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Un test sanguin pour dépister 50 cancers :
la promesse à l'épreuve

Un test sanguin capable de repérer des dizaines de cancers avant les symptômes : le plus grand essai jamais mené vient de livrer ses résultats. Prometteurs, mais loin de la révolution annoncée.

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Illustration de la recherche médicale sur l'ADN
Le test cherche dans le sang l'ADN relâché par les tumeurs, un signal partagé par une cinquantaine de cancers.© AFP

Une simple prise de sang pour repérer des dizaines de cancers avant le moindre symptôme : la promesse est spectaculaire, et elle vient d'être soumise à son épreuve la plus sérieuse. Le test Galleri, mis au point par l'entreprise américaine GRAIL, a été évalué au Royaume-Uni sur 142 000 personnes de 50 à 77 ans. Ses résultats, présentés en 2026, sont prometteurs — mais loin de la révolution vendue.

Des cancers repérés plus tôt

Le principe : le test traque, dans le sang, des fragments d'ADN relâchés par les tumeurs, un signal commun à une cinquantaine de cancers dont beaucoup n'ont aucun dépistage de routine. Sur les trois campagnes annuelles de l'essai, il a été positif chez 0,91 % des participants et a conduit à diagnostiquer un cancer chez 0,48 % d'entre eux. Il s'est surtout montré très précis : une spécificité de 99,55 %, soit à peine 0,45 % de faux positifs, et une valeur prédictive positive de 52 % — un résultat positif sur deux correspondait bien à un cancer.

Les bénéfices cliniques existent. Chez les personnes testées, les diagnostics au stade IV — le plus avancé — ont reculé de 22 à 26 % pour douze cancers ciblés, et les cancers découverts en urgence, aux portes des services hospitaliers, ont diminué d'un quart. Repérer plus tôt pour traiter mieux : c'est tout l'argument du projet.

Mais l'objectif principal n'est pas atteint

C'est là que la démonstration se fissure. L'essai s'était fixé un but précis : réduire globalement le nombre de cancers découverts à un stade avancé. Ce critère principal n'a pas été rempli. Le test reste peu performant pour les tumeurs précoces, dont le signal dans le sang est trop discret pour son seuil de détection. Les chercheurs qui ont piloté l'essai parlent eux-mêmes d'un « travail en cours ».

S'ajoutent les revers propres à tout dépistage. Un test positif enclenche une série d'examens, source d'angoisse et parfois inutiles. Et il expose au surdiagnostic : détecter des tumeurs qui n'auraient jamais menacé la vie, mais qu'on traitera tout de même, avec leurs effets secondaires. Un dépistage ne vaut que s'il évite plus de morts qu'il ne cause de dommages — et cette preuve-là, l'essai ne l'apporte pas encore.

En France, un test qu'on achète

L'écart entre la promesse commerciale et les données scientifiques appelle à la prudence, d'autant que ces tests se diffusent vite. En France, aucun dépistage multi-cancer par prise de sang n'est recommandé ni remboursé par l'Assurance maladie : le recours relève d'une démarche individuelle et payante, à discuter avec son médecin. Rien à voir avec les actes intégrés au parcours de soins et pris en charge, de l'IVG aux dépistages organisés du sein et du côlon.

Le test Galleri n'est donc pas encore l'avancée décisive que son marketing laisse entendre. Il déplace le moment où l'on repère certains cancers, ce qui n'est pas rien ; il n'a pas démontré qu'il réduisait, in fine, la mortalité. La prise de sang qui dépiste tout reste une piste sérieuse — pas encore une révolution.

L'essentiel

  • Les résultats du grand essai britannique NHS-Galleri (142 000 personnes), présentés en 2026, montrent que le test sanguin détecte des cancers plus tôt et réduit les diagnostics au stade IV pour douze cancers.
  • Mais l'essai n'a pas atteint son objectif principal — faire reculer globalement les cancers découverts tard — et reste peu performant sur les tumeurs précoces ; les chercheurs parlent d'un « travail en cours ».
  • En France, ce dépistage n'est ni recommandé ni remboursé : il relève d'une démarche individuelle et payante, avec le risque de faux positifs, d'examens en cascade et de surdiagnostic.

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