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Réseau France Santé :
2 000 maisons en bonne voie, le cahier des charges manque toujours

Plus de 1 000 maisons France Santé sont labellisées. Au rythme observé (~385 par mois), la cible Lecornu de 2 000 sera vraisemblablement tenue. Reste un cahier des charges conventionnel encore à signer — et un calendrier serré.

Mis à jour le samedi 23 mai 2026 — 14h10
8 min
Cabinet médical en zone rurale française — illustration de la lutte contre les déserts médicaux et du déploiement des maisons santé
En France, les déserts médicaux concernent près de 30 % de la population. Le Réseau France Santé vise à structurer une offre de proximité via les maisons de santé pluriprofessionnelles labellisées.© AFP / Martin BERTRAND

Mise à jour — 6 mai 2026. Le réseau France Santé, créé par la loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS) pour 2026 et doté d'une enveloppe de 130 millions d'euros, a franchi le seuil des 1 000 structures labellisées le 3 mars 2026 selon le compteur public reseau-france-sante.com. Au rythme observé sur les premiers mois (~385/mois), la cible Lecornu de 2 000 maisons « d'ici l'été 2026 » sera vraisemblablement atteinte avant juin. Reste, à cette date, un cahier des charges conventionnel non signé.

L'Essentiel
  • 1 000 structures labellisées au 3 mars 2026 (compteur public reseau-france-sante.com édité par Qadence)
  • Rythme observé : ~385 labellisations/mois entre fin 2025 et début mars 2026. Cible 2 000 d'ici l'été 2026 vraisemblablement tenue avant juin
  • Budget : 130 millions d'euros, dont un forfait de 50 000 euros par maison labellisée
  • Cinq critères socles : médecin généraliste, infirmier, ouverture cinq jours, sans dépassement, rendez-vous 48 h « si l'état le nécessite »
  • Cahier des charges conventionnel non signé au 6 mai 2026 — à défaut, arrêté ministériel

Le 3 mars 2026, le compteur public mis en ligne par la société Qadence (reseau-france-sante.com) a enregistré le franchissement du seuil de 1 000 structures labellisées. Sébastien Lecornu, dans son annonce du 31 octobre 2025, avait fixé l'objectif à 2 000 structures « d'ici l'été 2026 » et 5 000 « d'ici 2027 ».

Entre la mi-décembre 2025 (premières labellisations ARS) et le 3 mars 2026, environ 1 000 maisons ont décroché le label, soit un rythme moyen voisin de 385 par mois. Pour tenir la cible 2 000 d'ici fin juillet, il en faudrait environ 200 par mois sur les cinq mois suivants. La marge est confortable — le calendrier devrait être tenu avant juin si le rythme se maintient.

Le compteur Qadence n'est pas un outil officiel. Le ministère de la Santé n'agrège pas en temps réel. Notre lecture repose sur le recoupement de ce compteur avec les communiqués des préfectures et des Agences régionales de santé (ARS) — la source la plus fiable disponible aujourd'hui.

1 000 sur 2 000 : la photographie au 3 mars 2026

Deux régions tirent le total. Auvergne-Rhône-Alpes revendique 182 structures labellisées « fin 2025 » (ARS Auvergne-Rhône-Alpes, page du 9 février 2026). Nouvelle-Aquitaine annonce 184 structures au 15 février 2026. À elles deux, les deux régions représentent environ 37 % du total national observé au 3 mars.

L'Île-de-France est en retard sur sa cible. La région avait fixé le cap à 120 maisons d'ici le 20 décembre 2025 (ARS Île-de-France). Au 3 mars, en cumulant les communiqués départementaux disponibles : 19 en Seine-Saint-Denis, 16 dans les Yvelines, 15 à Paris, 14 dans les Hauts-de-Seine. Soit 64 maisons sur les 120 visées, environ 53 %. La cible francilienne n'est pas tenue à la date promise.

Côté rural, une signature symbolique en avril 2026 : la maison de santé pluriprofessionnelle de Pierrefort, dans le Cantal, a été officiellement labellisée (préfecture du Cantal). Calvados, Eure, Morbihan se situent à 15-16 chacun. Puy-de-Dôme à 15. Isère à 11.

L'écart entre rythme observé et rythme requis est important : ~385 par mois sur les premiers mois, contre ~200 par mois nécessaires sur mars-juillet pour atteindre 2 000. La seconde moitié du parcours sera plus exigeante — les départements urbains à forte densité médicale ont déjà été couverts en priorité, le solde se situe principalement en zones rurales où la première contrainte (médecin généraliste avec patientèle médecin traitant) est plus difficile à satisfaire.

