- 936 000 jeunes de 12 à 25 ans remboursés d'un psychotrope en 2023, soit +18 % vs 2019 (Assurance Maladie)
- Antidépresseurs chez les 12-25 ans : +60 % entre 2019 et 2023 (Assurance Maladie)
- Prévalence des épisodes dépressifs chez les 18-24 ans : 11,7 % en 2017, 20,8 % en 2021 (Santé Publique France)
- Antidépresseurs chez les enfants et adolescents : +62,58 % entre 2014 et 2021 (EPI-PHARE, rapport HCFEA 2023)
- Les filles et jeunes femmes représentent 62 % des 12-25 ans qui ont consommé un psychotrope en 2023
936 000.
C'est le nombre de jeunes Français de 12 à 25 ans qui ont été remboursés d'au moins un médicament psychotrope en 2023, selon le rapport annuel « Charges et Produits pour 2025 » publié par l'Assurance Maladie à l'été 2024.
144 000 de plus qu'en 2019. Soit une hausse de 18 % en quatre ans.
Et dans ce total, les antidépresseurs ont bondi de 60 %.
936 000 jeunes remboursés en 2023 : la photographie de l'Assurance Maladie
Le chiffre est daté et tracé.
L'Assurance Maladie publie chaque été un rapport dit « Charges et Produits », qui alimente les choix budgétaires de la Sécurité sociale pour l'année suivante. L'édition 2024, portant sur l'exercice 2023, a livré cette donnée : 936 000 jeunes de 12 à 25 ans remboursés d'au moins un psychotrope sur l'année civile.
Trois repères chiffrés l'encadrent.
- +5 % par rapport à 2022 (évolution annuelle).
- +18 % par rapport à 2019 (144 000 jeunes supplémentaires).
- 62 % de filles et jeunes femmes dans ce total.
Les psychotropes regroupent quatre grandes familles : antidépresseurs, antipsychotiques, anxiolytiques, hypnotiques. Le chiffre 936 000 agrège au moins un remboursement dans l'une de ces catégories.
Antidépresseurs 12-25 ans : +60 % entre 2019 et 2023
À l'intérieur du total, l'évolution est inégale selon la classe thérapeutique.
Selon l'Assurance Maladie, les antidépresseurs ont progressé de 60 % chez les 12-25 ans entre 2019 et 2023. Les antipsychotiques ont augmenté de 38 %. Les anxiolytiques de 8 %.
Autrement dit, ce sont principalement les antidépresseurs qui tirent la hausse globale. La distance entre l'entrée en dépression et la prescription d'un traitement s'est raccourcie sur quatre ans.
18-24 ans : les épisodes dépressifs quasi doublés entre 2017 et 2021
Un autre chiffre éclaire le contexte. Il vient de Santé Publique France et de son Baromètre Santé, enquête nationale répétée à intervalles réguliers.
Chez les 18-24 ans, la prévalence de l'épisode dépressif caractérisé est passée de 11,7 % en 2017 à 20,8 % en 2021. Soit une progression de près de 9 points en quatre ans.
Avant cet épisode, les éditions antérieures du baromètre — 2005, 2010, 2017 — relevaient dans cette tranche d'âge une prévalence comparable à celle du reste de la population. Ce n'est plus le cas depuis 2021.
La publication officielle figure dans le Bulletin Épidémiologique Hebdomadaire (BEH), numéro 2 de 2023.
Enfants et adolescents : +62,58 % d'antidépresseurs entre 2014 et 2021
Sur une période antérieure et partiellement recouvrante, un autre constat, issu d'une autre source.
Le GIE EPI-PHARE, groupement scientifique réunissant la Caisse nationale de l'Assurance Maladie (Cnam) et l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), a livré les données suivantes pour les enfants et adolescents en France, entre 2014 et 2021.
- Antidépresseurs : +62,58 %
- Antipsychotiques : +48,54 %
- Hypnotiques et sédatifs : +155,48 %
Ces chiffres ont été repris par le Haut Conseil de la famille, de l'enfance et de l'âge (HCFEA) dans son rapport « Quand les enfants vont mal : comment les aider ? », adopté le 7 mars 2023.
