Mise à jour — 5 mai 2026. Le Brent a touché 126,41 dollars le 30 avril en intraday, son plus haut depuis 2022, avant de retomber autour de 116. Le détroit d'Ormuz reste fermé au commerce normal : Donald Trump a annoncé le 3 mai « Project Freedom », une opération de la marine américaine pour aider les navires civils à transiter en sécurité, lancée lundi 4 mai par le US Central Command. Dans la nuit du 3 au 4 mai, plusieurs missiles et drones iraniens ont visé les Émirats arabes unis ; un drone a touché la zone pétrolière de Fujairah, faisant trois blessés. L'arabica, lui, s'échange autour de 2,81 dollars la livre sur ICE — un plus bas de sept semaines. Le détour par le cap de Bonne-Espérance pèse toujours sur le fret maritime, mais la perspective d'une récolte brésilienne abondante en 2026/27 commence à faire pression à la baisse sur les cours.
En 2020, la livre d'arabica cotait un peu plus d'un dollar. Au pic d'octobre 2025, elle dépassait les quatre dollars. Un cours quadruplé en cinq ans. Cette flambée, vous l'avez payée à la caisse. Mais entre le grain brésilien et votre paquet de moulu, la hausse n'a pas voyagé en ligne droite. Elle s'est répartie de manière très inégale le long de la chaîne — et c'est rarement le caféiculteur qui en a profité.
Une histoire qui commence avec le « black frost » brésilien de 1975
Le café est un marché mondialisé sensible aux chocs climatiques. Le précédent absolu remonte au 18 juillet 1975. Un gel d'une violence exceptionnelle s'abat ce jour-là sur les plantations du Paraná, du Minas Gerais et de São Paulo. Le « black frost », comme on l'a appelé, détruit près des trois quarts de la récolte brésilienne 1976/77. Il faut deux ans pour que le choc se traduise pleinement sur les marchés : en 1977, l'arabica grimpe jusqu'à 3,39 dollars la livre. Un record qui tient près de cinquante ans.
Le 10 décembre 2024, ce record tombe. La cause n'est plus le gel mais la sécheresse. L'arabica franchit ce jour-là 3,48 dollars la livre à New York, après avoir grimpé d'environ 70 % sur l'année 2024. La machine s'emballe : le 5 février 2025, le contrat dépasse pour la première fois la barre des 4 dollars. Le record absolu tombe le 24 octobre 2025 : 437,95 cents (4,38 $) la livre, soit 9 656 dollars la tonne.
Quatre décennies après, c'est désormais un autre type d'aléa qui dicte les sommets : sécheresse, chaleur extrême, saisons des pluies erratiques. Et la hausse n'a pas été un pic isolé. Elle s'est installée.
Trois ans de flambée et le record d'octobre 2025
En 2020, la livre d'arabica cotait environ 1,10 dollar sur l'ICE. Fin 2024, elle franchissait 3,20 dollars puis battait le record de 1977. En 2025, l'arabica franchit pour la première fois la barre des 4 dollars en février, puis culmine à 4,38 dollars le 24 octobre.
Depuis, les cours sont retombés. En avril 2026, l'arabica oscillait entre 2,90 et 2,95 dollars la livre. Au 5 mai 2026, il s'échange autour de 2,81 dollars sur ICE Coffee C, son plus bas niveau depuis sept semaines. Soit nettement en retrait du record d'octobre — mais toujours plus du double du niveau de 2020.
Le robusta a suivi la même trajectoire. Il a touché en 2024 un niveau jamais vu depuis quarante-cinq ans, contre une moyenne historique autour de 1 300 dollars la tonne. « Le vieux dicton du marché — les prix ne restent jamais au-dessus de 200 cents un an — ne s'applique plus », observait à l'époque le blog du torréfacteur Lobodis. La suite lui a donné raison.
Quatre causes superposées, une seule tasse plus chère
1. La sécheresse au Brésil. Le pays produit environ 35 % du café mondial. En août-septembre 2024, il a subi sa pire sécheresse en 70 ans — la pire en sept siècles si l'on regarde la seule région du Cerrado, selon une étude de l'Université de São Paulo publiée en 2024. Conséquence directe sur les arbres : les grains des récoltes 2025 et 2026 sont plus petits, le volume exportable est réduit, les cycles deviennent erratiques. Le négociant suisse Volcafe a estimé en décembre 2024 l'arabica brésilien 2025/26 à 34,4 millions de sacs, soit 11 millions de moins que sa propre prévision de septembre 2024.
2. Les déboires du Vietnam. Hanoï est le premier producteur mondial de robusta : 96 % de sa production, soit environ 40 % du robusta mondial et un cinquième du marché toutes variétés confondues. Le pays a enchaîné un épisode El Niño, une sécheresse, puis des inondations entre 2023 et fin 2024. Sur certains mois — notamment novembre 2024 — les exportations ont chuté de près de moitié sur un an. Les stocks à l'export sont restés historiquement bas.
3. La concentration du négoce. Une poignée de groupes — Neumann, ECOM, Volcafe-ED&F Man, Sucafina, Olam, Louis Dreyfus — contrôle l'essentiel du commerce mondial du café vert. Cette concentration amplifie les variations : quand quelques acteurs ajustent leurs positions sur les contrats à terme, le marché entier décale.
