette deuxième option l'a emporté avec 55,5 % des suffrages, contre 44,5 % pour la primaire ouverte. Olivier Faure, qui défendait cette dernière, a reconnu le résultat et annoncé qu'il appliquerait le choix des militants.
Ce vote n'a désigné personne. Il n'a pas non plus fixé le règlement du scrutin.
Le conseil national du PS a arrêté ces règles le 25 août, par 159 voix contre 32 et 21 abstentions ; le même jour, l'assemblée politique de Place publique a approuvé sa participation à l'unanimité. La Gauche républicaine et socialiste s'y est jointe le 26 août.
Le vote s'est tenu par voie électronique du 9 au 11 octobre. Ouvert le vendredi matin, il devait s'achever le samedi soir ; les organisateurs l'ont prolongé jusqu'au dimanche 18 heures après une attaque informatique contre la plateforme, en assurant que les suffrages déjà enregistrés n'avaient pas été altérés. Au-delà des adhérents des trois partis, les sympathisants pouvaient voter en s'inscrivant sur une plateforme commune ; environ un tiers du corps électoral, qui comptait 134 467 inscrits, était passé par elle, selon les organisateurs.
Le tarif avait été le point le plus disputé. Ségolène Royal jugeait le montant trop élevé et proposait cinq euros au maximum ; le député Philippe Brun, alors candidat à cette primaire, avançait le même chiffre et offrait de financer les adhésions des ouvriers et des employés. Cécile Fadat, membre du cabinet de Carole Delga, défendait au contraire une barrière contre les « militants LFI ou RN ». Olivier Faure plaidait pour « un tarif qui soit le plus accessible ». Le conseil national a retenu quinze euros, dix au tarif social.
Raphaël Glucksmann a levé cette inconnue le 23 août au soir, en déclarant sa candidature — « Je suis candidat à la présidentielle. Je ne prends pas cette décision à la légère » — et annoncé qu'il se présenterait au scrutin préparé avec le Parti socialiste. Sa participation a changé la portée de cette primaire : elle n'a pas été une procédure interne au PS, mais un vote destiné à départager une partie du pôle social-démocrate.
D'autres candidatures ont suivi. Olivier Faure, premier secrétaire du PS, s'est déclaré le 30 août au soir ; Jérôme Guedj, Ségolène Royal, l'ancien maire de Châteaudun Fabien Verdier et Emmanuel Maurel, pour la Gauche républicaine et socialiste, se sont aussi déclarés. Le président du groupe socialiste à l'Assemblée, Boris Vallaud, s'est rallié le 27 août à Raphaël Glucksmann, dans une lettre aux militants : « Je n'ajouterais que de la division à la confusion ».
La liste a été arrêtée le 16 septembre. Cinq noms y figurent : Raphaël Glucksmann, Emmanuel Maurel et trois socialistes, Olivier Faure, Jérôme Guedj et Ségolène Royal. Fabien Verdier n'en fait pas partie. Philippe Brun non plus : le même jour, le bureau national du PS l'a suspendu à titre conservatoire, « à l'unanimité moins une opposition et trois abstentions », après des accusations portées par une militante. Le député de l'Eure les conteste et reproche au parti d'avoir « instrumentalisé » un conflit avec une ancienne collaboratrice. François Ruffin et le banquier d'affaires Mathieu Pigasse avaient demandé à entrer dans la compétition, sans l'obtenir, selon l'AFP. Trois débats télévisés l'ont jalonnée, le 23 septembre, le 1er et le 4 octobre.
Raphaël Glucksmann l'a emporté dès le premier tour, le 11 octobre, avec 66,17 % des suffrages exprimés, soit 79 613 voix, selon les résultats proclamés par la commission d'organisation. Olivier Faure a obtenu 14,46 %, Ségolène Royal 7,62 %, Emmanuel Maurel 5,92 % et Jérôme Guedj 5,83 %. Le second tour prévu les 16 et 17 octobre n'a pas eu lieu. Le soir même, le vainqueur s'est dit « le candidat de la rupture avec l'hégémonie de Jean-Luc Mélenchon sur la gauche française » ; Olivier Faure a déclaré qu'il ne pouvait pas y avoir de victoire sans une « gauche unie », en citant les écologistes, les communistes et la gauche syndicale, sans nommer La France insoumise. Sur X, Marine Tondelier a reproché au vainqueur d'avoir « refusé une primaire ouverte et populaire » et fait « le choix du repli ».
Marine Tondelier conserve sa candidature
Marine Tondelier n'a pas attendu juillet 2026 pour se déclarer. Elle avait annoncé sa candidature à l'automne 2025, avant d'être désignée par les adhérents écologistes pour participer à la primaire commune.
