- Hantavirus = zoonose transmise par les rongeurs (urine, excréments, salive)
- Deux syndromes : HFRS en Europe/Asie (létalité <1 à 15 %), HPS dans les Amériques (jusqu'à 50 %)
- Andes : seule souche à transmission inter-humaine documentée, limitée. Vecteur = rat à longue queue
- MV Hondius : 11 cas, 3 décès au 13 mai 2026 (OMS DON599). Cas zéro néerlandais, séjour à Ushuaïa
- France : 26 cas contacts en isolement, tous négatifs au 14 mai. 1 femme en réa à Bichat (cas confirmé)
Le hantavirus n'est pas un nouveau virus. Connu depuis la guerre de Corée — où il avait frappé plus de 3 000 soldats des Nations unies entre 1951 et 1954 — il fait partie de la famille des Orthohantavirus, virus à ARN logés chez certains rongeurs sauvages. Sa résurgence dans l'actualité européenne tient à un foyer identifié à bord du navire de croisière MV Hondius, parti d'Ushuaïa, en Terre de Feu argentine, le 1er avril 2026. Au 13 mai 2026, l'Organisation mondiale de la santé recense 11 cas et 3 décès. Cinq passagers français rapatriés à l'hôpital Bichat ont été placés en surveillance ; une femme a développé la maladie et se trouve en réanimation dans un état grave. Les 26 cas contacts français identifiés ont tous été testés négatifs le 14 mai. Pour comprendre ce que la France redoute et ce qui distingue ce virus, il faut revenir sur ses mécanismes.
Le hantavirus, c'est quoi
Les hantavirus regroupent une trentaine d'espèces virales, identifiées sur les cinq continents. Selon la fiche d'information de l'OMS, ils infectent naturellement les rongeurs, sans que ceux-ci ne tombent malades, et passent occasionnellement à l'humain. Le réservoir varie selon la souche : campagnol roussâtre (Puumala) en Europe du Nord, rat des récoltes (Hantaan) en Asie, souris à pattes blanches (Sin Nombre) en Amérique du Nord, rat à longue queue (Andes) en Amérique du Sud.
L'identification du virus remonte à 1976 — un agent rendu responsable de plusieurs milliers de fièvres hémorragiques observées en Corée et baptisé du nom de la rivière Hantan. La grande visibilité scientifique date toutefois de 1993, après le foyer pulmonaire du « Four Corners » dans le sud-ouest des États-Unis, qui avait conduit à la description du syndrome cardio-pulmonaire à hantavirus, la forme la plus mortelle.
Comment se transmet le hantavirus
La transmission à l'humain se fait quasi exclusivement par les rongeurs. Selon les données du CDC américain, on s'infecte en inhalant des aérosols contaminés par l'urine, les excréments ou la salive séchés des rongeurs porteurs — par exemple en balayant un grenier, une grange ou une cabane infestée. Le contact direct (morsure, manipulation d'animal infecté) reste possible mais marginal.

Pour la grande majorité des souches, la transmission inter-humaine n'a jamais été documentée. La souche Andes, présente en Argentine et au Chili, fait exception. C'est celle identifiée par analyse moléculaire dans le foyer du MV Hondius, comme l'a confirmé l'Institut Pasteur dans une mise au point publiée le 6 mai 2026.
Est-il contagieux entre humains ?
Pour la souche Andes : oui, mais de façon limitée. Des transmissions de personne à personne ont été décrites dans des foyers familiaux ou hospitaliers depuis 1996, principalement en Argentine et au Chili. Le mécanisme exact reste discuté — gouttelettes respiratoires lors de contacts prolongés, partage de pipe à maté, exposition à des sécrétions.
« C'est un virus qui ne se transmet pas tellement de personne à personne », a rappelé à l'AFP le 14 mai Karine Lacombe, cheffe du service des maladies infectieuses et tropicales à l'hôpital Saint-Antoine (Paris). C'est précisément cette transmission limitée mais réelle qui justifie les mesures d'isolement appliquées aux contacts du MV Hondius : la durée maximale d'incubation est estimée à 42 jours, ce qui impose un suivi médical long.
Symptômes du hantavirus : ce que disent les médecins
Il existe deux tableaux cliniques distincts. En Europe et en Asie, les hantavirus provoquent une fièvre hémorragique avec syndrome rénal (HFRS) : fièvre soudaine, douleurs lombaires, troubles rénaux pouvant aller jusqu'à l'insuffisance, hémorragies dans les formes graves.
