Le hantavirus est une zoonose rare transmise par les rongeurs. Au printemps 2026, une souche sud-américaine — le virus Andes — a provoqué un foyer inédit à bord d'un navire de croisière polaire, le MV Hondius, parti d'Ushuaïa : trois morts et quelques cas confirmés, dispersés sur plusieurs pays, avant que le bateau ne soit débarqué et désinfecté à Rotterdam. En France, une passagère a été hospitalisée en réanimation et les vingt-six cas contacts testés négatifs. Ce qu'est ce virus, comment il se transmet, ses symptômes et le risque réel.
Le hantavirus, c'est quoi
Les hantavirus regroupent une trentaine d'espèces virales, identifiées sur les cinq continents. Selon la fiche d'information de l'OMS, ils infectent naturellement les rongeurs, sans les rendre malades, et passent occasionnellement à l'humain. Le réservoir varie selon la souche : campagnol roussâtre (Puumala) en Europe du Nord, rat des récoltes (Hantaan) en Asie, souris à pattes blanches (Sin Nombre) en Amérique du Nord, rat à longue queue (Andes) en Amérique du Sud.
L'identification du virus remonte à 1976 : un agent rendu responsable de plusieurs milliers de fièvres hémorragiques observées en Corée, baptisé du nom de la rivière Hantan. Sa visibilité scientifique date surtout de 1993 et du foyer pulmonaire du « Four Corners », dans le sud-ouest des États-Unis, qui fit décrire le syndrome cardio-pulmonaire à hantavirus — la forme la plus mortelle.
Comment se transmet le hantavirus
La transmission à l'humain se fait quasi exclusivement par les rongeurs. Selon les données du CDC américain, on s'infecte en inhalant des aérosols contaminés par l'urine, les excréments ou la salive séchés des rongeurs porteurs — en balayant un grenier, une grange ou une cabane infestée, par exemple. Le contact direct, par morsure ou manipulation d'un animal infecté, reste possible mais marginal.
Pour la grande majorité des souches, la transmission entre humains n'a jamais été documentée. La souche Andes, présente en Argentine et au Chili, fait exception : c'est elle qui a été identifiée par analyse moléculaire dans le foyer du MV Hondius, comme l'a confirmé l'Institut Pasteur début mai 2026.
Est-il contagieux entre humains ?
Pour la souche Andes : oui, mais de façon limitée. Des transmissions de personne à personne ont été décrites dans des foyers familiaux ou hospitaliers depuis 1996, surtout en Argentine et au Chili. Le mécanisme exact reste discuté : gouttelettes respiratoires lors de contacts prolongés, partage de la pipe à maté, exposition à des sécrétions.
« C'est un virus qui ne se transmet pas tellement de personne à personne », a rappelé à l'AFP Karine Lacombe, cheffe du service des maladies infectieuses et tropicales à l'hôpital Saint-Antoine, à Paris. C'est cette contagiosité faible mais réelle qui justifie l'isolement appliqué aux contacts du MV Hondius : l'incubation pouvant atteindre 42 jours, le suivi médical est long.
Quels sont les symptômes
Il existe deux tableaux cliniques distincts. En Europe et en Asie, les hantavirus provoquent une fièvre hémorragique avec syndrome rénal : fièvre soudaine, douleurs lombaires, troubles rénaux pouvant aller jusqu'à l'insuffisance, hémorragies dans les formes graves.
Dans les Amériques — et c'est le cas du virus Andes —, le tableau est cardio-pulmonaire. Selon le document clinique du CDC, l'infection débute par une phase de trois à sept jours — fièvre, fatigue, douleurs musculaires des cuisses, des hanches et du dos, parfois maux de tête, nausées, vomissements, diarrhée — suivie d'une phase pulmonaire brutale : essoufflement, toux, accumulation de liquide dans les poumons, choc. Cette seconde phase peut conduire à la défaillance respiratoire en quelques heures.
Il n'existe ni traitement antiviral spécifique homologué, ni vaccin commercialisé en France ou en Europe. La prise en charge repose sur le soutien des fonctions vitales en réanimation : oxygénation, parfois recours à l'ECMO (oxygénation par membrane extracorporelle), équilibre hémodynamique.
Quelle mortalité
Les chiffres dépendent du syndrome. Selon l'OMS, le taux de létalité varie de moins de 1 % à 15 % pour la forme rénale d'Europe et d'Asie, et atteint jusqu'à 50 % pour la forme cardio-pulmonaire des Amériques ; le CDC retient une moyenne autour de 38 % pour cette dernière. La ministre française de la Santé, Stéphanie Rist, a évoqué une létalité « évaluée entre 30 et 40 % » pour la souche Andes, cohérente avec les données argentines et chiliennes.
