« Faute de garantie explicite votée par le Parlement, le groupe ne financera aucun candidat. » Daniel Baal, président du Crédit Mutuel, a écarté le 30 juillet son groupe du financement de la présidentielle. La décision vaut pour tout le monde ; elle pèse d'abord sur un seul parti. Le Rassemblement national cherche depuis des mois un prêteur français, et n'en trouve pas.
Une campagne présidentielle se paie d'avance. Les dépenses sont plafonnées à 16,9 millions d'euros pour un candidat du premier tour et à 22,5 millions pour un finaliste, d'après les montants en vigueur pour le scrutin des 18 avril et 2 mai 2027. Les dons des particuliers sont bornés à 4 600 euros par personne. Le reste, il faut l'emprunter, puis rembourser une fois l'argent public arrivé — s'il arrive.
L'argent public arrive après le vote, et jamais à coup sûr
L'État rembourse une partie des frais, mais rien n'y est automatique. Le candidat qui franchit 5 % des suffrages au premier tour récupère jusqu'à 47,5 % du plafond, environ 8 millions d'euros ; un finaliste peut prétendre à 10 687 500 euros ; en dessous des 5 %, l'enveloppe tombe à 800 423 euros. Encore faut-il que la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques valide la comptabilité du candidat.
Pour une banque, chaque maillon de cette chaîne est un aléa. « Il n'existe pas de droit au crédit, que la personne soit candidate ou non à une élection », rappelle la Fédération bancaire française. La liberté contractuelle autorise un établissement à dire non sans se justifier. Daniel Baal, qui préside aussi cette fédération, avait posé le décor dès la fin avril sur RTL : « Il y a un vrai risque qui est celui, soit des 5 %, soit celui de la non-validation des comptes de campagne. » Fin juillet, en signifiant son refus, il a désigné le cœur du problème : « le vrai risque non assurable est celui de l'invalidation des comptes de campagne (...) qui peut toucher des candidats de premier plan ». Dans le secteur, chacun garde en tête les comptes invalidés de Nicolas Sarkozy après la campagne de 2012, qui avaient privé son parti de tout remboursement public.
Moscou puis Budapest, deux précédents encore dans les mémoires
Le Rassemblement national connaît l'impasse mieux que personne. En 2014, faute de prêteur français, le Front national avait emprunté 9,4 millions d'euros à la First Czech-Russian Bank, un établissement moscovite ; la créance, passée après la faillite de la banque à la société russe Aviazapchast, n'a été soldée par anticipation qu'en septembre 2023. Pour la présidentielle suivante, en 2022, Marine Le Pen a financé sa course avec 10,6 millions d'euros prêtés par la banque hongroise MKB, contrôlée par Lorinc Meszaros, proche de Viktor Orban.
Ces montages étaient légaux au moment où ils ont été signés. Depuis une loi de 2017, seuls les établissements de crédit de l'Espace économique européen peuvent prêter à un parti ou à un candidat français : l'option russe est désormais interdite, pas la hongroise. « À part les dons, limités par ailleurs, seules les banques (européennes) peuvent financer... Donc, on fait quoi ? », résumait elle-même Marine Le Pen à la fin avril sur X. Le député Sébastien Chenu s'était agacé le même jour sur BFMTV : « Qui peut accepter que le premier parti de France en nombre d'adhérents (...) ne puisse pas se financer ? » La candidate, dont l'inéligibilité a été allégée en appel et qui a lancé sa campagne à la mi-juillet, dit vouloir un prêt français cette fois.
Matignon tente un tour de table, sans le Crédit Mutuel
C'est précisément ce que l'exécutif veut éviter : un troisième financement étranger d'une campagne française, alors même qu'il durcit son arsenal contre les ingérences électorales. « Il est essentiel que tous les candidats puissent accéder à des financements français », ont fait valoir les services du Premier ministre le 23 juillet, après une réunion avec les banques rue de Varenne. Le montage discuté : « un accord entre plusieurs banques, dans le cadre duquel l'État pourrait couvrir une partie du risque de non-recouvrement ». La garantie serait inscrite, le cas échéant, au projet de loi de finances pour 2027 ; la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon a confirmé la piste le 27 juillet. Trois jours après, le Crédit Mutuel posait sa condition, un vote du Parlement, et se retirait du jeu.
La République a pourtant promis de régler ce problème. Après la révélation du prêt russe, Emmanuel Macron s'était engagé à créer une « banque de la démocratie » ; le projet a été enterré en 2018 par la garde des Sceaux Nicole Belloubet, sur la foi d'un rapport des inspections des finances et de l'administration. Restait un médiateur du crédit aux candidats et aux partis politiques, institué par la loi du 15 septembre 2017. Il facilite le dialogue avec les banques, mais ne peut rien leur imposer, et son titulaire, Claude Lion, reconnaissait en janvier les limites de l'exercice.
Le scrutin approche, les dépenses de campagne courent déjà, et aucun établissement français n'a signé. Dans l'intervalle, chaque candidat ne peut compter que sur une certitude : les 200 000 euros d'avance de l'État — moins de 1 % du plafond de dépenses d'un finaliste.











