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Pénurie de médicaments :
400 molécules en rupture, la liste par pathologie

L'ANSM recense plus de 400 médicaments en tension ou en rupture de stock. La liste officielle est illisible. Nous l'avons traduite. Antibiotiques, anticancéreux, insulines, psychotropes : ce qui manque, ce qui va manquer, et quelles alternatives existent.

Mis à jour le jeudi 2 avril 2026 — 22h52
4 min
Caddie dans un rayon de supermarché français illustrant les tensions d'approvisionnement
Plus de 400 molécules sont en rupture ou en tension d'approvisionnement en France© AFP / Denis CHARLET

Le signal : 400 molécules, un chiffre record

Fin 2025, la France comptait environ 400 médicaments simultanément en tension ou en rupture de stock, selon la base de données de l'ANSM.

Ce chiffre, déjà historique, s'est aggravé depuis le début du conflit en Iran le 28 février 2026.

La raison est structurelle et conjoncturelle. Structurelle : 80 % des principes actifs pharmaceutiques consommés en Europe sont fabriqués en Asie (Inde, Chine, Bangladesh).

Conjoncturelle : le blocus du détroit d'Ormuz rallonge les délais de fret maritime de 4 à 8 semaines sur les routes Asie-Europe.

La liste officielle de l'ANSM existe. Elle est accessible en ligne. Mais elle est conçue pour les professionnels de santé, pas pour les patients. Nous l'avons traduite par pathologie.

Les preuves : ce qui manque, classé par pathologie

Antibiotiques (14 % des ruptures)

L'amoxicilline — l'antibiotique le plus prescrit en France — est sous surveillance renforcée depuis deux hivers consécutifs. Les formes pédiatriques (suspensions buvables) sont les plus touchées. L'amoxicilline + acide clavulanique (Augmentin) est également en tension.

L'azithromycine et la clarithromycine (macrolides) figurent parmi les 14 molécules sentinelles du plan hivernal ANSM.

La pénurie pousse les médecins à prescrire des antibiotiques à spectre plus large, accélérant le phénomène d'antibiorésistance.

Alternative : votre pharmacien peut proposer un générique d'un autre laboratoire, ou votre médecin peut adapter la prescription à une molécule disponible de la même classe.

Cardiovasculaire (30 % des ruptures)

C'est la classe la plus touchée en volume. Les antihypertenseurs, les statines et certains anticoagulants connaissent des ruptures intermittentes. L'altéplase (traitement d'urgence des AVC) a fait l'objet d'alertes ponctuelles.

Alternative : ne jamais arrêter un traitement cardiovasculaire sans avis médical. En cas de rupture, le pharmacien peut contacter le laboratoire pour identifier un lot disponible dans un autre circuit de distribution.

Système nerveux / psychotropes (20 % des ruptures)

Les antidépresseurs, les anxiolytiques et les antiépileptiques sont régulièrement en tension. L'USPO (Union des syndicats de pharmaciens d'officine) a alerté en janvier 2026 sur la rupture de 14 médicaments de psychiatrie simultanément — une situation inédite.

Dans un contexte de grande cause nationale santé mentale, la pénurie de psychotropes est un paradoxe douloureux. Les patients stabilisés depuis des années doivent changer de traitement en urgence, avec les risques de rechute que cela comporte.

Alternative : le psychiatre peut adapter la posologie ou substituer une molécule de la même famille. La continuité du suivi est essentielle — ne pas interrompre un traitement psychiatrique seul.

Insulines et antidiabétiques

Les insulines analogues longue durée (Semglee, Lantus) figurent parmi les médicaments les plus fréquemment indisponibles en 2026. Les stylos préremplis sont plus touchés que les flacons.

Alternative : le diabétologue peut prescrire une autre insuline basale disponible. En urgence, le pharmacien peut délivrer un flacon au lieu d'un stylo si le patient dispose de seringues.

