936 000.
C'est le nombre de jeunes Français de 12 à 25 ans qui ont été remboursés d'au moins un médicament psychotrope en 2023. La donnée vient du rapport annuel « Charges et Produits pour 2025 » de l'Assurance Maladie, présenté le 19 juillet 2024.
144 000 de plus qu'en 2019. Une hausse de 18 % en quatre ans.
Et dans ce total, les antidépresseurs ont bondi de 60 %.
Le chiffre, sa source, son périmètre
Le rapport « Charges et Produits » est un document que l'Assurance Maladie publie chaque année. Il alimente les choix budgétaires de la Sécurité sociale pour l'exercice suivant. L'édition 2024, portant sur l'année 2023, a livré la donnée : 936 000 jeunes de 12 à 25 ans remboursés d'au moins un psychotrope sur l'année.
Le rapport suivant — « Charges et Produits pour 2026 », approuvé par le conseil de la Cnam le 3 juillet 2025 — confirme la dynamique sans actualiser le chiffre global.
Trois repères encadrent la donnée 2023.
- +5 % par rapport à 2022.
- +18 % par rapport à 2019, soit 144 000 jeunes supplémentaires.
- 62 % de filles et de jeunes femmes dans le total.
Les psychotropes regroupent quatre familles : antidépresseurs, antipsychotiques, anxiolytiques, hypnotiques. Un même jeune peut cumuler plusieurs classes au cours de l'année. Les chiffres se chevauchent.
Le détail :
- 624 000 anxiolytiques — la classe la plus consommée, deux jeunes traités sur trois.
- 384 000 antidépresseurs — la classe en plus forte progression sur quatre ans.
Les antipsychotiques et hypnotiques complètent le tableau.
Antidépresseurs 12-25 ans : +60 % entre 2019 et 2023
L'évolution est inégale selon la classe thérapeutique.
Selon l'Assurance Maladie, sur la période 2019-2023 : antidépresseurs +60 %, antipsychotiques +38 %, anxiolytiques +8 %.
La hausse globale des antipsychotiques masque des concentrations bien plus marquées. +43 % chez les 16-19 ans. +91 % chez les filles. C'est, dans cette classe, la combinaison âge-genre la plus exposée du pays.
Ce sont surtout les antidépresseurs qui tirent l'augmentation générale. La hausse peut traduire trois choses : une augmentation des cas, une médicalisation plus large, ou un meilleur accès aux soins. Les sources officielles ne tranchent pas.
18-24 ans : la dépression a presque doublé entre 2017 et 2021
Un autre chiffre cadre le contexte. Il vient de Santé publique France, et de son Baromètre Santé — une enquête nationale en population générale, conduite à intervalles réguliers.
Chez les 18-24 ans, la prévalence de l'épisode dépressif caractérisé est passée de 11,7 % en 2017 à 20,8 % en 2021. Près de 9 points en quatre ans.
Avant 2017, les éditions 2005 et 2010 du baromètre relevaient dans cette tranche d'âge une prévalence comparable à celle du reste de la population adulte. Ce n'est plus le cas depuis 2021.
La publication officielle figure dans le Bulletin Épidémiologique Hebdomadaire (BEH), numéro 2 de 2023.
Le Baromètre 2024, publié le 12 novembre 2025, prolonge la dynamique. 22 % des 18-29 ans déclarent avoir vécu un épisode dépressif caractérisé sur les douze derniers mois. Cette tranche d'âge reste la plus touchée du pays.
Enfants et adolescents : +62,58 % d'antidépresseurs entre 2014 et 2021
Une autre période. Une autre source. Le constat tient.
Le GIE EPI-PHARE — groupement scientifique réunissant la Cnam et l'ANSM — a publié pour les enfants et adolescents en France, entre 2014 et 2021, les évolutions suivantes.
- Antidépresseurs : +62,58 %
- Antipsychotiques : +48,54 %
- Hypnotiques et sédatifs : +155,48 %
Ces chiffres ont été repris par le Haut Conseil de la famille, de l'enfance et de l'âge (HCFEA) dans son rapport « Quand les enfants vont mal : comment les aider ? », adopté le 7 mars 2023.
Le HCFEA y formule un constat sec : ces niveaux de progression sont « 2 à 20 fois supérieurs » à ceux observés chez la population adulte générale sur la même période.
62 % de filles : un déséquilibre qui traverse toutes les études
La surreprésentation féminine n'apparaît pas en 2023. Elle est ancienne.
Le rapport HCFEA de mars 2023 la soulignait déjà chez les adolescentes. Les études françaises convergent.
Les causes ? Plusieurs pistes coexistent : biologiques, sociales, cliniques (les filles sont plus souvent diagnostiquées pour certains troubles). Aucune n'a, à ce jour, le statut de cause unique reconnue.
Le Covid-19, accélérateur identifié par Santé publique France
Sur la période 2019-2021, l'agence ne contourne pas le sujet. Elle qualifie la pandémie de « facteur contributif significatif » à la hausse des épisodes dépressifs chez les jeunes adultes.
Le terme exact, dans la synthèse du Baromètre 2021, parle d'une « vulnérabilité psychologique accrue des jeunes adultes en réponse à la crise sanitaire ». La hausse des délivrances de psychotropes entre 2020 et 2021 va dans le même sens.
