Aller au contenu principal

Hantavirus :
symptômes, transmission, contagiosité et cas en France

Le hantavirus est une zoonose transmise par les rongeurs. La souche Andes, apparue à bord du navire polaire MV Hondius parti d'Ushuaïa, a causé trois morts et quelques cas confirmés. En France, une passagère a été hospitalisée et tous les cas contacts testés négatifs.

Mis à jour le mercredi 17 juin 2026 — 23h48
7 min
La ministre de la Santé, Stéphanie Rist lors d'une conférence de presse sur la situation concernant l'hantavirus, le 12 mai 2026 à Paris
La ministre de la Santé, Stéphanie Rist lors d'une conférence de presse sur la situation concernant l'hantavirus, le 12 mai 2026 à Paris© AFP / Thomas SAMSON

Le hantavirus est une zoonose rare transmise par les rongeurs. Au printemps 2026, une souche sud-américaine — le virus Andes — a provoqué un foyer inédit à bord d'un navire de croisière polaire, le MV Hondius, parti d'Ushuaïa : trois morts et quelques cas confirmés, dispersés sur plusieurs pays, avant que le bateau ne soit débarqué et désinfecté à Rotterdam. En France, une passagère a été hospitalisée en réanimation et les vingt-six cas contacts testés négatifs. Ce qu'est ce virus, comment il se transmet, ses symptômes et le risque réel.

Le hantavirus, c'est quoi

Les hantavirus regroupent une trentaine d'espèces virales, identifiées sur les cinq continents. Selon la fiche d'information de l'OMS, ils infectent naturellement les rongeurs, sans les rendre malades, et passent occasionnellement à l'humain. Le réservoir varie selon la souche : campagnol roussâtre (Puumala) en Europe du Nord, rat des récoltes (Hantaan) en Asie, souris à pattes blanches (Sin Nombre) en Amérique du Nord, rat à longue queue (Andes) en Amérique du Sud.

L'identification du virus remonte à 1976 : un agent rendu responsable de plusieurs milliers de fièvres hémorragiques observées en Corée, baptisé du nom de la rivière Hantan. Sa visibilité scientifique date surtout de 1993 et du foyer pulmonaire du « Four Corners », dans le sud-ouest des États-Unis, qui fit décrire le syndrome cardio-pulmonaire à hantavirus — la forme la plus mortelle.

Comment se transmet le hantavirus

La transmission à l'humain se fait quasi exclusivement par les rongeurs. Selon les données du CDC américain, on s'infecte en inhalant des aérosols contaminés par l'urine, les excréments ou la salive séchés des rongeurs porteurs — en balayant un grenier, une grange ou une cabane infestée, par exemple. Le contact direct, par morsure ou manipulation d'un animal infecté, reste possible mais marginal.

Pour la grande majorité des souches, la transmission entre humains n'a jamais été documentée. La souche Andes, présente en Argentine et au Chili, fait exception : c'est elle qui a été identifiée par analyse moléculaire dans le foyer du MV Hondius, comme l'a confirmé l'Institut Pasteur début mai 2026.

Est-il contagieux entre humains ?

Pour la souche Andes : oui, mais de façon limitée. Des transmissions de personne à personne ont été décrites dans des foyers familiaux ou hospitaliers depuis 1996, surtout en Argentine et au Chili. Le mécanisme exact reste discuté : gouttelettes respiratoires lors de contacts prolongés, partage de la pipe à maté, exposition à des sécrétions.

« C'est un virus qui ne se transmet pas tellement de personne à personne », a rappelé à l'AFP Karine Lacombe, cheffe du service des maladies infectieuses et tropicales à l'hôpital Saint-Antoine, à Paris. C'est cette contagiosité faible mais réelle qui justifie l'isolement appliqué aux contacts du MV Hondius : l'incubation pouvant atteindre 42 jours, le suivi médical est long.

Quels sont les symptômes

Il existe deux tableaux cliniques distincts. En Europe et en Asie, les hantavirus provoquent une fièvre hémorragique avec syndrome rénal : fièvre soudaine, douleurs lombaires, troubles rénaux pouvant aller jusqu'à l'insuffisance, hémorragies dans les formes graves.

Dans les Amériques — et c'est le cas du virus Andes —, le tableau est cardio-pulmonaire. Selon le document clinique du CDC, l'infection débute par une phase de trois à sept jours — fièvre, fatigue, douleurs musculaires des cuisses, des hanches et du dos, parfois maux de tête, nausées, vomissements, diarrhée — suivie d'une phase pulmonaire brutale : essoufflement, toux, accumulation de liquide dans les poumons, choc. Cette seconde phase peut conduire à la défaillance respiratoire en quelques heures.

