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Pénurie de médicaments en France :
liste, causes et alternatives

Plus de 400 médicaments essentiels restent en rupture ou en tension en France, selon l’ANSM : antibiotiques, traitements du cœur, insulines, psychotropes. Pourquoi le pays en manque, et que faire quand votre traitement n’est plus en rayon.

Mis à jour le dimanche 28 juin 2026 — 18h57
6 min
Rayonnages d'une pharmacie française où plus de 400 médicaments essentiels restent en rupture ou en tension selon l'ANSM
Plus de 400 médicaments d'intérêt thérapeutique majeur sont en rupture ou en tension d'approvisionnement en France, selon l'ANSM.© AFP / Théo Rouby

Vous tendez votre ordonnance. Le pharmacien revient sans la boîte : rupture, pas avant deux semaines, et rien dans les officines voisines. La scène n’a plus rien d’exceptionnel.

Antibiotiques, antidépresseurs, insulines, traitements du cœur : la liste des médicaments en rupture ou en tension d’approvisionnement s’allonge depuis une dizaine d’années. Le pic de 2023 est passé, les chiffres refluent, mais le niveau reste haut. L’Agence du médicament (ANSM) en recense encore environ 400 parmi les plus essentiels. Voici lesquels, pourquoi, et ce que vous pouvez faire.

Combien de médicaments manquent, selon l’ANSM

Au 31 décembre 2024, environ 400 présentations de médicaments d’intérêt thérapeutique majeur (MITM) faisaient l’objet d’un signalement de rupture ou de risque de rupture, d’après l’étude de la DREES publiée en mars 2025. L’ANSM identifie près de 10 000 MITM sur les 17 000 présentations commercialisées en France.

La tendance s’améliore, lentement. Les signalements ont reculé d’environ un quart entre 2023 et 2024, et la baisse s’est poursuivie en 2025, sans retour à la normale. Le périmètre réel est plus large : les associations de patients évoquent de l’ordre de 5 000 médicaments indisponibles à un moment ou à un autre chaque année.

La rupture ne touche pas que les molécules rares. Antibiotiques courants, antalgiques et traitements de fond chroniques figurent en tête des signalements. Tour d’horizon par pathologie.

Les classes les plus touchées

Antibiotiques

L’amoxicilline reste l’antibiotique le plus prescrit en France. Ses formes pédiatriques, les suspensions buvables, ont connu plusieurs hivers consécutifs sous tension. L’association amoxicilline et acide clavulanique (l’Augmentin), dont le dosage 1 000 mg/125 mg, fait l’objet d’une vigilance accrue. Quand l’antibiotique habituel manque, certains médecins se rabattent sur un produit à spectre plus large, ce qui nourrit mécaniquement l’antibiorésistance.

Que faire : le pharmacien peut délivrer le générique d’un autre laboratoire, ou le médecin adapter la prescription à une molécule disponible de la même classe.

Cœur et vaisseaux

C’est la classe la plus touchée en volume. Antihypertenseurs, statines, certains anticoagulants connaissent des ruptures intermittentes. L’altéplase (Actilyse), utilisée en urgence dans l’AVC, a fait l’objet d’alertes ponctuelles à l’hôpital. Bêtabloquants, inhibiteurs de l’enzyme de conversion et sartans subissent aussi des tensions.

Que faire : ne jamais arrêter un traitement cardiovasculaire sans avis médical. Le médecin peut substituer une molécule de la même classe, à effet comparable.

Insulines et antidiabétiques

Les insulines analogues à longue durée d’action (Lantus, biosimilaire Semglee) figurent parmi les indisponibilités récurrentes depuis 2024. Les stylos préremplis manquent plus souvent que les flacons, leur conditionnement étant plus complexe à produire. Côté comprimés, l’engouement pour les agonistes du GLP-1 — l’Ozempic et le Wegovy — a un temps tendu l’approvisionnement, avant une normalisation partielle fin 2025.

