Le 22 juin, au plus fort de la canicule, 1 352 écoles et collèges étaient fermés et 4 042 fonctionnaient en horaires aménagés, selon le ministère de l'Éducation nationale — dans un pays dont 49 départements, près de 35 millions d'habitants, se trouvaient alors en vigilance rouge. Un an plus tôt, plus de 2 000 écoles avaient déjà fermé pour les mêmes raisons. Ce qui relevait de l'exceptionnel est en train de devenir une donnée ordinaire du calendrier scolaire : la chaleur ferme des classes comme la neige le faisait ailleurs, et personne ne prévoit qu'elle s'arrête là, dans un pays qui se réchauffe près de deux fois plus vite que la moyenne planétaire l'été.
Qui décide de fermer, et selon quelles règles
Contrairement à une idée répandue, aucun seuil national de température ne déclenche la fermeture d'une école. Le cadre est fixé au niveau national, mais les décisions se prennent localement, au cas par cas, par les autorités académiques, en lien avec les préfectures et les communes. La réponse est graduée : d'abord des aménagements — cours le matin, salles les plus fraîches, activités allégées —, puis un accueil réduit, et la fermeture en dernier recours. Lors du pic de juin, certaines communes ont fermé leurs écoles quelques après-midis, quand Paris recommandait aux parents de garder leurs enfants à la maison lorsqu'ils le pouvaient — un accueil restant assuré pour les familles sans solution.
Les examens suivent la même logique locale. En juin, le ministère a autorisé le report de quelques heures ou de quelques jours des épreuves de l'après-midi dans les établissements trop chauds — le baccalauréat lui-même a été aménagé. Côté adultes, les enseignants et les agents restent couverts par le droit commun du travail par forte chaleur, avec ses obligations pour l'employeur et son droit de retrait très encadré.

Un bâti qui n'a pas été conçu pour ça
Le fond du problème tient aux murs. Une grande partie du parc scolaire date de décennies où le confort d'été n'était pas un sujet : salles vitrées plein sud, isolation faible, ventilation insuffisante — des enseignants décrivent des classes sans courant d'air possible. La compétence, elle, est éclatée : les communes ont la charge des écoles maternelles et élémentaires, les départements celle des collèges, les régions celle des lycées. Autrement dit, il n'existe pas un chantier national unique, mais des dizaines de milliers de décisions locales d'investissement.
L'État et la Caisse des dépôts ont tout de même bâti un cadre : le programme EduRénov, lancé par la Banque des Territoires, vise 10 000 écoles, collèges et lycées rénovés d'ici 2027, avec au moins 40 % d'économies d'énergie à la clé, 2 milliards d'euros de prêts à taux préférentiels et 50 millions d'euros d'ingénierie. À mi-parcours, environ 5 000 chantiers étaient engagés. Le programme publie d'ailleurs un guide entièrement consacré au confort d'été : protections solaires, ventilation nocturne, matériaux — la boîte à outils d'une fraîcheur sans machine.
Climatiser ou rénover, le débat qui s'installe
Face à l'urgence, certaines collectivités tranchent autrement. À Nice, la municipalité a lancé la climatisation de l'ensemble de ses écoles, un chantier estimé à 12 millions d'euros et annoncé pour l'automne 2027. Le choix fait débat chez les spécialistes du bâtiment, qui recommandent en général de commencer par la rénovation thermique : une classe mal isolée climatisée reste une passoire — refroidie à grands frais. La question du financement s'invite aussi par un détail fiscal : la TVA à 5,5 % tout juste accordée aux climatiseurs réversibles ne concerne que les logements de plus de deux ans — pour leurs écoles, les communes paient le taux plein.
Aucune de ces réponses ne réglera la rentrée prochaine : les chantiers se comptent en années, les étés chauds en mois. Le Haut Conseil pour le climat prévient que dans une France à +4 °C, des canicules pourraient survenir de mai à octobre — c'est-à-dire sur plus de la moitié de l'année scolaire, rentrée de septembre comprise. L'école a longtemps organisé son calendrier autour des grandes vacances d'été ; elle découvre que l'été, désormais, déborde largement dessus.
En attendant les murs rénovés, la réponse tient dans un triptyque assumé par le ministère : aménager, réduire, fermer. Les 4 042 établissements passés aux horaires aménagés en juin en donnent la mesure — l'école française n'a pas encore trouvé la parade à la chaleur, mais elle a appris à plier sans rompre.











