Treize jours d'avance sur la moyenne des cinq dernières années : la moisson de blé s'est expédiée cet été à une vitesse hors norme. Au 6 juillet, 59 % des parcelles de blé tendre étaient déjà récoltées à l'échelle nationale, selon l'observatoire Céré'Obs de FranceAgriMer — la Nouvelle-Aquitaine avait pratiquement fini (99 %), l'Occitanie et le Centre-Val de Loire suivaient de près, quand les Hauts-de-France commençaient à peine. Derrière la vitesse, les rendements décrochent.
Le service statistique du ministère de l'Agriculture, Agreste, a livré le 15 juillet ses premières estimations : 32 millions de tonnes de blé tendre attendues, en retrait de 4 % sur un an. Les surfaces semées avaient pourtant augmenté de 3 %, à 4,6 millions d'hectares, mais chaque hectare a donné nettement moins — 69,3 quintaux en moyenne, contre 74,2 l'an dernier. Le 15 septembre, la note suivante a encore abaissé l'estimation, à 31,7 millions de tonnes pour un rendement moyen de 68,6 quintaux.
Pourquoi la moisson s'est jouée si tôt
La réponse tient aux canicules qui se succèdent depuis juin. La vague de la fin juin, « la plus intense » jamais mesurée dans le pays selon Météo-France, a été suivie d'une deuxième vague dès le début juillet. Or la chaleur en fin de cycle précipite la maturité des céréales : Agreste évoque une « dégradation des conditions de culture en fin de cycle avec les épisodes caniculaires successifs », qui a pesé sur le remplissage des grains. Les chantiers ont pris de l'avance partout. « Je n'avais encore jamais battu du blé au 25 juin ! », raconte à la presse agricole Jérôme Régnault, agriculteur à Plaisir, dans les Yvelines, qui pensait avoir signé un record de précocité l'an dernier — largement dépassé cette année.
La chaleur a aussi asséché la rosée du matin, qui régule habituellement les journées de récolte, et imposé des restrictions d'eau dans plusieurs départements.
Un blé à deux vitesses selon les régions
La moyenne nationale masque des écarts béants. D'après la presse agricole spécialisée, le Poitou-Charentes et la Vendée perdent autour de 17 % de rendement, la Charente-Maritime et les Deux-Sèvres tombent vers 50 quintaux par hectare — près de 30 % sous leur niveau de 2025 —, quand les Hauts-de-France, moissonnés plus tard, frôlent leurs 90 quintaux habituels. La qualité, elle, tient : poids spécifiques bons à très bons, protéines correctes. Mais elle ne suffit pas à sauver les comptes : les résultats économiques s'annoncent « catastrophiques dans les secteurs de zones intermédiaires aux sols superficiels », prévient Benoît Piétrement, représentant de la filière céréalière à FranceAgriMer, dans les colonnes de Réussir.
Le maïs, victime la plus exposée
Le blé d'hiver, semé à l'automne, avait au moins bouclé l'essentiel de son cycle avant les pires chaleurs. Le maïs, semé au printemps et récolté à l'automne, les affronte en pleine croissance. Dès la fin juin, l'association des producteurs, l'AGPM, redoutait une récolte en recul d'au moins 30 %, sur des surfaces déjà réduites d'un cinquième. C'était encore trop optimiste : le 15 septembre, Agreste a estimé la production de maïs grain à 8,1 millions de tonnes, semences comprises, 42 % de moins qu'en 2025, la plus faible depuis 1980. Près de 120 000 hectares ont en outre été récoltés en fourrage, faute de grain à battre. En juillet, Agreste voyait l'orge reculer de 6 % ; elle a depuis été revue à la baisse. Le colza limite la casse, stable en volume grâce à des surfaces en forte hausse qui compensent un rendement en repli.

Près de Ségalas, dans le Lot-et-Garonne, les bottes de paille parsemaient déjà les chaumes le 8 juillet. En Nouvelle-Aquitaine, à cette date, il ne restait presque rien à couper.











