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Enfants abandonnés au Portugal :
la mère et son compagnon placés en détention provisoire

Le tribunal de Setubal a placé en détention provisoire la mère française (41 ans) et son compagnon (55 ans), soupçonnés d'avoir abandonné deux jeunes enfants au bord d'une route portugaise. L'homme est aussi accusé de coups et blessures aggravés sur l'un d'eux.

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Un véhicule de la gendarmerie portugaise transportant une Française et son compagnon soupçonnés d'avoir abandonné deux enfants, arrivent au tribunal de Setúbal, le 23 mai 2026
Un véhicule de la gendarmerie portugaise transportant une Française et son compagnon soupçonnés d'avoir abandonné deux enfants, arrivent au tribunal de Setúbal, le 23 mai 2026© AFP / FILIPE AMORIM

Le tribunal de Setubal, à une cinquantaine de kilomètres au sud de Lisbonne, a placé en détention provisoire le 23 mai 2026 la mère française des deux enfants retrouvés au bord d'une route portugaise, âgée de 41 ans, et son compagnon de 55 ans. Les faits retenus contre le couple sont la « mise en danger ou abandon » ; l'homme est également accusé d'un crime de « coups et blessures aggravés » sur l'un des enfants, a précisé l'instance dans un second communiqué.

Les garçonnets de quatre et cinq ans avaient été retrouvés le mardi précédent, assis en pleurs au bord de la nationale 253, et le couple interpellé deux jours plus tard à Fatima. Depuis, les deux enfants sont rentrés en France, confiés à des membres de leur famille ; la justice portugaise, elle, a choisi de garder la main sur le couple avant toute remise à la France.

La décision du tribunal de Setubal

Le tribunal a rendu sa décision à l'issue de l'interrogatoire judiciaire du couple, commencé la veille. La mère, identifiée par les initiales Marine R., et son compagnon Marc B. sont placés en détention provisoire — la mesure la plus lourde dont disposent les magistrats portugais au stade de l'instruction, généralement prononcée en cas de risque de fuite, de récidive ou d'entrave à l'enquête. Le crime de « coups et blessures aggravés » imputé à l'homme concerne l'un des deux enfants ; le tribunal n'a précisé ni lequel, ni la nature exacte des faits.

Un véhicule de la gendarmerie portugaise transportant une Française et son compagnon soupçonnés d'avoir abandonné deux enfants, arrivent au tribunal de Setúbal, le 23 mai 2026
Un véhicule de la gendarmerie portugaise transportant une Française et son compagnon soupçonnés d'avoir abandonné deux enfants, arrivent au tribunal de Setúbal, le 23 mai 2026 AFP / FILIPE AMORIM

Peu après l'annonce de la décision, le couple a quitté les lieux à bord d'un fourgon de la gendarmerie, sorti directement du garage du tribunal.

La découverte des enfants au bord de la nationale 253

Les deux frères ont été retrouvés le mardi 19 mai au soir sur la route nationale 253, qui relie la ville d'Alcacer do Sal à la station balnéaire de Comporta, à une centaine de kilomètres au sud de Lisbonne. C'est un automobiliste qui les a repérés, assis en pleurs au bord de la route, avant de les emmener auprès de sa famille.

Deux policiers devant l'entrée du tribunal de Setubal, au Portugal, le 22 mai 2026
Deux policiers devant l'entrée du tribunal de Setubal, au Portugal, le 22 mai 2026 AFP / FILIPE AMORIM

Selon le récit livré à l'AFP par la mère de cet homme, un boulanger local, les enfants ont raconté à une personne francophone, contactée pour faciliter la communication, que leur mère avait « disparu » après leur avoir bandé les yeux en leur faisant croire qu'il s'agissait d'un jeu.