Que faire : le diabétologue peut prescrire une autre insuline basale disponible ; en dépannage, le pharmacien peut délivrer un flacon plutôt qu’un stylo si le patient a des seringues adaptées.

Anticancéreux et paracétamol

Certaines chimiothérapies, dont le méthotrexate injectable, ont fait l’objet d’alertes répétées ; l’ANSM organise alors un contingentement entre hôpitaux, selon les protocoles de l’Institut national du cancer. Le paracétamol, lui, reste disponible chez l’adulte ; ses formes pédiatriques se tendent lors des pics hivernaux de gastro-entérite et de bronchiolite. L’ibuprofène et le kétoprofène prennent le relais pour la douleur et la fièvre, sauf contre-indication.

Psychotropes : la zone qui résiste

C’est le front le plus durablement tendu. En janvier 2025, l’USPO, le principal syndicat de pharmaciens d’officine, alertait sur la rupture simultanée de 14 médicaments de psychiatrie — une situation inédite par son ampleur et sa durée.

Depuis, le tableau se nuance. Les antidépresseurs les plus prescrits — sertraline, paroxétine, escitalopram — sont de nouveau disponibles, et la venlafaxine se rétablit grâce à des importations, sans couvrir tous les formats. Les tensions s’estompent début 2026, mais la chaîne reste fragile : la quétiapine 400 mg à libération prolongée, le lithium (Téralithe 250 mg) et le méthylphénidate (Ritaline) demeurent les molécules les plus surveillées. Le lithium inquiète particulièrement les psychiatres : son dosage exige un suivi sanguin régulier, et toute substitution est délicate.

Pour tenir, l’ANSM active une batterie de mesures suivies chaque semaine : déblocage des stocks de sécurité, arrêt des exportations, importations, distribution plafonnée, préparations magistrales. Ces ruptures font courir un risque de rechute à des patients stabilisés depuis des années, alors que la psychiatrie publique connaît déjà une tension structurelle et que la santé mentale est sous pression. L’arrêt brutal d’un antidépresseur, d’un antipsychotique ou d’un régulateur de l’humeur peut provoquer un syndrome de sevrage : la règle est de ne jamais interrompre seul.

Pourquoi la France manque de médicaments

Le problème est d’abord européen. Selon l’Académie nationale de pharmacie, environ 80 % des principes actifs utilisés en Europe sont fabriqués hors de l’espace économique européen, principalement en Inde et en Chine.

Cette dépendance est récente. Dans les années 1980 et 1990, la France produisait encore l’essentiel de ses principes actifs. La recherche d’économies a ensuite poussé à l’externalisation, puis à la délocalisation — un mouvement que le rapport sénatorial de 2018 sur les pénuries décrit comme l’abandon progressif d’une « activité secondaire ».

S’y ajoute une concentration extrême : pour certaines molécules anciennes, deux ou trois usines dans le monde approvisionnent toute l’Europe. Un incident industriel, un défaut de qualité ou un goulot logistique en Asie se répercute alors en quelques semaines sur les rayons des pharmacies françaises. Enfin, les prix administrés bas de nombreux médicaments anciens découragent les laboratoires de les produire en priorité. La pénurie n’est donc pas un accident : c’est la conséquence d’un modèle.

Médicament en rupture : que faire

Trois réflexes, dans l’ordre.

Ne pas arrêter seul un traitement chronique. Une boîte absente d’une officine ne veut pas dire que le médicament a disparu du circuit national. Le pharmacien est le premier interlocuteur : il peut interroger son grossiste-répartiteur, appeler une pharmacie voisine, ou solliciter un dépannage hospitalier.

Demander une adaptation au médecin. Dans la grande majorité des cas, une alternative existe : même classe, molécule voisine, ou simple ajustement de posologie. L’ANSM publie pour chaque molécule critique des recommandations de substitution mises à jour régulièrement.

Anticiper. Pour un traitement au long cours, ne pas attendre la dernière boîte. Une ordonnance de trois mois, quand la pathologie le permet, et un coup d’œil à la base de l’ANSM sur la disponibilité des produits de santé évitent bien des ruptures de continuité.

