La hausse de votre assurance habitation n'est pas un ajustement technique. C'est le prix du changement climatique qui atterrit sur votre relevé. Depuis le 1er janvier 2025, la surprime catastrophes naturelles (CatNat) adossée à chaque contrat d'assurance habitation est passée de 12 % à 20 % — une hausse de 67 % de cette seule composante. Pour l'assurance automobile, elle est passée de 6 % à 9 %. Le taux de 12 % n'avait pas bougé depuis 25 ans.
Les faits : 8 à 12 % de hausse, jusqu'à 20 % en zone à risque
Selon les baromètres de LeLynx.fr et Assurland, les cotisations d'assurance habitation ont augmenté de 8 à 12 % en moyenne en 2026 par rapport à l'année précédente. Pour un ménage qui payait 350 euros par an — la moyenne française pour une maison —, cela représente 28 à 42 euros supplémentaires. Pour un appartement (200-250 euros de prime), la hausse se situe entre 16 et 30 euros.
Mais ces moyennes masquent des disparités. Dans le Pas-de-Calais, touché par des inondations répétées en 2023 et 2024, certains assureurs ont appliqué des hausses de 15 à 20 %. En PACA et en Occitanie, les épisodes méditerranéens — crues éclair de plus en plus fréquentes et violentes — poussent les primes à la hausse. En Gironde et dans les Landes, les incendies de 2022 pèsent encore dans les calculs actuariels.
Pourquoi ça augmente : le climat ruine les comptes de l'assurance
En 2022, les sinistres climatiques ont coûté 10,6 milliards d'euros aux assureurs français — un record absolu. En 2023, le chiffre est redescendu à environ 6,5 milliards, mais la tendance est structurellement haussière. France Assureurs projette 13 milliards d'euros par an d'ici 2050, soit une hausse de 50 % par rapport aux niveaux actuels.
Le ratio combiné de l'assurance habitation — le rapport entre les indemnisations versées et les cotisations encaissées — a dépassé 100 % en 2022 et 2023. En clair : les assureurs ont payé plus qu'ils n'ont encaissé. Ce n'est pas tenable sans augmenter les cotisations.
La Caisse Centrale de Réassurance (CCR), réassureur public du régime CatNat, a vu ses réserves fondre de 3,4 milliards d'euros en 2016 à moins d'un milliard en 2023. Sans la hausse de la surprime, la CCR projetait un déficit d'ici 2028-2030. La réforme doit rapporter 1,2 à 1,5 milliard d'euros par an de recettes supplémentaires.
Le retrait-gonflement des argiles : la menace invisible
Les inondations et les tempêtes font les gros titres. Mais la première cause de sinistres CatNat par le coût, c'est le retrait-gonflement des argiles — un phénomène silencieux. Les sols argileux se contractent en période de sécheresse, puis gonflent quand la pluie revient. Les fondations des maisons se fissurent, les murs se lézardent, les structures deviennent instables.
Le Bureau de Recherches Géologiques et Minières (BRGM) estime que 10,4 millions de logements en France sont situés en zone d'exposition moyenne à forte. Le coût de ce seul péril : 3,5 milliards d'euros entre 2017 et 2021. Avec des sécheresses de plus en plus intenses — l'été 2026 s'annonce particulièrement sec —, la facture continuera d'augmenter.
Le choix politique : assurer plutôt que prévenir
Derrière la mécanique assurantielle, un choix se dessine. La France dépense plus pour indemniser les dégâts climatiques que pour les éviter. Les Pays-Bas investissent quatre fois plus par habitant dans la prévention des risques naturels (digues, aménagements, gestion des eaux) que la France. Le plan national d'adaptation au changement climatique (PNACC), relancé sous le nom TRACC, reste sous-financé.
La surprime CatNat fonctionne sur un principe de mutualisation nationale : tous les assurés français paient le même taux, quelle que soit leur exposition au risque. Un locataire parisien d'un 30 m² au cinquième étage contribue au même taux de 20 % qu'un propriétaire de maison en zone inondable du Pas-de-Calais. C'est un choix de solidarité — mais aussi un choix qui déresponsabilise. L'absence de signal-prix selon le risque n'incite ni les collectivités à investir dans la prévention, ni les propriétaires à protéger leur bien.
Certains assureurs commencent d'ailleurs à refuser de renouveler des contrats dans les zones les plus exposées. Dans le Pas-de-Calais, des propriétaires inondés deux années de suite se retrouvent sans assureur — ou avec des franchises portées à plusieurs milliers d'euros.
Ce que vous pouvez faire pour limiter la hausse
La surprime CatNat est réglementaire — vous ne pouvez pas y échapper. Mais les 8 à 12 % de hausse totale incluent d'autres composantes sur lesquelles vous avez prise.
Changer d'assureur. La loi Hamon permet de résilier à tout moment après la première année. Les comparateurs montrent des écarts de 15 à 30 % entre assureurs pour des garanties équivalentes. Les mutuelles (MAIF, MACIF, MATMUT) affichent en général des hausses plus modérées que les assureurs commerciaux.
Augmenter la franchise. Passer de 150 à 500 euros de franchise réduit la prime de 10 à 15 %. C'est un pari raisonnable si vous n'avez pas subi de sinistre depuis plusieurs années.
Réviser les garanties. Supprimez les couvertures inutiles (piscine si vous n'en avez pas, objets de valeur surévalués) et ajustez le capital mobilier à la réalité de vos biens. Beaucoup de contrats sont surdimensionnés par rapport aux besoins réels.
Regrouper les contrats. Les remises multi-contrats (auto + habitation chez le même assureur) permettent d'économiser 5 à 10 %. Certains assureurs offrent aussi des réductions pour les installations de sécurité (alarme, détecteur d'inondation).
Le contexte énergétique actuel pèse aussi. La crise d'Ormuz fait grimper le coût des matériaux de construction — ciment, plastiques, isolants — ce qui renchérit les indemnisations et, in fine, les cotisations. Un cercle dont il sera difficile de sortir tant que la prévention restera le parent pauvre de la politique climatique française.











