Le paquet de café a changé de prix sans changer de taille. En un an, le café moulu en grande surface a augmenté de 37 % selon NielsenIQ, quand l'inflation alimentaire globale était quasi nulle. L'arabica a atteint un record historique de 437,95 cents la livre en octobre 2025 — une multiplication par trois depuis 2020. Mais la hausse ne se distribue pas de manière équitable le long de la chaîne. Voici où va l'argent.
Les cours : trois ans de flambée ininterrompue
En 2020, la livre d'arabica cotait environ 1,10 dollar sur le marché ICE de New York. En décembre 2024, elle franchissait les 3,20 dollars, pulvérisant le record de 1977. En février 2025, nouveau sommet à 4,25 dollars. En octobre 2025, un pic absolu à 4,38 dollars. En mars 2026, les cours oscillent entre 2,80 et 3,15 dollars — en repli par rapport aux sommets, mais toujours au triple du niveau de 2020.
Le robusta suit la même trajectoire. Il a dépassé 5 800 dollars la tonne en septembre 2024, un niveau jamais atteint depuis les années 1970, contre une moyenne historique de 1 300 dollars. « Le vieux dicton du marché — les prix ne restent jamais au-dessus de 200 cents un an — ne s'applique plus », observe le blog du torréfacteur Lobodis.
Quatre causes, une seule tasse plus chère
La sécheresse au Brésil est le déclencheur initial. Le pays produit 35 à 40 % du café mondial. En 2024, il a subi sa pire sécheresse en 70 ans. Des températures extrêmes et des précipitations insuffisantes ont affecté les récoltes 2025 et 2026. La coopérative nationale Conab prévoyait une récolte en baisse de 4,4 %. Les estimations ont été revues à la hausse depuis (64 à 70 millions de sacs), mais les grains plus petits produisent moins de volume exportable.
Le Vietnam, premier producteur mondial de robusta (17 % de la production mondiale), a enchaîné El Niño, sécheresse, puis inondations fin 2024. Les exportations ont chuté de 50 % sur certaines périodes. Les stocks à l'export restent historiquement bas.
La spéculation financière amplifie les variations. La volatilité sur les contrats à terme café a atteint 10,5 % en 2024, un record. Les cinq premiers groupes de négoce contrôlent 65 % du commerce mondial de café vert. En France, cinq négociants concentrent 80 % des volumes. Les achats massifs de contrats à terme créent une pression artificielle que ni la météo ni la demande réelle n'expliquent entièrement.
Enfin, la demande mondiale continue de croître : 169,4 millions de sacs attendus en 2025/26, tirés par l'explosion de la consommation asiatique. La Chine est passée de 1,5 million de sacs en 2020 à 4,3 millions en 2024.
Du grain à la tasse : qui empoche quoi
La répartition du prix final d'un paquet de café révèle un déséquilibre structurel :
| Maillon | Part du prix final |
|---|---|
| Producteur (caféiculteur) | 10-15 % |
| Coopérative / Exportateur | 10-20 % |
| Importateur / Négociant | 10-15 % |
| Torréfacteur | 15-25 % |
| Distributeur / Détaillant | 20-30 % |
Le producteur, exposé aux aléas climatiques et à la volatilité des cours, ne capte qu'environ 10 % du prix que vous payez. Le commerce équitable ne représente que 5 % du marché français. « Pour nous, c'est quasiment le double sur la matière première », résume un torréfacteur français interrogé par France Bleu, qui a répercuté 10 à 15 % de hausse sur ses paquets.
En rayon : des hausses de 37 à 50 % selon les marques
En mars 2026, le prix moyen toutes références confondues atteint 31 euros le kilo en grande surface. Le café moulu de marque nationale oscille entre 15 et 20 euros le kilo. Carte Noire 500 g a augmenté de 50 % entre 2023 et 2025. Les capsules, qui représentent 52 à 65 % de la valeur du marché français, dépassent parfois 60 euros le kilo en équivalent.
Les marques de distributeur (MDD) restent 30 à 40 % moins chères : Bellarom (Lidl), Carrefour Bio ou Auchan s'affichent entre 12 et 18 euros le kilo. L'écart avec les marques nationales pousse les consommateurs vers le transfert de gamme — un mouvement que les distributeurs anticipent en élargissant leurs offres MDD.
L'effet Ormuz : un surcoût de plus sur le conteneur
Le café n'est pas produit au Moyen-Orient, mais il traverse les mêmes routes maritimes que le pétrole. Depuis le 28 février 2026, la crise du détroit d'Ormuz a provoqué le détournement de navires par le cap de Bonne-Espérance, ajoutant 10 à 15 jours de transit. CMA CGM applique une surcharge d'urgence de 2 000 à 4 000 dollars par conteneur. Les primes d'assurance maritime ont bondi de 1 200 %.
Le café voyage en conteneurs ventilés, gourmands en énergie. La hausse du fioul maritime, la flambée du gaz naturel utilisé en torréfaction et le renchérissement des engrais (33 % du commerce mondial d'engrais transite par Ormuz) forment un triple surcoût qui s'ajoute à une situation déjà tendue.
2026-2027 : le « nouveau plancher » sera plus haut
La Banque mondiale prévoit un recul de 13 % du prix de l'arabica en 2026, puis de 5 % en 2027 — essentiellement grâce à la récolte brésilienne record attendue (64 à 70 millions de sacs). Rabobank anticipe une baisse d'un tiers d'ici fin 2026. Le PDG de Lavazza a qualifié 2026 d'année « plus calme, moins volatile ».
Mais le retour aux niveaux de 2020-2023 est exclu. Le changement climatique rend les récoltes plus irrégulières, les épisodes de sécheresse plus fréquents, les cycles de production plus erratiques. L'Organisation internationale du café estime que la production mondiale a baissé de 7 % en 2025. Le « nouveau normal », selon les analystes du secteur, se situe structurellement au-dessus des anciens prix de référence. Votre café restera plus cher — la question est de combien.











