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Écoles face à la chaleur :
fermer, aménager ou climatiser ?

Qui décide de fermer une école quand la classe devient étouffante ? Pourquoi si peu de salles sont climatisées, et qui devrait payer ? Des fermetures record aux chantiers de rénovation, le point complet sur l'école face à la chaleur.

Mis à jour le samedi 18 juillet 2026 — 23h26
4 min
Un grand ventilateur posé au sol souffle dans une salle de classe pendant une vague de chaleur
Un ventilateur dans une salle de classe pendant la vague de chaleur, à Poitiers, fin juin 2026.© Jean-François Fort / Hans Lucas via AFP

Le 22 juin, au plus fort de la canicule, 1 352 écoles et collèges étaient fermés et 4 042 fonctionnaient en horaires aménagés, selon le ministère de l'Éducation nationale — dans un pays dont 49 départements, près de 35 millions d'habitants, se trouvaient alors en vigilance rouge. Un an plus tôt, plus de 2 000 écoles avaient déjà fermé pour les mêmes raisons. Ce qui relevait de l'exceptionnel est en train de devenir une donnée ordinaire du calendrier scolaire : la chaleur ferme des classes comme la neige le faisait ailleurs, et personne ne prévoit qu'elle s'arrête là, dans un pays qui se réchauffe près de deux fois plus vite que la moyenne planétaire l'été.

Qui décide de fermer, et selon quelles règles

Contrairement à une idée répandue, aucun seuil national de température ne déclenche la fermeture d'une école. Le cadre est fixé au niveau national, mais les décisions se prennent localement, au cas par cas, par les autorités académiques, en lien avec les préfectures et les communes. La réponse est graduée : d'abord des aménagements — cours le matin, salles les plus fraîches, activités allégées —, puis un accueil réduit, et la fermeture en dernier recours. Lors du pic de juin, certaines communes ont fermé leurs écoles quelques après-midis, quand Paris recommandait aux parents de garder leurs enfants à la maison lorsqu'ils le pouvaient — un accueil restant assuré pour les familles sans solution.

Les examens suivent la même logique locale. En juin, le ministère a autorisé le report de quelques heures ou de quelques jours des épreuves de l'après-midi dans les établissements trop chauds — le baccalauréat lui-même a été aménagé. Côté adultes, les enseignants et les agents restent couverts par le droit commun du travail par forte chaleur, avec ses obligations pour l'employeur et son droit de retrait très encadré.

Des candidats du baccalauréat composent dans une salle plongée dans la pénombre, volets fermés
Des candidats du baccalauréat composent dans une salle plongée dans la pénombre, à la mi-juin 2026.© Nicolas Guyonnet / Hans Lucas via AFP

Un bâti qui n'a pas été conçu pour ça

Le fond du problème tient aux murs. Une grande partie du parc scolaire date de décennies où le confort d'été n'était pas un sujet : salles vitrées plein sud, isolation faible, ventilation insuffisante — des enseignants décrivent des classes sans courant d'air possible. La compétence, elle, est éclatée : les communes ont la charge des écoles maternelles et élémentaires, les départements celle des collèges, les régions celle des lycées. Autrement dit, il n'existe pas un chantier national unique, mais des dizaines de milliers de décisions locales d'investissement.

L'État et la Caisse des dépôts ont tout de même bâti un cadre : le programme EduRénov, lancé par la Banque des Territoires, vise 10 000 écoles, collèges et lycées rénovés d'ici 2027, avec au moins 40 % d'économies d'énergie à la clé, 2 milliards d'euros de prêts à taux préférentiels et 50 millions d'euros d'ingénierie. À mi-parcours, environ 5 000 chantiers étaient engagés. Le programme publie d'ailleurs un guide entièrement consacré au confort d'été : protections solaires, ventilation nocturne, matériaux — la boîte à outils d'une fraîcheur sans machine.