Dans les Amériques, et c'est la situation Andes, le tableau est cardio-pulmonaire (HCPS ou HPS). Selon le document clinique du CDC, l'infection débute par une phase prodromique de 3 à 7 jours — fièvre, fatigue, douleurs musculaires des cuisses, des hanches et du dos, parfois maux de tête, vertiges, frissons, nausées, vomissements, diarrhée — suivie d'une phase pulmonaire brutale : essoufflement, toux, accumulation de liquide dans les poumons, choc cardiogénique. Cette seconde phase peut conduire à la défaillance respiratoire en quelques heures.
Il n'existe ni traitement antiviral spécifique homologué, ni vaccin commercialisé en France ou en Europe. La prise en charge repose sur le soutien des fonctions vitales en réanimation : oxygénation, parfois recours à l'ECMO (oxygénation par membrane extracorporelle), équilibre hémodynamique.
Quelle mortalité, combien de morts
Les chiffres dépendent du syndrome. Selon l'OMS, le taux de létalité varie de moins de 1 % à 15 % pour le HFRS européen et asiatique, et atteint jusqu'à 50 % pour le HCPS dans les Amériques. Pour le syndrome pulmonaire, le CDC retient un taux moyen autour de 38 % des patients développant les symptômes respiratoires.
Le 14 mai 2026, la ministre française de la Santé Stéphanie Rist a évoqué une létalité « évaluée entre 30 et 40 % » pour la souche Andes — chiffre cohérent avec les données historiques publiées par les autorités sanitaires argentines et chiliennes.
Sur le foyer du MV Hondius : 11 cas confirmés et 3 décès à la date du 13 mai 2026 selon le bulletin OMS — taux de létalité observé de 27 % à mi-parcours du foyer, sachant que l'incubation peut encore amener de nouveaux cas jusqu'à 42 jours après l'exposition.
L'affaire du MV Hondius : ce qu'on sait au 15 mai 2026
Le MV Hondius est un navire de croisière polaire opéré par la compagnie néerlandaise Oceanwide Expeditions, spécialisé dans les voyages en Antarctique et au sud du continent sud-américain. Il a appareillé le 1er avril 2026 d'Ushuaïa, port argentin de 80 000 habitants à la pointe de la Terre de Feu, point d'embarquement de la quasi-totalité des croisières antarctiques.
Le cas zéro identifié est un voyageur néerlandais — décrit par sa famille comme un grand amateur d'oiseaux — qui avait séjourné 48 heures à Ushuaïa avant d'embarquer. Sa compagne, également passagère, est décédée à bord. Le foyer s'est étendu en mer ; la compagnie a dérouté le navire vers les Canaries, où il a déposé l'ensemble de ses passagers début mai. Le MV Hondius a ensuite repris la route vers les Pays-Bas, où il était attendu à la mi-mai.
Au 13 mai 2026, le bulletin OMS DON599 recensait 11 cas confirmés (Pays-Bas, France, Royaume-Uni, Allemagne, Italie, Espagne) et 3 décès. L'OMS a publiquement écarté le risque d'une « vaste épidémie » européenne. Une mission scientifique argentine, conduite par l'Institut Malbran de Buenos Aires — équivalent local de l'Institut Pasteur — se rend à Ushuaïa la semaine du 18 mai pour capturer des rongeurs et tenter de confirmer ou d'infirmer la présence du rat à longue queue, vecteur de la souche Andes. Les autorités locales soutiennent que le hantavirus est absent de la province depuis 30 ans. Résultats attendus sous quatre semaines selon le directeur épidémiologie de la province, Juan Petrina.
Hantavirus en France : combien de cas, cas contacts, mesures
Cinq Français étaient à bord du MV Hondius. Tous ont été rapatriés par avion sanitaire spécial des Canaries vers l'hôpital Bichat à Paris. Quatre vont bien et ont été testés négatifs. La cinquième, une femme, a développé la maladie et se trouve en réanimation dans un état grave : c'est le seul cas confirmé d'hantavirus Andes en France métropolitaine à ce jour.
