Il aura suffi de seize jours. Entre le 17 juin et le 2 juillet, la France a enregistré 5 764 décès de plus qu'attendu, soit une mortalité supérieure de plus de 36 % à la normale — la pire surmortalité mesurée dans le pays depuis la canicule de 2003, selon le bilan provisoire publié mercredi par Santé publique France. Plus de la moitié de ces morts, 56 %, se concentrent sur trois jours seulement, du 25 au 27 juin, au pic d'un épisode dont l'intensité a, selon l'agence, dépassé celle d'août 2003.
Ce bond de la mortalité « toutes causes » — que l'agence ne peut pas encore imputer avec certitude à la chaleur — touche « toutes les classes d'âge à partir de 15 ans ». La vague, d'une « précocité » et d'une « durée inédites », a couvert 92 départements et concerné 98,5 % de la population hexagonale, à une période encore chargée d'école et de travail.
Une hausse qui atteint aussi les adultes en âge de travailler
Les deux tiers des décès en excès concernent des personnes de 75 ans et plus, les plus vulnérables — la constante de toutes les canicules. La nouveauté de juin est ailleurs : cette hausse, que l'agence qualifie d'inédite, atteint les adultes en âge de travailler. Chez les 45-64 ans, âge où l'on travaille, 979 décès excédentaires ont été recensés, un bond de 55 % par rapport à la mortalité attendue : près d'un millier de morts de plus qu'un début d'été ordinaire, dans une tranche d'âge que les plans canicule ne visent pas en priorité.
Les décès « ont augmenté dans tous les types de lieux » — hôpitaux, Ehpad, maisons de retraite — « et en particulier à domicile », pointe Guillaume Boulanger, expert de Santé publique France. Géographiquement, l'Île-de-France paye le plus lourd tribut : sa mortalité a bondi de 81 %, avec 1 999 décès excédentaires. Suivent le Grand Est (635), les Pays de la Loire (553) et le Centre-Val de Loire (511) ; seules la Corse, l'Occitanie et la Provence-Alpes-Côte d'Azur, moins exposées, n'enregistrent pas d'excès de mortalité.
Moins qu'en 2003, mais la comparaison a ses pièges
Le gouvernement s'est attaché à écarter tout parallèle avec la canicule d'août 2003 et ses 15 000 morts, traumatisme fondateur des plans canicule. « On constate que malgré l'épisode de juin extrêmement intense (…), le nombre de morts en excès constaté est bien inférieur », a fait valoir mercredi le cabinet de la ministre de la Santé Stéphanie Rist. L'argument est exact — mais l'épisode de 2003 avait duré trois semaines, contre seize jours cette fois.
Guillaume Boulanger invite lui-même à la prudence : « à 20 ans d'écart », les données de l'époque étaient plus lacunaires, « l'offre de soins a largement évolué, la pyramide des âges également » — la France est aujourd'hui plus âgée. Comparer deux canicules, c'est comparer deux pays différents.
Un bilan provisoire, déjà politique
Ces chiffres alimentent une bataille engagée dès la fin juin. Les Écologistes avaient anticipé un bilan de 10 000 décès, aussitôt démenti par Matignon ; l'écart tient pour partie aux deux méthodes de comptage qui coexistent — la surmortalité toutes causes, mesurée en juillet, et les décès « attribuables » à la chaleur, modélisés plus tard. Ce second bilan est attendu après la période de surveillance ; il n'est pas encore publié au 22 octobre, et Santé publique France prévient qu'il va « vraisemblablement » s'alourdir : une part des décès comptés pour l'instant comme normaux sera finalement imputée à la chaleur.
Au bilan de juin s'ajoutent déjà les quelque 300 décès en excès estimés dans les dix-sept départements placés en vigilance orange du 26 au 30 mai, lors de la première canicule de l'année. Et le pays a enchaîné dès le 3 juillet un troisième épisode, jusqu'au 22 juillet (au moins 1 243 décès en excès), puis un quatrième du 27 juillet au 20 août (au moins 817), selon les premières estimations de l'agence, alors que l'exposition répétée à la chaleur épuise les organismes et fragilise les plus vulnérables — enfants, personnes âgées, précaires, malades chroniques. Reconnaître les signes du coup de chaleur reste, à l'échelle individuelle, le geste qui sauve.
L'été tue au-delà des canicules
Les jours de canicule ne représentent que « 4 à 5 % » des jours d'été, mais concentrent « 30 % des décès attribuables à la chaleur » de la saison. Le reste se produit hors alerte : l'an dernier, 1 900 décès attribuables avaient été comptés pendant les quatre canicules de l'été — mais 5 700, trois fois plus, sur l'ensemble de la saison, du 1er juin au 15 septembre. « L'exposition à la chaleur peut avoir un impact sur la mortalité durant tout l'été », observe Guillaume Boulanger. Une réalité appelée à peser de plus en plus lourd, dans un pays qui se réchauffe plus vite que la moyenne du globe.

À Thionville, le 26 juin, la croix verte d'une pharmacie affichait 44 °C. C'était un vendredi d'école et de bureau — ce qu'août 2003, canicule des grandes vacances, n'avait jamais été.