Il n'existe ni traitement antiviral spécifique homologué, ni vaccin commercialisé en France ou en Europe. La prise en charge repose sur le soutien des fonctions vitales en réanimation : oxygénation, parfois recours à l'ECMO (oxygénation par membrane extracorporelle), équilibre hémodynamique.

Quelle mortalité

Les chiffres dépendent du syndrome. Selon l'OMS, le taux de létalité varie de moins de 1 % à 15 % pour la forme rénale d'Europe et d'Asie, et atteint jusqu'à 50 % pour la forme cardio-pulmonaire des Amériques ; le CDC retient une moyenne autour de 38 % pour cette dernière. La ministre française de la Santé, Stéphanie Rist, a évoqué une létalité « évaluée entre 30 et 40 % » pour la souche Andes, cohérente avec les données argentines et chiliennes.

Le foyer du MV Hondius

Le MV Hondius est un navire de croisière polaire de la compagnie néerlandaise Oceanwide Expeditions, spécialisé dans l'Antarctique et le sud du continent sud-américain. Il a appareillé le 1er avril 2026 d'Ushuaïa, port argentin de la pointe de la Terre de Feu d'où part la quasi-totalité des croisières antarctiques. Le cas zéro, un voyageur néerlandais passionné d'oiseaux, avait séjourné 48 heures à Ushuaïa avant d'embarquer ; sa compagne, également passagère, est morte à bord.

Le foyer s'est étendu en mer. Plus de 120 passagers ont débarqué aux Canaries le 10 mai, rapatriés ensuite dans leur pays, avant que le navire n'achève sa route à Rotterdam le 18 mai pour un débarquement final et une désinfection. Au total, le virus a fait trois morts ; sept cas ont été confirmés et un autre jugé probable, selon le décompte établi par l'AFP à la mi-mai, dans plusieurs pays européens et au Canada, tandis qu'une vingtaine d'États plaçaient des cas suspects ou contacts sous surveillance. L'OMS a maintenu un risque « faible » pour la population générale et écarté le scénario d'une « vaste épidémie », tout en prévenant qu'une incubation longue pouvait encore révéler des cas parmi les occupants du navire.

Reste une question scientifique ouverte. Les autorités de Terre de Feu assurent que le hantavirus est absent de la province depuis trente ans. Pour le vérifier, une mission de l'institut Malbran de Buenos Aires a disposé, à partir du 18 mai, jusqu'à 150 pièges autour d'Ushuaïa et dans le parc national, afin de capturer le rongeur soupçonné — le raton colilargo (Oligoryzomys longicaudatus) ou une sous-espèce proche — et d'analyser s'il est porteur du virus.

Hantavirus en France : cas, contacts, mesures

Cinq Français se trouvaient à bord. Tous ont été rapatriés par avion sanitaire vers l'hôpital Bichat, à Paris. Quatre ont été testés négatifs ; la cinquième, une femme, a développé la maladie et a été placée en réanimation sous ECMO — le seul cas confirmé d'hantavirus Andes en France.

L'arrêté du 9 mai 2026 a fixé les mesures d'urgence : isolement renforcé des cas contacts, déclaration obligatoire, suivi médical encadré. Au total, 26 personnes ont été placées en isolement : les cinq passagers du Hondius, huit voyageurs du vol Sainte-Hélène — Johannesburg du 25 avril et quatorze du vol Johannesburg — Amsterdam empruntés par la passagère néerlandaise porteuse. La ministre Stéphanie Rist a annoncé que « la totalité des cas contacts (...) présents en France » avaient été « testés négatifs, sans exception ». La page d'information du gouvernement souligne qu'aucun cas autochtone ni aucune circulation du virus n'a été détecté sur le territoire.

Comment se protéger

En métropole, le risque d'exposition à la souche Andes est nul : le rongeur vecteur n'y est pas présent. Pour les voyageurs revenant d'Argentine, du Chili, du Pérou ou de Bolivie, les autorités sanitaires recommandent de surveiller pendant six semaines l'apparition de fièvre, de fatigue, de douleurs musculaires ou d'essoufflement et, le cas échéant, d'appeler le 15 (Samu) en signalant le voyage. Avant un départ, l'Institut Pasteur conseille d'éviter les zones rurales infestées de rongeurs, de ne pas dormir à même le sol dans des cabanes mal entretenues et de ventiler les espaces clos poussiéreux avant d'y entrer. Aucun vaccin n'est disponible.

Comme d'autres maladies infectieuses émergentes — de la grippe aviaire à la résurgence d'Ebola en RDC —, le hantavirus rappelle la part animale du risque infectieux. Le foyer du Hondius en aura offert une version concentrée : une souche qui circule peu hors d'Amérique du Sud, une exposition collective à bord d'un navire isolé, une dizaine de systèmes de santé mobilisés à la fois. À Ushuaïa, l'analyse de quelques rats à longue queue tranchera une question restée ouverte : celle de savoir si le virus est, ou non, présent à la pointe de la Terre de Feu.