Lorsque l'avenir de ce scrutin est devenu incertain, Les Écologistes ont organisé une nouvelle consultation. Jusqu'au 6 juillet, leurs adhérents devaient se prononcer sur l'hypothèse d'une candidature autonome si la primaire n'aboutissait pas.
Cette option a recueilli 65,13 % des suffrages exprimés, avec 4 409 voix favorables, 2 361 défavorables et 745 bulletins blancs. La participation a atteint 60 %.
Ce vote autorise Marine Tondelier à poursuivre sa campagne sans primaire commune. Il ne signifie pas qu'elle refuse toute discussion. Le 15 août, dans La Tribune, elle proposait encore des rencontres bilatérales aux autres partis de gauche, sans exclure le PS, le Parti communiste ou La France insoumise. « Nous sommes prêts à rediscuter avec tout le monde à gauche, sans exclusive », déclarait-elle, en proposant à chacun de « discuter projet, stratégie et trouver un chemin de victoire avec celles et ceux qui le souhaitent ».
Elle a maintenu cette ligne à la Fête de l'Humanité, le 12 septembre : « Il faut que chacun comprenne que personne ne gagnera seul. »
Le 21 septembre, le conseil fédéral des Écologistes a remis la décision aux adhérents. Adoptée par 69,44 % des voix, une motion prévoit un vote du 10 au 13 décembre entre deux options, une candidature écologiste ou le ralliement à un candidat d'une autre formation de gauche. D'ici là, Marine Tondelier reste la candidate du parti.
La différence est désormais claire : ces discussions peuvent conduire à un accord ou à un retrait, mais plus à une désignation organisée par un scrutin commun déjà constitué.
François Ruffin est candidat, Clémentine Autain s'est retirée
François Ruffin s'est déclaré le 26 janvier au soir : « Je suis candidat à la présidence de la République française. » Sa campagne, intitulée « Nous Président ! », appelle aux dons, au bénévolat et à la constitution de groupes locaux. En septembre, il a demandé à rejoindre la primaire sociale-démocrate, qui ne l'a pas retenu.
Clémentine Autain a pris la décision inverse. Le 11 juillet, deux jours après le vote socialiste, elle a retiré sa candidature. Elle a estimé que la primaire pour laquelle elle s'était déclarée n'existait plus et refusé d'ajouter un nom supplémentaire à la liste des prétendants.
François Hollande apparaît, lui, dans plusieurs scénarios testés par les instituts de sondage sans s'être déclaré. L'ancien président a fait savoir qu'il dirait en décembre s'il est candidat, et qu'il ne participera pas à la primaire socialiste.
Ces statuts doivent rester distincts : François Ruffin est candidat, Clémentine Autain a renoncé et François Hollande demeure une hypothèse.
Les communistes ont désigné Fabien Roussel
Le Parti communiste a suivi une procédure propre.
Après son congrès de Lille, du 3 au 5 juillet, où Fabien Roussel a été reconduit à la tête du parti, sa candidature à l'élection présidentielle a été soumise aux adhérents du 3 au 6 septembre, juste avant la Fête de l'Humanité. Sur 37 620 inscrits, 24 112 ont voté : 72,06 % ont approuvé la candidature, 22 % s'y sont opposés et 5,94 % se sont abstenus.
Ce vote donne au PCF son candidat. Il ne lie ni Les Écologistes, ni LFI, ni le PS, ni Place publique.
Le scrutin communiste illustre donc la situation générale : chaque formation peut établir sa propre légitimité interne, mais aucune de ces décisions ne désigne un représentant de toute la gauche.
Ce que mesure réellement le sondage Elabe
L'enquête Elabe publiée le 11 juillet est l'une des rares à avoir testé plusieurs configurations détaillées à gauche.
L'institut a interrogé en ligne, les 9 et 10 juillet, 1 503 adultes vivant en France métropolitaine, dont 1 390 inscrits sur les listes électorales. Il indique une marge d'erreur comprise entre 1,4 et 3,1 points selon le résultat observé et rappelle que l'enquête décrit un rapport de forces au moment du terrain, non le résultat futur de l'élection.
Six scénarios de premier tour ont été proposés. Dans chacun, cinq candidatures de gauche apparaissent, mais les mêmes noms ne sont pas toujours associés : Marine Tondelier et François Ruffin ne figurent jamais ensemble, et Raphaël Glucksmann et François Hollande ne sont jamais proposés dans le même scénario.