Anticancéreux

Certaines chimiothérapies pédiatriques sont en rupture ou en tension. Le méthotrexate injectable (utilisé dans les leucémies et les lymphomes) a fait l'objet d'alertes. L'ANSM gère ces situations en urgence via des contingentements hospitaliers.

Alternative : les protocoles de substitution sont définis par l'Institut national du cancer (INCa) et les pharmacies hospitalières. Aucune chimiothérapie ne doit être interrompue sans accord de l'oncologue.

Paracétamol et antidouleurs

Le paracétamol (Doliprane, Efferalgan, Dafalgan) reste sous surveillance renforcée. Les formes adultes sont disponibles mais les formes pédiatriques connaissent des tensions épisodiques. L'ibuprofène et le kétoprofène sont des alternatives pour la douleur et la fièvre, sauf contre-indication.

Ce qui vient : trois réflexes en cas de rupture

1. Ne jamais arrêter un traitement chronique seul. La rupture d'un médicament ne signifie pas qu'il n'existe nulle part. Votre pharmacien est le premier interlocuteur : il peut chercher dans d'autres circuits (grossiste, pharmacie voisine, hôpital).

2. Demander une adaptation à votre médecin. Dans 85 % des cas, une alternative thérapeutique existe — même classe, molécule différente, ou ajustement de posologie. L'ANSM publie des recommandations de substitution pour chaque molécule critique.

3. Anticiper. Si vous prenez un traitement chronique, ne pas attendre la dernière boîte pour renouveler.

Demander à votre médecin une ordonnance de trois mois. Vérifier la disponibilité en amont via le site ANSM ou en appelant votre pharmacie.

Les pénuries de médicaments ne sont pas nouvelles. Elles s'aggravent depuis dix ans. Mais le conflit en Iran les a fait basculer d'un problème de pharmacien à un problème de société. Quand 400 molécules manquent simultanément dans la sixième puissance mondiale, c'est le modèle entier de production pharmaceutique qui est en question.

L'essentiel

  • Plus de 400 médicaments sont simultanément en tension ou en rupture de stock en France (ANSM)
  • Quatre classes représentent 75 % des déclarations de rupture : cardiovasculaire, nerveux, antibiotiques, digestif
  • 14 molécules sentinelles sont sous surveillance renforcée, dont l'amoxicilline et le paracétamol
  • 80 % des principes actifs sont fabriqués en Asie — le blocus d'Ormuz aggrave les délais de 4 à 8 semaines
  • Des alternatives thérapeutiques existent pour la plupart des molécules en rupture — votre pharmacien est le premier interlocuteur

Questions fréquentes

Comment savoir si mon médicament est en rupture de stock ?
L'ANSM publie une base de données en temps réel sur ansm.sante.fr/disponibilites-des-produits-de-sante/medicaments. Vous pouvez y rechercher par nom de médicament ou par substance active. Votre pharmacien a également accès à l'état des stocks via son grossiste-répartiteur et peut vous informer des délais de réapprovisionnement.
Que faire si mon traitement chronique n'est plus disponible ?
Ne jamais l'arrêter seul. Trois étapes : 1) Demander à votre pharmacien de chercher le même médicament dans un autre circuit (grossiste, pharmacie voisine, hôpital). 2) Si introuvable, contacter votre médecin pour une prescription alternative (même classe thérapeutique, molécule différente). 3) L'ANSM publie des recommandations de substitution pour chaque molécule critique — votre pharmacien peut les consulter.
Le conflit en Iran aggrave-t-il les pénuries de médicaments ?
Oui, directement. 80 % des principes actifs sont fabriqués en Asie et acheminés par voie maritime, dont une partie via le détroit d'Ormuz. Le blocus depuis le 28 février rallonge les délais de fret de 4 à 8 semaines. Les antibiotiques, les psychotropes et les chimiothérapies pédiatriques sont les plus touchés. Le stock tampon de trois mois fond progressivement.

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