130 millions d'euros, un forfait de 50 000 par maison

L'enveloppe budgétée par la LFSS 2026 s'élève à 130 millions d'euros. Verbatim Lecornu, le 31 octobre 2025 dans Banque des Territoires : « On va modifier le projet de loi de financement de la sécurité sociale avec une somme de 130 millions d'euros ». À l'échelle d'une structure, l'aide prend la forme d'un forfait de 50 000 euros.

Le calcul donne la marge théorique : 130 M€ ÷ 50 000 = 2 600 structures finançables, soit 30 % au-dessus de l'objectif 2 000 visé pour l'été 2026. L'enveloppe budgétaire ne contraint donc pas le déploiement ; le facteur limitant reste l'identification de structures cochant l'ensemble des cinq critères socles.

L'usage exact des 50 000 euros n'est pas tranché. Lecornu : « Les 50.000 euros pourront être employés pour venir protéger ». La phrase tronquée renvoie aux modalités du cahier des charges conventionnel — précisément ce qui n'est pas signé.

Note de chiffres : l'ARS Nouvelle-Aquitaine, sur sa page du 5 mars 2026, mentionne 50 millions d'euros. Ce chiffre paraît être une approximation régionale. Le total LFSS 2026 reste 130 M€ selon les sources concordantes (Banque des Territoires, ARS Île-de-France 23 décembre 2025).

Cinq critères socles, dont un qui mérite la lecture lente

Pour être labellisée, une structure doit cocher les cinq critères socles énumérés par l'ARS Nouvelle-Aquitaine :

  1. la présence d'un médecin généraliste disposant d'une patientèle médecin traitant
  2. la présence d'un infirmier, au sein de la structure ou à proximité
  3. une ouverture au public au moins cinq jours par semaine
  4. l'absence de dépassements d'honoraires
  5. la capacité à proposer un rendez-vous dans les 48 heures « lorsque l'état de santé du patient le nécessite » ou à le réorienter, et la participation au service d'accès aux soins (SAS) ou à la permanence des soins ambulatoire (PDSA)

Le cinquième critère mérite une lecture attentive. La promesse politique de Lecornu — « obtenir un rendez-vous médical sous 48 heures si son état de santé le nécessite » — est encadrée dans la rédaction officielle par la possibilité d'une réorientation vers une autre structure du réseau. La labellisation n'ouvre donc pas un droit à un rendez-vous mais un droit à une réponse, laquelle peut consister à orienter vers une autre structure.

L'engagement complémentaire que le ministère met en avant : « une réponse de santé à moins de 30 minutes du domicile ». C'est cette promesse de maillage territorial qui se mesurera, à l'arrivée, dans la couverture rurale.

ARS, CPAM, préfets : qui labellise quoi

Le pilotage est tripartite. Verbatim ARS Île-de-France : « Les Agences régionales de santé et les caisses primaires d'assurance maladie (CPAM), en lien avec les préfets, sont chargées de coordonner leur déploiement ». L'ARS instruit. La CPAM cofinance. Le préfet officialise par arrêté.

Sébastien Lecornu, le 31 octobre 2025, fixait une cible territoriale : « globalement 15 à 20 maisons France Santé qui soient agréées d'ici à Noël par département ». À ce stade, peu de départements ont atteint la cible haute. La Seine-Saint-Denis (19), les Yvelines (16), le Morbihan (16) s'en approchent. D'autres traînent à 11 (Isère). Et certains, qui n'ont pas encore communiqué, sont probablement à zéro.

Le cahier des charges conventionnel est attendu pour 2026. Il sera négocié entre les ministères et les organisations représentatives des professionnels de santé. À défaut d'accord, le ministère pourra fixer les éléments conventionnels par arrêté. Le flou pèse sur les structures candidates : sans modalités précises, certaines reportent leur demande.

« Une invention déconnectée du terrain »

Force ouvrière a publié le 28 octobre 2025 une lecture sans détour : « Réseau France Santé : une nouvelle invention gouvernementale déconnectée du terrain ! ». Le syndicat reproche au dispositif son recyclage de structures déjà existantes — maisons et pôles pluriprofessionnels, centres de santé, hôpitaux de proximité — sous un label qui changerait peu la réalité de l'accès aux soins.

Le ministère, lui, défend une promesse mesurable : la « réponse de santé à moins de 30 minutes du domicile ». La lecture qu'on en fera dépendra du nombre de communes où le label aura un effet observable d'ici juillet — et du sort des départements ruraux où la patientèle médecin traitant est rare. Au Cantal, à la Creuse, en Lozère, la première contrainte du critère socle (médecin généraliste avec patientèle) constituera le filtre déterminant.