La formulation reste prudente. Pas une cause unique, un accélérateur. La tendance à la hausse était antérieure à 2020. La pandémie l'a aiguisée chez les 18-24 ans.
Un dispositif de soins sous tension
Derrière les chiffres, la disponibilité des soins reste un point dur.
La France compte en moyenne 23 psychiatres pour 100 000 habitants en 2025 (Atlas de la démographie médicale du Conseil national de l'Ordre des médecins). Mais le déséquilibre territorial est massif : Paris affiche 60,7 psychiatres pour 100 000 habitants. Le Cantal, la Mayenne ou l'Aube, 1 ou 2.
L'Atlas note un solde positif récent — +129 psychiatres net en 2025, toutes formes d'exercice confondues. C'est la première inflexion notable depuis plus de dix ans. Insuffisante pour rééquilibrer.
La pédopsychiatrie est plus dégradée encore. Selon le rapport sénatorial n°787 du 25 juin 2025, « Santé mentale et psychiatrie : pas de "grande cause" sans grands moyens », les effectifs salariés hospitaliers exerçant en pédopsychiatrie ont reculé de 40 % entre 2010 et 2025. Sur les vingt dernières années, le nombre d'enfants et d'adolescents suivis a, dans le même temps, augmenté de 60 %. Les hospitalisations ont plus que doublé. Les soins ambulatoires ont progressé de près de 35 %.
Conséquence directe : les délais d'obtention d'un premier rendez-vous en centre médico-psychologique (CMP) s'allongent. Plusieurs mois dans la majorité des départements, parfois plus d'un an.
Les médecins généralistes restent en première ligne. Ce sont eux, dans la majorité des cas, qui repèrent une souffrance et initient un premier traitement. Une étude ancienne mais référente — la DREES, dans son Études et Résultats n° 810 de septembre 2012 — relevait déjà que 67 % des généralistes prenaient en charge au moins un patient dépressif chaque semaine.
La santé mentale a été décrétée Grande cause nationale en 2025. Le Premier ministre Sébastien Lecornu et la ministre de la Santé Stéphanie Rist ont annoncé sa prolongation pour 2026 le 27 novembre 2025.
Mon soutien psy : ce qui change vraiment
Côté outils accessibles, le dispositif Mon soutien psy a sensiblement évolué.
- Lancé en avril 2022, il offrait au départ 8 séances annuelles remboursées chez un psychologue conventionné, sur prescription médicale.
- Depuis le 15 juin 2024, le tarif de la consultation est passé de 30 à 50 euros, et l'accès au psychologue se fait sans prescription (arrêtés du 24 juin 2024 publiés au JO le 28 juin 2024).
- Le décret du 13 mai 2025 a porté à 12 séances par an le forfait remboursable.
- La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 (publiée le 30 décembre 2025) instaure le tiers payant généralisé sur la part Sécurité sociale à compter du 1er octobre 2026. Concrètement : les 30 € remboursés ne seront plus avancés par le patient. La part complémentaire (environ 20 €) reste, elle, à avancer puis à se faire rembourser.
Numéros et ressources opérationnels
- Mon soutien psy — annuaire des psychologues conventionnés, 12 séances/an, tarif 50 € (30 € remboursés Sécurité sociale).
- Fil Santé Jeunes — 0 800 235 236, anonyme et gratuit, 7j/7 de 9h à 23h. Tchat individuel chaque jour de 9h à 22h.
- 3114 — numéro national de prévention du suicide, 24h/24, 7j/7, gratuit et confidentiel. Réponse par des soignants formés.
- Médecin traitant — premier maillon pour une orientation vers un spécialiste.
- Centres médico-psychologiques (CMP) — accès gratuit, sectorisés par département. Délai variable.
- Santé publique France — dossier Santé mentale en ligne.
- Psycom — ressources santé mentale grand public.
Ce que ces chiffres disent — et ce qu'ils ne disent pas
Les données comptent des remboursements, des prescriptions, des diagnostics posés. Elles ne se prononcent pas sur le bon ou le mauvais usage des médicaments. Elles ne disent pas non plus si les jeunes vont, dans l'absolu, plus mal qu'avant.
Ce qu'elles documentent, en revanche, est précis. Le nombre de jeunes concernés augmente. La proportion de filles reste majoritaire. Les antidépresseurs sont la classe en plus forte progression. L'écart entre les 18-24 ans et le reste de la population adulte s'est creusé après 2021, et il ne s'est pas refermé depuis.
Le pourquoi sociétal — comment expliquer cette dégradation collective ? — appartient à un autre débat. Les chiffres en posent les termes, sans en tirer la conclusion.
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Sources : Assurance Maladie — Rapport « Charges et Produits pour 2025 » (19 juillet 2024) · Assurance Maladie — Rapport « Charges et Produits pour 2026 » (3 juillet 2025) · HCFEA — Quand les enfants vont mal, 7 mars 2023 · EPI-PHARE (Cnam + ANSM) · Santé publique France — BEH n° 2, 2023 · Santé publique France — Baromètre 2024 (12 novembre 2025) · Sénat — Rapport n°787 « Santé mentale et psychiatrie » (25 juin 2025) · CNOM — Atlas démographie médicale 2025 · Légifrance — Arrêté Mon soutien psy du 24 juin 2024 · DREES — Études et Résultats n° 810, septembre 2012










