Le premier grand débat de la campagne présidentielle ne s'est pas tenu sur un plateau de télévision, ni devant des électeurs. Il s'est tenu le jeudi 27 août sur le court central de Roland-Garros, devant des chefs d'entreprise, à l'invitation du Medef et devant les caméras de LCI.
Sept candidats, deux heures et demie, cinq patrons pour poser les questions. Le programme du débat dit assez bien qui l'organise : la dette et les dépenses publiques, la réindustrialisation, le coût du travail, les normes et la simplification, la fiscalité.
Qui était sur le court
Marine Le Pen, seule assurée d'un second tour si le scrutin avait lieu aujourd'hui, selon toutes les intentions de vote. Jean-Luc Mélenchon, dont deux sondages de rentrée — Ifop-Fiducial et Harris Interactive-Toluna — confirment la progression, au point de pouvoir se qualifier selon les configurations. Marine Le Pen y est mesurée entre trente-trois et trente-cinq pour cent, en léger recul par rapport au début juillet.
Le bloc central y venait en duo, avec Édouard Philippe et Gabriel Attal. S'y ajoutaient Bruno Retailleau pour Les Républicains, Marine Tondelier pour les Écologistes, et Raphaël Glucksmann, candidat déclaré depuis quatre jours.
Cette liste est déjà un choix. Les autres participants à la primaire que le Parti socialiste organise en octobre n'ont pas été invités. Marine Tondelier, elle, est venue disputer à la salle le mot de la journée : les Écologistes aussi « veulent la liberté ».
Ce que chacun apportait dans sa poche
Édouard Philippe avait donné le ton la veille, dans un entretien à l'AFP : ramener de dix-huit à douze mois l'indemnisation du chômage pour les moins de cinquante ans, et « mettre fin à l'open bar des arrêts de travail ». Des propositions taillées pour la salle.
Gabriel Attal, qui joue la même partition sur le même terrain, s'est engagé à « revenir sur les hausses du coût du travail » décidées depuis 2024.
Bruno Retailleau a proposé d'indexer l'âge de départ à la retraite sur l'espérance de vie et de s'attaquer à « l'État bureaucratique ». Raphaël Glucksmann a assuré qu'il ne financerait pas les hausses de salaires « par la casse du modèle social ».
Jean-Luc Mélenchon venait, lui, en adversaire déclaré de l'auditoire : il avait promis de dire « leurs quatre vérités » aux patrons et les a exhortés dès l'ouverture à « augmenter les salaires » pour éviter de « tomber en récession ». Il a défendu le « retour de l'État » et dénoncé les « cadeaux fiscaux » faits aux entreprises, en demandant qu'on ne juge pas son programme sur des « caricatures ». Édouard Philippe lui a répondu qu'avec lui la France « finisse interdit bancaire ».
Marine Le Pen a demandé à la salle de ne pas se fier à « ce que vous pouvez entendre ici ou là ». Elle a annoncé cent vingt-cinq milliards d'euros d'économies, brandi « mille milliards d'euros de dette supplémentaires » et assumé un départ à soixante ans pour ceux qui ont commencé à travailler avant vingt ans.
Le président du Medef, Patrick Martin, avait posé sa demande avant l'ouverture : « un programme présidentiel de libertés ».
Le budget est le premier champ de bataille
Ce débat économique est tombé au moment où le gouvernement bouclait son projet de loi de finances, et où l'exercice s'annonce plus difficile que jamais.
Le 24 août, en conseil des ministres, Emmanuel Macron a alerté sur « les tensions sur les marchés obligataires qui se sont accentuées pendant l'été » et sur celles, consécutives, qui pèsent sur les finances publiques. La porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, a parlé d'un « grand moment de vérité » et reproché à ceux qui « ont déjà annoncé la censure avant même d'avoir regardé » le texte.
Sébastien Lecornu a mis en garde les parlementaires : « Choisir d'attendre l'élection présidentielle pour adopter un budget pour 2027, c'est choisir le désordre. » Il a promis de prendre « le temps nécessaire au débat, à la confrontation des choix et à la recherche de compromis ». Un séminaire gouvernemental y a été consacré le lundi 31 août, aux Invalides, à huis clos et sans téléphones portables.
Le cadre est étroit : une croissance atone au premier semestre, des taux d'intérêt passés au-dessus de 4 %, un déficit qui menace de déraper au-delà des 5 % visés, dix milliards d'euros de rallonges déjà promises à six ministères, un plan de sauvetage de l'agriculture annoncé pour la fin d'année et des aides au carburant prolongées. Le Premier ministre a exclu de toucher au logement social et à l'apprentissage, promis « aucune hausse d'impôts » et un budget « pour beaucoup, réversible » par les vainqueurs du printemps ; il entend freiner les dépenses sociales par une réforme des arrêts maladie, le déremboursement de médicaments « dépassés » et une revalorisation des retraites inférieure à l'inflation, hors petites pensions. Le texte doit être déposé le 30 septembre à l'Assemblée ; les députés l'examinent en séance à partir du 12 octobre, avec un vote sur la partie recettes le 20 octobre et sur l'ensemble le 17 novembre.
