Quand un hôpital déborde, qu'un cyclone ravage un territoire d'outre-mer ou qu'une canicule sature les urgences, l'État dispose d'un renfort qu'on oublie souvent : la réserve sanitaire. Derrière ce nom un peu militaire se cache un vivier de soignants volontaires, prêts à partir en mission là où le système de santé craque. Voici comment elle fonctionne.
Qu'est-ce que la réserve sanitaire ?
La réserve sanitaire est un corps de professionnels de santé volontaires, que les pouvoirs publics peuvent mobiliser pour répondre à une catastrophe, une urgence ou une menace sanitaire grave, lorsque l'événement dépasse les moyens habituels des hôpitaux, des collectivités ou des agences régionales de santé. Elle a été créée par la loi du 5 mars 2007, dans le sillage de la canicule de 2003 et de l'épidémie de SRAS, pour donner à l'État une capacité de renfort rapide.
Sa gestion a d'abord été confiée à un établissement dédié, l'EPRUS, intégré depuis 2016 à Santé publique France. C'est cette agence nationale qui, pour le compte de l'État, recense les réservistes, lance les appels et organise les missions.
Qui peut devenir réserviste ?
Le réservoir est large. Peuvent s'inscrire les professionnels de santé — médecins, infirmiers, aides-soignants, sages-femmes, psychologues, pharmaciens, mais aussi ingénieurs en santé publique ou secrétaires médicaux. Ils peuvent être salariés du public ou du privé, travailleurs indépendants ou retraités, dans une certaine limite de temps après la fin de leur activité. Les étudiants en santé et les internes en médecine ou en pharmacie peuvent eux aussi rejoindre la réserve. Le principe reste le volontariat : on ne réquisitionne pas un réserviste, on l'appelle.
Quand et où est-elle mobilisée ?
La réserve intervient en appui, jamais à la place des équipes en poste, dès qu'une situation exige des bras supplémentaires : dans un hôpital ou un Ehpad sous tension, au sein d'une agence régionale de santé, dans un centre de santé, et parfois auprès d'une ambassade ou d'une organisation internationale. On l'a vue à l'œuvre lors des cyclones et épidémies d'outre-mer, pendant la pandémie de Covid-19, ou pour épauler des hôpitaux à bout de souffle. Lors des fortes vagues de chaleur, sa mobilisation accompagne la montée en charge du système de soins.
Comment se déroule une mission ?
Le mécanisme tient en quelques étapes. Santé publique France diffuse un appel à mission précisant le lieu, les compétences recherchées et les dates ; les réservistes intéressés se portent candidats. S'ils sont retenus, ils doivent en principe obtenir l'accord de leur employeur — sauf s'ils posent des congés ou un congé sans solde, auquel cas cette autorisation n'est pas nécessaire. Le réserviste part alors avec un ordre de mission, est indemnisé, et son absence comme la couverture des accidents du travail sont prises en charge par l'agence, qui dédommage le cas échéant l'employeur. Une réponse rapide est attendue : un poste laissé vacant doit pouvoir être proposé à un autre candidat.
Pensée pour les grandes crises, la réserve sanitaire est devenue un rouage discret mais récurrent du dispositif de secours. Son efficacité tient à un pari : que des soignants, déjà très sollicités, trouvent le temps de venir en renforcer d'autres quand le pays en a besoin.