Ce qu'on regarde maintenant

  • Le respect effectif de la cible 2 000 d'ici juillet 2026 (probable au rythme actuel, à confirmer à chaque mise à jour du compteur Qadence)
  • La date de signature du cahier des charges conventionnel
  • Le rattrapage d'Île-de-France après les 64 maisons cumulées au 3 mars sur les 120 visées
  • La couverture des départements ruraux à patientèle médecin traitant rare
  • L'usage concret du forfait 50 000 euros (équipement, embauche, télémédecine ?)

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Sources : Banque des Territoires — Lecornu 31/10/2025, ARS Île-de-France 23/12/2025, ARS Nouvelle-Aquitaine 5/03/2026, ARS Auvergne-Rhône-Alpes 9/02/2026, Compteur Qadence reseau-france-sante.com, Maire-Info — adoption PLFSS, Préfecture du Cantal — Pierrefort, Force ouvrière — communiqué.

L'essentiel

  • 1 000 structures labellisées au 3 mars 2026 (compteur public reseau-france-sante.com édité par Qadence). Au rythme observé (~385/mois entre fin 2025 et début mars), la cible 2 000 d'ici l'été 2026 sera vraisemblablement tenue avant juin
  • Budget LFSS 2026 : 130 millions d'euros, dont un forfait de 50 000 euros par maison labellisée (verbatim Lecornu, 31 octobre 2025, Banque des Territoires)
  • Île-de-France : 64 maisons cumulées au 3 mars sur 120 visées d'ici le 20 décembre 2025, soit ~53 %. La cible régionale n'est pas tenue. Auvergne-Rhône-Alpes : 182 fin 2025. Nouvelle-Aquitaine : 184 au 15 février 2026
  • Cinq critères socles : médecin généraliste avec patientèle médecin traitant, infirmier (sur place ou à proximité), ouverture cinq jours, sans dépassement d'honoraires, rendez-vous 48 h « si l'état le nécessite » ou réorientation
  • Cahier des charges conventionnel non signé au 6 mai 2026 — à défaut d'accord, fixation par arrêté ministériel

Questions fréquentes

Combien de Maisons France Santé sont labellisées en France ?
Le compteur public reseau-france-sante.com (édité par la société Qadence) affichait 1 000 structures labellisées au 3 mars 2026. Le ministère de la Santé n'a pas, à ce stade, publié de tableau agrégé en temps réel — les chiffres se reconstituent par recoupement des communiqués des préfectures et des ARS régionales. Au rythme observé (~385 labellisations/mois entre fin 2025 et début mars 2026), la cible 2 000 « d'ici l'été 2026 » sera vraisemblablement atteinte avant juin. Nouvelle-Aquitaine en revendique 184 (15 février 2026), Auvergne-Rhône-Alpes 182 (fin 2025).
Quel budget l'État consacre-t-il au réseau France Santé en 2026 ?
130 millions d'euros, selon la déclaration de Sébastien Lecornu du 31 octobre 2025 (Banque des Territoires) et les communications de l'ARS Île-de-France. Cette enveloppe finance notamment un forfait de 50 000 euros par maison labellisée. Le calcul donne une marge théorique de 2 600 structures finançables, soit 30 % au-dessus de l'objectif 2 000 visé pour l'été 2026.
Qui peut être labellisé Maison France Santé ?
Toute structure remplissant cinq critères socles : présence d'un médecin généraliste disposant d'une patientèle médecin traitant, présence d'un infirmier (sur place ou à proximité), ouverture au moins cinq jours par semaine, absence de dépassement d'honoraires, capacité à proposer un rendez-vous sous 48 heures si l'état le nécessite (ou à réorienter le patient) et participation au service d'accès aux soins (SAS) ou à la permanence des soins ambulatoire (PDSA). Maisons et pôles de santé pluriprofessionnels, centres de santé, hôpitaux de proximité ou cabinets médicaux peuvent prétendre au label.
Comment savoir si une structure près de chez moi est labellisée ?
Aucun annuaire officiel national n'existe au 6 mai 2026. La carte interactive reseau-france-sante.com (privée, mise à jour 3 mars 2026) recense les structures labellisées par catégorie et localisation. Les communiqués des préfectures et des ARS régionales détaillent les labellisations département par département — c'est la voie la plus précise à ce jour.
Que signifie vraiment le « rendez-vous sous 48 heures » du label ?
Pas un droit absolu. La rédaction exacte du critère (ARS Nouvelle-Aquitaine) précise que la structure labellisée doit « proposer un rendez-vous dans les 48 heures lorsque l'état de santé du patient le nécessite » ou « le réorienter ». L'appréciation est médicale ; la réorientation vers une autre structure du réseau est prévue en cas d'impossibilité. La promesse politique de Lecornu (« 48 heures si l'état le nécessite ») se traduit donc en droit à une réponse, pas à un rendez-vous.

Helene Fabre

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