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Pourquoi aucune banque française ne veut financer la campagne de Marine Le Pen

L'État redoute de voir le RN repartir emprunter hors de France : personne, dans l'Hexagone, ne lui prête les millions qu'exige une présidentielle.

Mis à jour le mardi 20 octobre 2026 — 10h23
6 min
Marine Le Pen serre des mains dans la foule lors d'un déplacement dans l'Yonne
Marine Le Pen au contact du public à la foire de Sens (Yonne), le 2 mai 2026, aux côtés du député Julien Odoul.© Ivan Couturier / Hans Lucas via AFP

« Faute de garantie explicite votée par le Parlement, le groupe ne financera aucun candidat. » Daniel Baal, président du Crédit Mutuel, a écarté le 30 juillet son groupe du financement de la présidentielle. La décision vaut pour tout le monde ; elle pèse d'abord sur un seul parti. Le Rassemblement national cherche depuis des mois un prêteur français, et n'en trouve pas.

Une campagne présidentielle se paie d'avance. Les dépenses sont plafonnées à 16,9 millions d'euros pour un candidat du premier tour et à 22,5 millions pour un finaliste, d'après les montants en vigueur pour le scrutin des 18 avril et 2 mai 2027. Les dons des particuliers sont bornés à 4 600 euros par personne. Le reste vient de l'apport personnel du candidat, des contributions des partis et de recettes accessoires. Seul l'apport personnel ouvre droit au remboursement de l'État, et il peut reposer sur un emprunt bancaire — les prêts de particuliers sont interdits —, à rembourser une fois l'argent public arrivé, s'il arrive.

L'argent public arrive après le vote, et jamais à coup sûr

L'État rembourse une partie des frais, mais rien n'y est automatique. Le candidat qui franchit 5 % des suffrages au premier tour récupère jusqu'à 47,5 % du plafond, environ 8 millions d'euros ; un finaliste, jusqu'à 10 691 775 euros ; en dessous des 5 %, le remboursement est plafonné à 800 422,50 euros. Ce sont des maximums : l'État ne rembourse jamais plus que les dépenses inscrites au compte ni que l'apport personnel du candidat, avance de 200 000 euros déduite. Encore faut-il que la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques valide la comptabilité du candidat.

Pour une banque, chaque maillon de cette chaîne est un aléa. « Il n'existe pas de droit au crédit que cette personne physique soit candidate ou non à une élection », rappelle la Fédération bancaire française. La liberté contractuelle autorise un établissement à dire non sans se justifier. Daniel Baal, qui présidait alors cette fédération, avait posé le décor dès la fin avril sur RTL : « Il y a un vrai risque qui est celui, soit des 5 %, soit celui de la non-validation des comptes de campagne. » Fin juillet, en signifiant son refus, il a désigné le cœur du problème : « le vrai risque non assurable est celui de l'invalidation des comptes de campagne (...) qui peut toucher des candidats de premier plan ». Dans le secteur, chacun garde en tête les comptes invalidés de Nicolas Sarkozy après la campagne de 2012, qui l'avaient privé de tout remboursement public.

Moscou puis Budapest, deux précédents encore dans les mémoires

Le Rassemblement national connaît l'impasse mieux que personne. En 2014, faute de prêteur français, le Front national avait emprunté 9,4 millions d'euros à la First Czech-Russian Bank, un établissement moscovite ; la créance, passée après la faillite de la banque à la société russe Aviazapchast, n'a été soldée par anticipation qu'en septembre 2023. Pour la présidentielle de 2022, Marine Le Pen a financé sa course avec 10,6 millions d'euros prêtés par une banque hongroise.

Ces montages étaient légaux au moment où ils ont été signés. Depuis une loi de 2017, seuls les établissements de crédit de l'Espace économique européen peuvent prêter à un parti ou à un candidat français : l'option russe est désormais interdite, pas la hongroise. « À part les dons, limités par ailleurs, seules les banques (européennes) peuvent financer... Donc, on fait quoi ? », résumait elle-même Marine Le Pen à la fin avril sur X. Le député Sébastien Chenu s'était agacé le même jour sur une chaîne d'information en continu : « Qui peut accepter que le premier parti de France en nombre d'adhérents (...) ne puisse pas se financer ? » La candidate, dont l'inéligibilité a été allégée en appel et qui a lancé sa campagne le 8 juillet, dit vouloir un prêt français cette fois.

Matignon tente un tour de table, sans le Crédit Mutuel

C'est précisément ce que l'exécutif veut éviter : un troisième emprunt à l'étranger, alors même qu'il durcit son arsenal contre les ingérences électorales. « Il est essentiel que tous les candidats, quel que soit leur bord politique, puissent accéder à des financements français pour financer leur campagne », ont fait valoir les services du Premier ministre le 23 juillet, après une réunion avec les banques rue de Varenne. Le montage discuté : « un accord entre plusieurs banques, dans le cadre duquel l'État pourrait couvrir une partie du risque de non-recouvrement ». La garantie serait inscrite, le cas échéant, au projet de loi de finances pour 2027. Une semaine plus tard, le Crédit Mutuel posait sa condition, un vote du Parlement, et se retirait du jeu.

Le problème n'est pas neuf. Un projet de « banque de la démocratie », porté par François Bayrou en 2017, a été enterré en 2018 par la garde des Sceaux Nicole Belloubet, sur la foi d'un rapport des inspections des finances et de l'administration. Restait un médiateur du crédit aux candidats et aux partis politiques, institué par la loi du 15 septembre 2017. Il facilite le dialogue avec les banques, mais ne peut rien leur imposer ; Claude Lion, auditionné au Sénat en janvier avant d'être nommé à ce poste en février, en reconnaissait les limites.

Le scrutin approche, les dépenses de campagne courent déjà, et aucune banque française ne s'est engagée auprès du Rassemblement national : le 29 août, Jordan Bardella affirmait qu'« aucune banque française n'a répondu favorablement ». Édouard Philippe est le seul candidat à avoir confirmé l'accord d'une banque française, selon RMC. Quant à l'avance de 200 000 euros que l'État verse à chaque candidat à la publication de la liste — moins de 1 % du plafond de dépenses d'un finaliste —, elle doit être rendue si le compte est rejeté.

Le 6 octobre, Marine Le Pen a constaté l'échec de ses démarches auprès des banques françaises : « Nous les avons toutes contactées. Elles ont toutes refusé. » Elle demande une modification de la loi qui autoriserait, pour la présidentielle comme pour les autres scrutins, les prêts de particuliers, interdits pour cette seule élection, rappelle le Club des juristes. La somme recherchée, environ 10,7 millions d'euros selon le site Econostrum, correspond au remboursement maximal auquel peut prétendre un finaliste.

L'essentiel

  • Sous les 5 %, un remboursement réduit ; sans comptes validés, aucun : le prêt de campagne est un pari pour la banque
  • Le médiateur du crédit ne peut rien imposer, et la banque de la démocratie promise n'a jamais vu le jour
  • Deux emprunts déjà contractés à l'étranger : un prêt russe au parti en 2014, soldé depuis, puis un prêt hongrois pour la campagne de 2022

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