Le foyer du MV Hondius
Le MV Hondius est un navire de croisière polaire de la compagnie néerlandaise Oceanwide Expeditions, spécialisé dans l'Antarctique et le sud du continent sud-américain. Il a appareillé le 1er avril 2026 d'Ushuaïa, port argentin de la pointe de la Terre de Feu d'où part la quasi-totalité des croisières antarctiques. Le cas zéro, un voyageur néerlandais passionné d'oiseaux, avait séjourné 48 heures à Ushuaïa avant d'embarquer ; sa compagne, également passagère, est morte à bord.
Le foyer s'est étendu en mer. Plus de 120 passagers ont débarqué aux Canaries le 10 mai, rapatriés ensuite dans leur pays, avant que le navire n'achève sa route à Rotterdam le 18 mai pour un débarquement final et une désinfection. Au total, le virus a fait trois morts ; sept cas ont été confirmés et un autre jugé probable, selon le décompte établi par l'AFP à la mi-mai, dans plusieurs pays européens et au Canada, tandis qu'une vingtaine d'États plaçaient des cas suspects ou contacts sous surveillance. L'OMS a maintenu un risque « faible » pour la population générale et écarté le scénario d'une « vaste épidémie », tout en prévenant qu'une incubation longue pouvait encore révéler des cas parmi les occupants du navire.
Reste une question scientifique ouverte. Les autorités de Terre de Feu assurent que le hantavirus est absent de la province depuis trente ans. Pour le vérifier, une mission de l'institut Malbran de Buenos Aires a disposé, à partir du 18 mai, jusqu'à 150 pièges autour d'Ushuaïa et dans le parc national, afin de capturer le rongeur soupçonné — le raton colilargo (Oligoryzomys longicaudatus) ou une sous-espèce proche — et d'analyser s'il est porteur du virus.
Hantavirus en France : cas, contacts, mesures
Cinq Français se trouvaient à bord. Tous ont été rapatriés par avion sanitaire vers l'hôpital Bichat, à Paris. Quatre ont été testés négatifs ; la cinquième, une femme, a développé la maladie et a été placée en réanimation sous ECMO — le seul cas confirmé d'hantavirus Andes en France.
L'arrêté du 9 mai 2026 a fixé les mesures d'urgence : isolement renforcé des cas contacts, déclaration obligatoire, suivi médical encadré. Au total, 26 personnes ont été placées en isolement : les cinq passagers du Hondius, huit voyageurs du vol Sainte-Hélène — Johannesburg du 25 avril et quatorze du vol Johannesburg — Amsterdam empruntés par la passagère néerlandaise porteuse. La ministre Stéphanie Rist a annoncé que « la totalité des cas contacts (...) présents en France » avaient été « testés négatifs, sans exception ». La page d'information du gouvernement souligne qu'aucun cas autochtone ni aucune circulation du virus n'a été détecté sur le territoire.
Comment se protéger
En métropole, le risque d'exposition à la souche Andes est nul : le rongeur vecteur n'y est pas présent. Pour les voyageurs revenant d'Argentine, du Chili, du Pérou ou de Bolivie, les autorités sanitaires recommandent de surveiller pendant six semaines l'apparition de fièvre, de fatigue, de douleurs musculaires ou d'essoufflement et, le cas échéant, d'appeler le 15 (Samu) en signalant le voyage. Avant un départ, l'Institut Pasteur conseille d'éviter les zones rurales infestées de rongeurs, de ne pas dormir à même le sol dans des cabanes mal entretenues et de ventiler les espaces clos poussiéreux avant d'y entrer. Aucun vaccin n'est disponible.
Comme d'autres maladies infectieuses émergentes — de la grippe aviaire à la résurgence d'Ebola en RDC —, le hantavirus rappelle la part animale du risque infectieux. Le foyer du Hondius en aura offert une version concentrée : une souche qui circule peu hors d'Amérique du Sud, une exposition collective à bord d'un navire isolé, une dizaine de systèmes de santé mobilisés à la fois. À Ushuaïa, l'analyse de quelques rats à longue queue tranchera une question restée ouverte : celle de savoir si le virus est, ou non, présent à la pointe de la Terre de Feu.