Climatiser ou rénover, le débat qui s'installe

Face à l'urgence, certaines collectivités tranchent autrement. À Nice, la municipalité a lancé la climatisation de l'ensemble de ses écoles, un chantier estimé à 12 millions d'euros et annoncé pour l'automne 2027. Le choix fait débat chez les spécialistes du bâtiment, qui recommandent en général de commencer par la rénovation thermique : une classe mal isolée climatisée reste une passoire — refroidie à grands frais. La question du financement s'invite aussi par un détail fiscal : la TVA à 5,5 % tout juste accordée aux climatiseurs réversibles ne concerne que les logements de plus de deux ans — pour leurs écoles, les communes paient le taux plein.

Aucune de ces réponses ne réglera la rentrée prochaine : les chantiers se comptent en années, les étés chauds en mois. Le Haut Conseil pour le climat prévient que dans une France à +4 °C, des canicules pourraient survenir de mai à octobre — c'est-à-dire sur plus de la moitié de l'année scolaire, rentrée de septembre comprise. L'école a longtemps organisé son calendrier autour des grandes vacances d'été ; elle découvre que l'été, désormais, déborde largement dessus.

En attendant les murs rénovés, la réponse tient dans un triptyque assumé par le ministère : aménager, réduire, fermer. Les 4 042 établissements passés aux horaires aménagés en juin en donnent la mesure — l'école française n'a pas encore trouvé la parade à la chaleur, mais elle a appris à plier sans rompre.

L'essentiel

  • Au pic de la canicule de juin, 1 352 écoles et collèges étaient fermés et 4 042 fonctionnaient en horaires aménagés, selon le ministère de l'Éducation nationale — après plus de 2 000 fermetures un an plus tôt.
  • Aucun seuil national de température ne déclenche une fermeture : le cadre est national, la décision locale, au cas par cas, avec une réponse graduée — aménager, réduire l'accueil, fermer en dernier recours.
  • Deux stratégies s'affrontent pour le bâti : la climatisation, comme à Nice (toutes les écoles, 12 millions d'euros d'ici l'automne 2027), et la rénovation thermique portée par EduRénov (10 000 établissements visés, 2 milliards d'euros de prêts).

Questions fréquentes

Qui décide de fermer une école en cas de canicule ?
Les autorités académiques, au cas par cas, en lien avec les préfectures et les communes. Le cadre est fixé au niveau national mais aucun seuil de température ne déclenche automatiquement une fermeture : la réponse est graduée, des horaires aménagés à la fermeture en dernier recours.
Les parents peuvent-ils garder leur enfant à la maison pendant un pic de chaleur ?
Lors du pic de juin, plusieurs villes, dont Paris, ont recommandé aux parents de garder leurs enfants lorsqu'ils le pouvaient, un accueil restant assuré pour les familles sans solution. En dehors de ces consignes locales, l'obligation d'assiduité demeure : renseignez-vous auprès de l'école ou de la mairie.
Pourquoi les écoles ne sont-elles pas climatisées ?
Le parc scolaire est ancien, souvent mal isolé, et la compétence est éclatée entre communes (écoles), départements (collèges) et régions (lycées). Les spécialistes recommandent en général la rénovation thermique avant la climatisation. Détail fiscal : la TVA réduite à 5,5 % sur les climatiseurs réversibles ne concerne que les logements — les collectivités paient le taux plein pour leurs bâtiments.
Qui paie les travaux d'adaptation des écoles ?
Les communes pour les écoles maternelles et élémentaires, les départements pour les collèges, les régions pour les lycées. Le programme EduRénov de la Banque des Territoires les accompagne, avec 2 milliards d'euros de prêts à taux préférentiels et un objectif de 10 000 établissements rénovés d'ici 2027.
Les examens peuvent-ils être déplacés à cause de la chaleur ?
Oui, localement. En juin, le ministère a autorisé le report de quelques heures ou de quelques jours des épreuves de l'après-midi dans les établissements trop chauds, et le baccalauréat a été aménagé dans les zones les plus touchées.

Thomas Renaud

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