Interpellation à Fatima, deux jours plus tard

Le couple a été interpellé le jeudi 21 mai à Fatima, ville de pèlerinage du centre du Portugal. Selon le lieutenant-colonel Carlos Canatario, porte-parole de la gendarmerie portugaise, interrogé par la télévision SIC, les deux Français ont montré « une certaine forme de détachement par rapport à la situation. Ils ont eu une attitude très distante ». À leur arrivée au tribunal de Setubal le vendredi soir, pour la première partie de leur interrogatoire judiciaire, l'homme a crié à deux reprises « Je vous aime » en direction des journalistes, pendant que sa compagne entonnait une mélodie pouvant faire penser à un cantique ; à sa sortie, il s'est mis à hurler, notamment « Armageddon ».

Le profil du couple

De nombreuses interrogations pèsent sur le profil des deux Français. La mère, récemment installée à Colmar (Haut-Rhin), travaillait dans le milieu hospitalier, selon le maire de la ville, Éric Straumann, qui a assuré qu'il « n'y avait aucun signalement sur des problèmes sociaux ou de comportement avec les gamins ». Elle se présente sur les réseaux sociaux comme une « sexologue spécialisée en pratiques corporelles, dynamique développementale et soins spécifiques des traumatismes ». Son compagnon, un ancien adjudant de gendarmerie qui a quitté ce corps à sa demande en 2010, relaie sur ses comptes des publications complotistes et antisémites, selon l'AFP.

Le mandat d'arrêt européen et la chronologie

Les autorités françaises, qui ont émis un mandat d'arrêt européen, recherchaient la mère et les enfants depuis le 11 mai, quand le père avait signalé leur disparition depuis Colmar. « Les enfants résidaient avec leur mère, le père disposant d'un droit de visite limité et supervisé », a précisé le tribunal de Setubal. Le parcours du trio pendant ces deux semaines — jusqu'à la zone touristique de Comporta, puis Fatima — reste à éclaircir par les enquêteurs.

Enfants rentrés en France, remise du couple différée

Placés dans un premier temps dans une famille d'accueil portugaise, les deux garçons sont rentrés en France le 30 mai. Ils ont été pris en charge par des membres de leur famille, dans le cadre des dispositifs français de protection de l'enfance.

Pour leurs aînés, la justice portugaise a tranché fin juin : la cour d'appel d'Évora a refusé à ce stade d'exécuter le mandat d'arrêt européen — le 18 juin pour le compagnon, le 23 juin pour la mère —, le Portugal entendant juger d'abord les faits commis sur son territoire. La cour a en revanche accepté le principe de remettre ultérieurement la quadragénaire aux autorités françaises, afin qu'elle puisse être poursuivie en France pour les faits qui n'y relèvent pas de la justice portugaise. Une position dans la ligne de l'affaire Cédric Prizzon, ce Français soupçonné d'avoir tué sa compagne et son ex-compagne dans le nord du Portugal, en détention provisoire depuis fin mars, dont Lisbonne a également refusé la remise à la France au motif que les crimes reprochés ont été commis sur son sol.

Les deux garçonnets, eux, ont retrouvé la France. Leur mère et son compagnon, présumés innocents des faits qui leur sont reprochés, attendent d'abord la justice portugaise.

L'essentiel

  • Le tribunal de Setubal a placé en détention provisoire, le 23 mai 2026, la mère des deux enfants, 41 ans, et son compagnon, 55 ans, pour « mise en danger ou abandon » ; l'homme est également poursuivi pour « coups et blessures aggravés » sur l'un des garçons.
  • Les deux frères de quatre et cinq ans, retrouvés en pleurs au bord de la nationale 253 le 19 mai, sont rentrés en France le 30 mai et ont été confiés à des membres de leur famille.
  • Fin juin, la cour d'appel d'Évora a refusé à ce stade d'exécuter le mandat d'arrêt européen, le Portugal jugeant d'abord les faits commis sur son territoire, tout en acceptant le principe d'une remise ultérieure de la mère à la France.

Thomas Renaud

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