L'arrêté du 9 mai 2026, publié au Journal officiel, prescrit les mesures d'urgence sanitaire : isolement renforcé des cas contacts, déclaration obligatoire, suivi médical encadré. Un décret du 10 mai a placé en isolement 22 personnes supplémentaires identifiées comme contacts de la passagère néerlandaise décédée.
Au total, 26 Français ont été placés en isolement hospitalier. Huit avaient pris l'avion Sainte-Hélène — Johannesburg le 25 avril dans le même appareil que la voyageuse porteuse, quatorze autres l'avion Johannesburg — Amsterdam, les cinq derniers étant les passagers du Hondius transférés à Bichat. Tests trois fois par semaine, suivi médical strict, durée 42 jours.
Le 14 mai 2026, la ministre Stéphanie Rist a annoncé sur la plateforme X que « la totalité des cas contacts à une personne positive à l'hantavirus, présents en France, ont été testés négatifs, sans exception ». L'isolement et la surveillance se poursuivent jusqu'à la fin de la période d'incubation maximale. Au niveau européen, la présidence chypriote du Conseil de l'UE a annoncé le même jour le renforcement du mécanisme d'échange d'informations sanitaires entre les 27. L'évaluation collective du risque pour la population générale européenne reste « très faible » selon l'OMS et l'ECDC.
Comment se protéger et que faire au retour d'Argentine
En métropole, le risque d'exposition à la souche Andes est nul — le vecteur n'est pas présent en France. La page d'information du gouvernement précise qu'il n'existe ni cas autochtone, ni circulation détectée du virus sur le territoire.
Pour les voyageurs revenant d'Argentine, du Chili, du Pérou ou de Bolivie au cours des 42 derniers jours, la conduite préconisée par les autorités sanitaires consiste à surveiller l'apparition de fièvre, fatigue, douleurs musculaires, essoufflement. En cas de symptômes, contacter le 15 (SAMU) ou un service d'infectiologie en signalant le voyage. Pour les voyageurs prévoyant de partir, l'Institut Pasteur recommande d'éviter les zones rurales infestées de rongeurs, de ne pas dormir à même le sol dans des cabanes peu entretenues, et de bien ventiler tout espace fermé poussiéreux avant d'y entrer. Aucun vaccin n'est disponible.
Notre lecture
Le foyer du MV Hondius est plus singulier qu'inquiétant. Il rassemble plusieurs traits rares : une souche Andes qui circule peu hors d'Amérique du Sud, un mode d'exposition probablement collectif à bord d'un navire isolé, et la mise en mouvement de plusieurs systèmes de santé européens simultanément, dans une dispersion géographique réelle mais maîtrisée à ce jour.
L'évaluation OMS — risque « très faible » pour la population générale — repose sur trois éléments : transmission inter-humaine limitée, absence du vecteur en Europe, traçage rapide des contacts. Le scénario médian probable est une extinction du foyer dans les trois à six semaines suivantes, sans cas secondaire significatif, à mesure que les patients dépassent la période d'incubation. Le résultat de la mission Malbran à Ushuaïa déterminera, lui, si le hantavirus revient ou non sur la liste des virus circulant en Terre de Feu — une question scientifique distincte du risque sanitaire européen.
Ce qu'on regarde maintenant
- Résultats de la mission Institut Malbran à Ushuaïa (capture rongeurs, identification éventuelle du rat à longue queue) — attendus mi-juin 2026
- Évolution de l'état de la patiente hospitalisée à Bichat
- Apparition éventuelle d'un cas secondaire en France ou en Europe avant la fin de la période d'incubation des 26 cas contacts
- Bulletins OMS hebdomadaires sur le foyer (DON599 et mises à jour)
- Décisions de la présidence chypriote du Conseil de l'UE sur la coordination sanitaire renforcée demandée par la France
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Sources : OMS — Bulletin DON599 hantavirus cluster cruise ship (mai 2026), OMS — Fiche hantavirus, Légifrance — Arrêté du 9 mai 2026 mesures d'urgence hantavirus Andes, info.gouv.fr — Point sur les mesures sanitaires en France, Institut Pasteur — Virus Andes à bord du MV Hondius (6 mai 2026), CDC — Clinician Brief Hantavirus Pulmonary Syndrome, ONU Info — L'OMS écarte le risque d'une vaste épidémie, AFP via dépêches du 7 au 14 mai 2026.