Les oppositions ont déjà pris position. « Nous le censurerons », a annoncé Jean-Luc Mélenchon ; « Nous n'excluons rien », menace Jordan Bardella ; les socialistes brandissent aussi la censure, et leur chef de groupe, Boris Vallaud, a prévenu : « Le chantage, ça ne fonctionne pas avec nous. » Parmi les candidats déclarés, seul Édouard Philippe a appelé à voter le budget de la Sécurité sociale. Bercy chiffre à quinze milliards d'euros le scénario d'un pays sans budget jusqu'à la présidentielle.
Depuis la dissolution de juin 2024 et le morcellement de l'Assemblée qui a suivi, aucun budget ne se vote sans coalition de circonstance. La campagne rend cet exercice encore plus incertain : chaque voix a désormais un coût électoral.
À gauche, une place et deux prétendants
Raphaël Glucksmann est candidat, mais il doit d'abord passer par la primaire d'octobre avec le Parti socialiste. Le chef des députés socialistes, Boris Vallaud, s'est rallié à lui, et il progresse dans l'enquête Ifop. Sept prétendants sont déclarés pour le premier tour, les 9 et 10 octobre : Olivier Faure, Philippe Brun, Jérôme Guedj, Ségolène Royal, Fabien Verdier et Emmanuel Maurel se sont déclarés, et les candidatures sont reçues jusqu'au 15 septembre. Premier accroc : Raphaël Glucksmann n'accepte qu'un débat télévisé, le 6 octobre sur le service public, quand ses concurrents en réclament trois, dès le 16 septembre. « De quoi a-t-il peur ? », demande Philippe Brun.
Cela n'a pas suffi à écarter François Hollande, qui dira en décembre s'il est candidat, et dont l'entourage laisse entendre qu'il se présenterait sans passer par la primaire. L'ancien président s'est invité dans le débat sans y être convié, en proposant de ramener l'âge légal de départ autour de soixante-trois ans au 1er janvier 2028, puis d'allonger la durée de cotisation avec l'espérance de vie — à rebours de la ligne socialiste, qui veut revenir à soixante-deux.
Chez Les Insoumis, la stratégie est explicite depuis les universités d'été. Jean-Luc Mélenchon a placé sa rentrée sous le signe de l'écologie, en proposant une « conscription écologique » pour armer une garde régionale de sécurité civile, et en promettant de transformer les régions en « écorégions » découpées selon les bassins versants. Son coordinateur, Manuel Bompard, a appelé les Écologistes et les communistes à une « candidature commune ». L'enjeu est le ralliement des Écologistes, dont la candidate est donnée sous les 5 %. Les communistes, eux, ont tranché : leurs adhérents ont approuvé le 6 septembre, à 72 %, la candidature de Fabien Roussel.
À droite et au centre, la question du rassemblement
La perspective d'un second tour entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon a rouvert un débat ancien. Plus de deux cents élus de droite et du centre ont réclamé le 26 août, dans une tribune au Figaro, une « primaire ouverte » pour désigner un candidat unique. On y trouve le centriste Hervé Morin, l'ancienne ministre Véronique Louwagie et le maire de La Baule, Franck Louvrier.
Depuis, chacun a pris position. Gabriel Attal ne l'exclut pas : « Si vous avez peur d'une primaire, mieux vaut ne pas aller à une élection. » Bruno Retailleau : « S'il y a une primaire, je l'affronterai. » Édouard Philippe la refuse : « Une primaire, ça sert à quoi ? À accentuer les différences. » Xavier Bertrand aussi. Hervé Morin veut un candidat unique « avant Noël » et rédige une charte de valeurs ; un comité de liaison doit se réunir le 9 septembre, avec la fin octobre comme date butoir.
Emmanuel Macron, qui ne peut pas se représenter, s'en tient à ne pas désigner de successeur. Gabriel Attal a présenté le 3 septembre une équipe de campagne sans poids lourd du bloc central, en promettant de ne pas faire « une saison 3 du macronisme » ; Jordan Bardella, lui, se présente depuis le 29 août comme le futur chef du gouvernement de Marine Le Pen.
Trois rendez-vous avant le premier tour
Le premier tour a lieu le 18 avril, le second le 2 mai. D'ici là, il reste une primaire socialiste les 9 et 10 octobre, un budget déposé le 30 septembre et à faire voter avant le 17 novembre, et une éventuelle primaire à droite et au centre dont les règles restent à écrire avant la fin octobre.
Que le premier grand rendez-vous de cette campagne se soit tenu devant le patronat n'est pas un détail d'organisation. C'est une indication sur le terrain où les candidats ont accepté de commencer.