L'essentiel

  • Le hantavirus est une zoonose : un virus hébergé par les rongeurs et transmis à l'humain surtout par inhalation d'aérosols contaminés (urine, excréments, salive). La transmission entre humains n'est documentée que pour une souche, le virus Andes d'Amérique du Sud.
  • Il provoque deux tableaux : une fièvre hémorragique avec syndrome rénal en Europe et en Asie (létalité < 1 à 15 %), et un syndrome cardio-pulmonaire dans les Amériques, bien plus mortel (jusqu'à 50 % selon le CDC). Il n'existe ni vaccin ni traitement antiviral spécifique.
  • Au printemps 2026, un foyer de virus Andes à bord du navire polaire MV Hondius, parti d'Ushuaïa, a fait trois morts et quelques cas confirmés dans plusieurs pays. En France, une passagère a été hospitalisée en réanimation et les 26 cas contacts testés négatifs ; l'OMS a jugé le risque « faible » pour la population générale.

Questions fréquentes

Le hantavirus, c'est quoi ?
Le hantavirus est une famille de virus à ARN, regroupés sous le nom d'Orthohantavirus, qui infectent naturellement les rongeurs sauvages sans les rendre malades. Une trentaine d'espèces sont décrites à travers le monde : campagnol roussâtre (souche Puumala) en Europe du Nord, rat des récoltes (Hantaan) en Asie, souris à pattes blanches (Sin Nombre) en Amérique du Nord, rat à longue queue (Andes) en Amérique du Sud. La transmission à l'humain reste rare. L'identification scientifique remonte à 1976 après plusieurs milliers de fièvres hémorragiques observées en Corée pendant et après la guerre.
Comment l'attrape-t-on ?
On contracte le hantavirus presque exclusivement par contact avec des rongeurs porteurs ou avec leurs déjections. Le mode principal est l'inhalation d'aérosols formés par l'urine, les excréments ou la salive séchés — par exemple en balayant un grenier, une grange ou une cabane infestée, ou en remuant de la terre contaminée. Le contact direct (morsure, manipulation d'animal infecté) reste théoriquement possible mais marginal. Selon le CDC, la majorité des contaminations humaines surviennent dans des espaces clos, peu ventilés, où des rongeurs ont séjourné.
Est-il contagieux entre humains ?
Pour la grande majorité des souches d'hantavirus, la transmission entre humains n'a jamais été documentée. Une seule souche fait exception : la souche Andes, présente en Argentine et au Chili — celle identifiée dans le foyer du MV Hondius. Des transmissions de personne à personne ont été décrites depuis 1996 dans des foyers familiaux ou hospitaliers, principalement par contact rapproché et prolongé. Le mécanisme exact reste discuté (gouttelettes respiratoires, partage de matériel, exposition à des sécrétions). C'est ce caractère qui explique l'isolement de 42 jours appliqué aux cas contacts en France.
Combien de cas en France ?
Un seul cas confirmé d'hantavirus Andes a été recensé en France métropolitaine : une femme rapatriée du MV Hondius, hospitalisée à Bichat (Paris), en réanimation dans un état grave. Vingt-six personnes ont été placées en isolement hospitalier comme cas contacts : les 5 passagers français du Hondius (4 négatifs, 1 positive), 8 personnes ayant pris le vol Sainte-Hélène — Johannesburg du 25 avril aux côtés de la passagère néerlandaise porteuse, et 14 personnes du vol Johannesburg — Amsterdam. La ministre Stéphanie Rist a annoncé que tous les cas contacts avaient été testés négatifs. Le suivi se poursuit pendant la période d'incubation maximale de 42 jours.
Existe-t-il un traitement ou un vaccin contre le hantavirus ?
Il n'existe à ce jour ni traitement antiviral spécifique homologué, ni vaccin commercialisé en France ou en Europe. La prise en charge repose sur le soutien des fonctions vitales en réanimation : oxygénation contrôlée, parfois oxygénation par membrane extracorporelle (ECMO) en cas de défaillance respiratoire, équilibre hémodynamique. Le pronostic dépend largement de la rapidité d'admission en soins intensifs. La prévention reste le seul outil disponible : éviter les contacts avec les zones rurales infestées de rongeurs dans les pays d'endémie, ventiler les espaces fermés poussiéreux avant d'y entrer, ne pas dormir à même le sol dans des cabanes peu entretenues.

Hélène Fabre

Partagez cet article

Plus d'actualités Santé

Voir tout

La synthèse de la semaine

Chaque vendredi : l'essentiel des 7 derniers jours et les signaux à suivre pour les 7 prochains.

Gratuit · 1 email/semaine · Désabonnement en un clic