Les tableaux supposent déjà que certaines candidatures auront disparu ou qu'un choix aura été opéré à l'intérieur d'un même espace politique.
Jean-Luc Mélenchon est mesuré entre 14,5 % et 16 %. Raphaël Glucksmann obtient entre 8,5 % et 11 % lorsqu'il est proposé ; François Hollande entre 8 % et 9 %. François Ruffin atteint 6 %, Marine Tondelier entre 3,5 % et 4 %, Fabien Roussel entre 2 % et 3 % et Nathalie Arthaud entre 1 % et 2 %. Marine Le Pen recueille entre 34 % et 35,5 % selon les configurations.
La vague suivante, publiée le 29 août pour BFMTV et La Tribune Dimanche, donne des ordres de grandeur voisins : Jean-Luc Mélenchon entre 14 % et 14,5 %, Raphaël Glucksmann entre 11,5 % et 14 %, François Ruffin à 6 %, Fabien Roussel entre 3 % et 4,5 %, Marine Tondelier entre 3 % et 4 %, et toujours entre 34 % et 35,5 % pour Marine Le Pen.
La vague du 17 octobre, réalisée du 14 au 16 octobre auprès de 1 553 inscrits, entièrement après la primaire, mesure Raphaël Glucksmann entre 15 % et 16,5 % selon les listes testées, en hausse de 2,5 à 4 points selon l'institut, Jean-Luc Mélenchon entre 15 % et 16 %, François Ruffin à 3 %, Marine Tondelier entre 2,5 % et 3 % et Fabien Roussel entre 1 % et 2 %. Marine Le Pen recule légèrement, entre 31 % et 33,5 %. Dans cette vague, l'addition des cinq candidats de gauche dépasse son score dans chacune des six configurations, de 35,5 % à 38 % contre 31 % à 33,5 %.
En juillet, l'addition arithmétique des cinq scores de gauche variait entre 30,5 % et 33,5 %, inférieure au score attribué à Marine Le Pen dans chacun des scénarios.
Cette somme doit être interprétée avec prudence. Elle mesure le poids cumulé de plusieurs candidatures concurrentes dans une liste donnée. Elle ne permet pas d'estimer le résultat d'un candidat unique : une candidature commune modifierait la participation, les reports et les choix des électeurs.
Des seconds tours très différents selon le candidat
Elabe a également testé plusieurs duels face à Marine Le Pen.
Jean-Luc Mélenchon est mesuré à 32,5 %, contre 67,5 % pour la candidate du Rassemblement national. Raphaël Glucksmann obtient 41,5 %, contre 58,5 % pour Marine Le Pen. Fin août, le premier écart s'était creusé (30,5 % contre 69,5 %), le second resserré (43 % contre 57 %).
À la mi-octobre, Elabe mesure Raphaël Glucksmann à 46,5 % face à Marine Le Pen, et Jean-Luc Mélenchon à 31 %.
L'écart entre les deux scénarios vient en partie des électeurs du centre. Dans cette enquête, une proportion plus importante des sympathisants de Renaissance et de ses alliés choisit Raphaël Glucksmann plutôt que Jean-Luc Mélenchon lorsqu'il s'agit de faire barrage.
Ces résultats portent toutefois sur des hypothèses. Ils ne disent ni lequel des deux pourrait atteindre le second tour, ni comment se comporteraient les électeurs après plusieurs mois de campagne. Les sous-échantillons partisans sont en outre beaucoup plus petits que l'échantillon total, ce qui accroît l'incertitude autour des reports détaillés.
Deux difficultés distinctes apparaissent ainsi : la dispersion des voix au premier tour et des capacités de rassemblement différentes au second. Le sondage ne fournit pas la procédure politique permettant de les résoudre.
Des calendriers qui ne se rejoignent pas
La primaire sociale-démocrate a désigné son candidat le 11 octobre. Les adhérents écologistes voteront du 10 au 13 décembre, et la décision de François Hollande est attendue le même mois.
Ces échéances pourront préciser des candidatures. Elles ne créeront pas de candidat commun. Aucun texte, aucune instance et aucun vote ne relient le pôle social-démocrate, Les Écologistes, le PCF, La France insoumise et François Ruffin.
Des retraits ou des accords restent possibles à l'automne. Viendra ensuite, au début de 2027, le filtre des présentations d'élus : une investiture de parti ne vaut pas inscription au scrutin, et seule la liste établie par le Conseil constitutionnel rendra une candidature officielle. La situation tient en une distinction : la primaire commune a échoué, mais les négociations à gauche ne sont pas terminées.