Sanctions et relocalisation : la réponse publique

Depuis septembre 2021, la loi impose aux laboratoires un stock de sécurité minimum sur les médicaments essentiels : deux mois pour la plupart, quatre mois pour ceux qui ont connu des ruptures les deux années précédentes. Le nombre de MITM soumis au stock renforcé de quatre mois est passé de 422 en 2021 à 748 en 2024.

Les sanctions, elles, restent modestes. Dans son bilan publié en avril 2026, l’ANSM fait état d’environ 755 000 euros d’amendes pour l’année 2025 ; le classement de France Assos Santé, qui isole les sanctions pour non-déclaration de rupture, n’en recense que quatre laboratoires pour 413 156 euros — des montants que l’association juge dérisoires au regard des milliers de médicaments indisponibles chaque année. En parallèle, le plan « Innovation Santé 2030 », lancé en 2021, vise à reconstruire une capacité française et européenne de production de principes actifs. Les industriels eux-mêmes situent l’horizon à cinq ou dix ans. D’ici là, la fragilité demeure, et avec elle la file d’attente au comptoir des pharmacies.

L'essentiel

  • Environ 400 médicaments d’intérêt thérapeutique majeur (MITM) restent en rupture ou en tension en France, selon l’ANSM et la DREES.
  • 80 % des principes actifs viennent d’Asie : la pénurie est structurelle, pas conjoncturelle.
  • Ne jamais arrêter un traitement seul : une alternative existe presque toujours, via le pharmacien ou le médecin.

Questions fréquentes

Comment savoir si mon médicament est en rupture de stock ?
La base de données publique de l’ANSM sur la disponibilité des produits de santé recense les ruptures et tensions déclarées, molécule par molécule, avec les dates de remise à disposition prévues. Votre pharmacien dispose des mêmes informations en temps réel via son grossiste-répartiteur : c’est le moyen le plus rapide de savoir si une boîte absente d’une officine est introuvable partout ou simplement en attente de réapprovisionnement.
Que faire si mon traitement chronique est en rupture ?
Ne jamais arrêter seul un traitement chronique. Le pharmacien peut interroger son grossiste, appeler une officine voisine ou solliciter un dépannage hospitalier. Si le médicament reste introuvable, le médecin adapte la prescription : même classe, molécule voisine ou ajustement de posologie. L’ANSM publie pour chaque molécule critique des recommandations de substitution.
Pourquoi y a-t-il autant de pénuries de médicaments en France ?
La cause est d’abord structurelle : environ 80 % des principes actifs utilisés en Europe sont fabriqués hors de l’espace économique européen, surtout en Inde et en Chine, selon l’Académie nationale de pharmacie. S’y ajoutent une concentration extrême de la production (deux ou trois usines mondiales pour certaines molécules anciennes) et des prix administrés bas qui découragent la fabrication des médicaments les moins rentables.
Quels psychotropes sont les plus difficiles à trouver ?
Les tensions s’estompent depuis le pic de 2024-2025, mais la chaîne reste fragile. Les antidépresseurs les plus prescrits (sertraline, paroxétine, escitalopram) sont de nouveau disponibles ; la quétiapine 400 mg à libération prolongée, le lithium (Téralithe 250 mg) et le méthylphénidate (Ritaline) demeurent les plus surveillés. Le lithium est suivi de près, car son dosage exige un contrôle sanguin régulier et toute substitution est délicate.
L’État sanctionne-t-il les laboratoires en rupture ?
Oui, mais modestement. Depuis septembre 2021, les laboratoires doivent constituer un stock de sécurité (deux mois, quatre pour les médicaments déjà tombés en rupture). En cas de manquement ou de non-déclaration, l’ANSM peut prononcer des amendes : son bilan 2025, publié en avril 2026, fait état d’environ 755 000 euros au total. France Assos Santé, qui isole les sanctions pour non-déclaration, n’en recense que quatre laboratoires pour 413 156 euros — des montants jugés dérisoires par les associations de patients.

Hélène Fabre

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