Le HCFEA souligne que ces niveaux d'augmentation sont « 2 à 20 fois supérieurs » à ceux observés chez la population adulte générale sur la même période.
62 % de filles : un déséquilibre qui traverse toutes les études
Le chiffre 62 % de filles et jeunes femmes chez les 12-25 ans remboursés d'un psychotrope en 2023 n'est pas isolé.
Le rapport HCFEA de mars 2023 notait déjà la surreprésentation des adolescentes dans les prescriptions de psychotropes. Les études scientifiques françaises convergent depuis plusieurs années sur ce constat.
Les causes identifiées par la littérature médicale sont multifactorielles — biologiques, sociales, cliniques (diagnostic plus fréquent chez les filles pour certains troubles). Aucune explication unique ne fait consensus scientifique.
La COVID-19, facteur contributif identifié par Santé Publique France
Sur le point de bascule entre 2019 et 2021, Santé Publique France identifie explicitement la pandémie comme un facteur de la hausse.
Dans sa synthèse du Baromètre 2021, l'agence parle d'une « vulnérabilité psychologique accrue des jeunes adultes en réponse à la crise sanitaire ». L'augmentation des délivrances d'antidépresseurs, d'antipsychotiques, d'anxiolytiques et d'hypnotiques observée entre 2020 et 2021 est cohérente avec ce diagnostic.
La formulation officielle reste prudente : « facteur contributif significatif », pas cause unique. La tendance à la hausse est en effet antérieure à 2020, mais la pandémie l'a accélérée chez les 18-24 ans.
Un dispositif de soins sous tension
Derrière les chiffres, la disponibilité des soins reste l'un des points durs.
Le nombre de psychiatres installés en France recule depuis plusieurs années. Selon l'ordre national des médecins, la densité de psychiatres libéraux a baissé dans la majorité des départements. Les délais d'obtention d'un rendez-vous en centre médico-psychologique (CMP) s'allongent, notamment pour la pédopsychiatrie.
En première ligne, les médecins généralistes assurent une part significative du repérage et de l'initiation des traitements. Le chiffre exact de prescriptions par type de prescripteur varie selon les études et les périmètres, mais leur rôle pivot est documenté par la DREES dans ses travaux publiés en 2020 (Études et Résultats n° 810).
La déclaration de la santé mentale « Grande Cause nationale » intervient dans ce contexte.
Ressources et dispositifs d'aide
Pour les jeunes et leurs proches, plusieurs dispositifs sont opérationnels.
- Mon soutien psy : 12 séances annuelles remboursées chez un psychologue conventionné, sur orientation médicale. Dispositif lancé en avril 2022, élargi en juin 2024.
- Fil Santé Jeunes : 0 800 235 236, anonyme et gratuit, ouvert de 9 h à 23 h.
- 3114 : numéro national de prévention du suicide, 24 h/24, 7 j/7, gratuit et confidentiel.
- Médecin traitant : premier interlocuteur pour une orientation vers un spécialiste.
- Centres médico-psychologiques (CMP) : accès gratuit, sectorisé par département.
Ce que disent ces chiffres — et ce qu'ils ne disent pas
Les données sources comptent des remboursements, des prescriptions, des diagnostics. Elles ne disent pas qu'il y a « trop » ou « pas assez » de prescriptions.
Elles disent que le nombre de jeunes concernés augmente, que la proportion de filles reste majoritaire, que la classe thérapeutique en plus forte progression est celle des antidépresseurs, et que l'écart entre les 18-24 ans et le reste de la population adulte s'est creusé depuis 2021.
Le diagnostic sociétal — pourquoi les jeunes vont-ils moins bien ? — relève d'un autre débat, que les chiffres documentent sans le trancher.
À faire si vous ou un proche êtes concerné
- Mon soutien psy — Assurance Maladie
- Fil Santé Jeunes — 0 800 235 236
- 3114 — Numéro national de prévention du suicide
- Santé Publique France — Dossier Santé mentale
- Psycom — Ressources santé mentale
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