Le lundi 22 juin, en pleine canicule, 1 352 écoles et collèges étaient fermés et 4 042 fonctionnaient en horaires aménagés, a indiqué le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray, alors que 49 départements venaient de passer en vigilance rouge. Le pic est venu les 24 et 25 juin, les deux jours les plus chauds jamais mesurés en France selon Météo-France ; le 25, le ministre prévoyait environ 3 500 écoles fermées et 10 000 en horaires aménagés. Sur l'ensemble de l'épisode, quelque 4 000 écoles ont fermé à un moment ou un autre et 11 000 ont aménagé leurs horaires, selon les chiffres qu'il a avancés le 7 juillet. Un an plus tôt, plus de 2 000 écoles avaient déjà fermé pour les mêmes raisons. Ce qui relevait de l'exceptionnel est en train de devenir une donnée ordinaire du calendrier scolaire : la chaleur ferme des classes comme la neige le faisait ailleurs, et personne ne prévoit qu'elle s'arrête là, dans un pays dont l'été 2026 a été le plus chaud mesuré depuis 1900, selon Météo-France, et sur un continent qui se réchauffe près de deux fois plus vite que la moyenne planétaire.
Qui décide de fermer, et selon quelles règles
Contrairement à une idée répandue, aucun seuil national de température ne déclenche la fermeture d'une école. Le cadre est fixé au niveau national, mais les décisions se prennent localement, au cas par cas, par les autorités académiques, en lien avec les préfectures et les communes. La réponse est graduée : d'abord des aménagements — cours le matin, salles les plus fraîches, activités allégées —, puis un accueil réduit, et la fermeture en dernier recours. Lors du pic de juin, certaines communes ont fermé leurs écoles quelques après-midis, quand, à Paris, les familles étaient invitées à garder leurs enfants à la maison lorsqu'elles le pouvaient — un accueil restant assuré pour les familles sans solution.
Les examens suivent la même logique locale. En juin, le ministère a autorisé le report de quelques heures ou de quelques jours des épreuves de l'après-midi dans les établissements trop chauds — des candidats aux oraux du baccalauréat convoqués l'après-midi ont été reconvoqués le matin. Pour 2027, le calendrier des examens publié par le ministère fin août place toutes les épreuves le matin, sauf quelques épreuves d'une journée en voie professionnelle. Côté adultes, les enseignants et les agents restent couverts par le droit commun du travail par forte chaleur, avec ses obligations pour l'employeur et son droit de retrait très encadré.

Un bâti qui n'a pas été conçu pour ça
Le fond du problème tient aux murs. Une grande partie du parc scolaire date de décennies où le confort d'été n'était pas un sujet : salles vitrées plein sud, isolation faible, ventilation insuffisante — des enseignants décrivent des classes sans courant d'air possible. La compétence, elle, est éclatée : les communes ont la charge des écoles maternelles et élémentaires, les départements celle des collèges, les régions celle des lycées. Autrement dit, il n'existe pas un chantier national unique, mais des dizaines de milliers de décisions locales d'investissement.
L'État et la Caisse des dépôts ont tout de même bâti un cadre : le programme EduRénov, lancé par la Banque des Territoires, vise désormais 15 000 bâtiments éducatifs et sportifs rénovés d'ici fin 2028, avec au moins 40 % d'économies d'énergie à la clé, 2,5 milliards d'euros de prêts sur cinq ans et 58 millions d'euros d'ingénierie. Au 9 juillet 2026, plus de 7 400 projets étaient accompagnés. Le programme publie d'ailleurs un guide entièrement consacré au confort d'été : protections solaires, ventilation nocturne, matériaux — la boîte à outils d'une fraîcheur sans machine.
Un plan d'urgence réduit dès l'été
En pleine canicule, le 26 juin, l'État, EDF, la Banque des Territoires, le programme ACTEE et La Banque Postale ont présenté un plan d'urgence de 190 millions d'euros pour quelque 12 500 établissements : 10 millions pour les 2 500 écoles qui avaient dû fermer, 40 millions financés par les certificats d'économies d'énergie pour 10 000 autres établissements, 60 millions du Fonds vert, selon le cabinet du ministre de l'Économie, et 80 millions d'EDF. Ce plan a été réduit dès l'été. Le 3 septembre, sur France Inter, le directeur d'ACTEE, Guillaume Perrin, a indiqué que 40 millions d'euros avaient été « gelés dans l'attente d'une affectation choisie par l'État » : « ça a été limité aux 2 500 écoles prioritaires », et « l'action s'arrête aux audits qui sont gratuits ». Le montant restant varie selon ses déclarations rapportées, de 10 à 16 millions d'euros.
Le ministère de l'Éducation nationale assure qu'« il n'y a pas de baisse d'ambition dans ce plan » ; Matignon n'a pas donné suite aux questions de la presse. Depuis le 8 septembre, le guichet en ligne n'accepte plus de demandes, et celles déposées avant ne financent que des diagnostics des bâtiments. EDF dit maintenir son enveloppe : le remboursement, jusqu'à 400 euros par équipement de rafraîchissement et dans la limite de dix par établissement, de factures datées au plus tard du 30 septembre 2026, et une prime de 10 000 euros, à demander avant le 30 juin 2027, pour les projets EduRénov qui prévoient un système de rafraîchissement.
Climatiser ou rénover, le débat qui s'installe
Face à l'urgence, certaines collectivités tranchent autrement. À Nice, la municipalité a lancé la climatisation de l'ensemble de ses écoles, un chantier que la ville annonce achevé d'ici fin 2027 et que la presse locale chiffre à 12 millions d'euros. Le choix fait débat chez les spécialistes du bâtiment, qui recommandent en général de commencer par la rénovation thermique : une classe mal isolée climatisée reste une passoire — refroidie à grands frais. La question du financement s'invite aussi par un détail fiscal : la TVA à 5,5 % tout juste accordée à la pose de pompes à chaleur air-air réversibles, ces climatiseurs fixes et performants, ne concerne que les logements achevés depuis au moins deux ans — pour leurs écoles, les communes paient le taux normal, dont le fonds de compensation de la TVA ne leur rend qu'une partie.
Aucune de ces réponses n'a réglé la rentrée : les chantiers se comptent en années, les étés chauds en mois. Les 7 et 8 septembre, des cours ont été suspendus dans plusieurs établissements du Gard et de l'Hérault ; à Nîmes, les personnels de trois lycées ont refusé de faire cours pour protester contre la chaleur dans les classes. Toutes les écoles de l'académie de Montpellier sont restées ouvertes, selon le rectorat. Météo-France prévient que dans une France à +4 °C, les jours de vague de chaleur seraient dix fois plus nombreux et pourraient s'étaler de la mi-mai à la fin septembre, rentrée comprise. L'école a longtemps organisé son calendrier autour des grandes vacances d'été ; elle découvre que l'été, désormais, déborde dessus.
En attendant les murs rénovés, la réponse tient dans un triptyque assumé par le ministère : aménager, réduire, fermer. Les quelque 11 000 écoles passées aux horaires aménagés en juin en donnent la mesure.











