Le chiffre est tombé le 10 septembre au matin : 16,96 degrés de température moyenne de l'air sur la planète en août. C'est le mois le plus chaud jamais mesuré, tous mois confondus, depuis que le service européen Copernicus tient ses relevés, en 1940. Le précédent record, juillet 2023, affichait 16,95 degrés : l'écart est si fin que Copernicus classe les deux à égalité.
« Les humains n'ont pas connu des températures aussi élevées qu'aujourd'hui depuis, selon toute vraisemblance, au moins cent mille ans », a commenté Samantha Burgess, du Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme.
Ce que l'été a laissé derrière lui
Pour l'Europe occidentale, cet été est le plus chaud de son histoire mesurée, devant celui de 2003. Sur l'ensemble du continent, il arrive troisième. La nuance compte : la chaleur ne s'est pas répartie également.
Copernicus relève aussi, pour août, des pluies faibles, une humidité des sols exceptionnellement basse et des débits de rivières bas dans une grande partie de l'Europe. Les pluies de fin de mois ont provoqué des inondations localisées sans changer grand-chose au fond. La température de surface des océans hors régions polaires a été la plus élevée jamais enregistrée pour un mois d'août, et elle a égalé le record absolu de mars 2024 — nous avions raconté ce que la chaleur fait aux océans.
Le coût humain, lui, se compte encore. Plus de trente mille décès en excès ont été enregistrés en Europe à la fin août, selon les données provisoires des autorités de santé et de la plateforme EuroMomo, qui rassemble les remontées de vingt-trois pays.
Pourquoi un mois au-dessus ne franchit pas la limite
En août, la température moyenne mondiale a dépassé de 1,65 degré celle de l'époque préindustrielle. C'est plus que la limite la plus ambitieuse de l'accord de Paris. Ce n'est pas pour autant le franchissement de cette limite.
La raison est simple : la limite de Paris ne se mesure pas sur un mois, mais sur une moyenne longue, de plusieurs années. Un mois peut passer au-dessus et redescendre, comme cela s'était produit pour la dernière fois en novembre 2025. Le réchauffement réel, lui, est aujourd'hui d'environ 1,4 degré par rapport à la période 1850-1900.
Un phénomène naturel s'ajoute cette année à la tendance de fond : El Niño, qui réchauffe cycliquement la surface des océans. « Le changement climatique rend chaque épisode El Niño plus chaud », résume Friederike Otto, climatologue à l'Imperial College de Londres.
Le rapport qui change la question
Le 2 septembre, le Programme des Nations unies pour l'environnement a publié un rapport qui, selon l'Agence France-Presse, affirme sans équivoque que l'objectif ne sera pas atteint et que « le défi n'est plus d'éviter le dépassement, mais de le gérer ».
Ce n'est pas la première fois qu'on l'entend : le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, l'avait admis l'an dernier. C'est la première fois qu'une agence de l'ONU consacre un rapport aux moyens de limiter les dégâts une fois la limite franchie.
« Il est important pour les décideurs politiques de prendre conscience que les règles du jeu ont changé », a déclaré Debra Roberts, coauteure du rapport. « Nous devons désormais repenser notre gouvernance climatique pour faire face à une trajectoire de dépassement. Aucun de nos plans n'est préparé à cela. »
Redescendre suppose une technique qui n'existe presque pas
Le rapport décrit une trajectoire en cloche : monter au-dessus de la limite, puis redescendre. Pour la seconde partie, il juge essentiel le piégeage du dioxyde de carbone — extraire le carbone de l'air et le stocker — en parallèle de réductions rapides et profondes des émissions.
C'est là que le raisonnement devient fragile. Le piégeage du carbone ne joue aujourd'hui qu'un rôle infime. « La seule façon de minimiser les dégâts est de réduire les émissions dès maintenant, et non de retarder l'action avec des solutions technologiques spéculatives », a critiqué Lili Fuhr, du Centre pour le droit international de l'environnement.
Autrement dit : la promesse de redescendre repose sur des moyens qui restent à construire, et cette promesse peut servir d'argument pour différer l'effort immédiat. C'est exactement ce que redoutent les organisations qui ont réagi au rapport.
Ceux pour qui le dépassement n'est pas une abstraction
« Nous savons avec certitude que le changement climatique touche de manière disproportionnée les pays du Pacifique. Les coûts que nous devons supporter à Tuvalu sont sans commune mesure avec ceux des autres pays », a réagi Maina Talia, ministre du Climat de cet État menacé par la montée des eaux. Tina Stege, envoyée spéciale des îles Marshall pour le climat, décrit « un courant très puissant qui nous entraîne vers des eaux très dangereuses ».
Ce que les scientifiques redoutent au-delà de la limite n'est pas seulement une chaleur plus forte, mais le franchissement de points de bascule : des mécanismes qui, une fois enclenchés, ne se rattrapent pas à l'échelle humaine. L'effondrement des calottes glaciaires en fait partie.
« Il n'y aura aucune issue favorable si nous restons au-dessus de 1,5 degré », a résumé Inger Andersen, directrice exécutive du Programme des Nations unies pour l'environnement, en insistant sur la nécessité de s'adapter. C'est ce que la France a commencé à faire, en se préparant à un pays plus chaud de quatre degrés.
Ce qui est établi, contesté ou inconnu
Établi — Les records d'août, l'été européen, l'humidité des sols et les débits des rivières, relevés le 10 septembre dans le bulletin mensuel de Copernicus. Le réchauffement d'environ 1,4 degré depuis 1850-1900, et la règle selon laquelle la limite de Paris se mesure en moyenne longue et non sur un mois. Les déclarations citées, rapportées par l'Agence France-Presse, et le contenu du rapport des Nations unies, présenté dans le communiqué du Programme des Nations unies pour l'environnement.
Contesté — L'utilité du piégeage du carbone dans une trajectoire de dépassement : le rapport le juge essentiel, plusieurs organisations y voient une manière de différer la réduction des émissions.
Inconnu à cette date — L'année exacte où la moyenne longue franchira la limite, la durée du dépassement, et le niveau maximal qu'il atteindra : 1,8 degré dans le scénario le plus favorable du rapport des Nations unies, davantage dans la plupart des autres.