4. La demande mondiale en explosion. La consommation mondiale 2025/26 est attendue par l'USDA autour de 170 millions de sacs, un record, tirée par l'Asie. La Chine, qui consommait à peine 2 millions de sacs en 2010, en consomme désormais environ 6 millions selon l'USDA — multipliée par trois en quinze ans, et en passe de dépasser l'Italie. La demande structurelle progresse plus vite que la production ne peut s'adapter.
Du grain à la tasse : qui empoche quoi
La répartition du prix d'un paquet de café révèle un déséquilibre durable. Sur 100 euros payés en rayon, voici comment l'argent se répartit le long de la chaîne :
| Maillon de la chaîne | Part du prix final |
|---|---|
| Producteur (caféiculteur) | 10-15 % |
| Coopérative / Exportateur | 10-20 % |
| Importateur / Négociant | 10-15 % |
| Torréfacteur | 15-25 % |
| Distributeur / Détaillant | 20-30 % |
Le producteur, exposé en première ligne aux aléas climatiques et à la volatilité des cours, ne capte qu'environ 10 % du prix payé en rayon. Le commerce équitable, qui rééquilibre cette répartition, reste minoritaire dans le café conventionnel français — même s'il progresse régulièrement.
L'absorption des hausses se fait à chaque maillon. Les torréfacteurs, qui voient leur matière première s'envoler, n'ont répercuté qu'une partie du choc en rayon : la hausse moyenne du moulu de marque nationale en grande surface est restée nettement inférieure à celle du grain vert. Marges entamées, mais maintenues.
En rayon : ce que ça change pour le consommateur
En grande surface, le café moulu de marque nationale s'affiche entre 15 et 20 euros le kilo. Les capsules, elles, dépassent souvent 60 euros le kilo en équivalent. Ce prix tient moins au coût du café qu'au reste : packaging individuel (aluminium, plastique compostable), dosette propriétaire, fidélisation à un système — la machine d'un côté, la capsule compatible de l'autre. Le même mécanisme que les imprimantes et leurs cartouches.
Les capsules pèsent lourd : elles représentent à elles seules plus de la moitié de la valeur du marché du café en France, soit environ 1,2 à 1,3 milliard d'euros en 2022, malgré un volume bien inférieur à celui du moulu.
Les marques de distributeur (MDD) restent 30 à 40 % moins chères : Bellarom chez Lidl, les gammes Carrefour ou Auchan s'affichent entre 12 et 18 €/kg. L'écart pousse les consommateurs vers le transfert de gamme — un mouvement que les distributeurs anticipent en élargissant leurs offres pour limiter la fuite des volumes.
L'effet Ormuz : un surcoût qui s'ajoute
Le café n'est pas produit au Moyen-Orient, mais il emprunte les mêmes routes maritimes que le pétrole, le gaz et les engrais. Depuis le 28 février 2026, la fermeture de fait du détroit d'Ormuz par les Gardiens de la Révolution iranienne a contraint les principaux armateurs à dérouter leurs flottes par le cap de Bonne-Espérance. Le détour ajoute 10 à 15 jours de transit et augmente la consommation de fioul d'environ 30 %.
À compter du 2 mars 2026, CMA CGM a appliqué une « surcharge d'urgence conflit » : 2 000 dollars par conteneur 20 pieds, 3 000 dollars pour un 40 pieds, jusqu'à 4 000 dollars pour les conteneurs réfrigérés ou spéciaux. Le café voyage en partie en conteneurs ventilés, gourmands en énergie. La hausse du fioul maritime, la flambée du gaz naturel utilisé en torréfaction et le renchérissement des engrais — environ un tiers du commerce mondial maritime d'engrais transite par Ormuz selon le Fertilizer Institute — forment un triple surcoût qui s'ajoute à une situation déjà tendue.
2026-2027 : récolte record annoncée, mais un nouveau plancher plus haut
Les analystes voient le marché se détendre. La Banque mondiale, dans son Commodity Markets Outlook d'octobre 2025, prévoit un recul d'environ 13 % du prix de l'arabica en 2026, puis de 5 % en 2027. La raison : la récolte brésilienne 2026/27 est attendue en forte hausse. Conab, l'agence officielle brésilienne, table sur 66,2 millions de sacs (+17,1 %) ; les prévisions privées (StoneX, Hedgepoint, Marex) montent jusqu'à 75-76 millions. Le marché mondial pourrait afficher un surplus d'environ 10 millions de sacs en 2026.
Rabobank anticipe une baisse pouvant atteindre un tiers d'ici fin 2026. Mais chez les torréfacteurs, le ton reste prudent. Antonio Baravalle, PDG du groupe Lavazza, l'a résumé en mars 2026 lors de la présentation des résultats annuels : « Nous ne sommes pas encore en eaux calmes : la volatilité du marché du café est devenue structurelle. » Trois moteurs durables, selon lui : le changement climatique, les tensions géopolitiques et la crise logistique.
Le retour aux niveaux de 2020-2023 est exclu. Le changement climatique rend les récoltes plus irrégulières, les épisodes de sécheresse plus fréquents, les cycles plus erratiques. Le « nouveau normal » du marché s'installe durablement au-dessus des anciens repères.
Concrètement : votre café restera plus cher qu'avant 2024. La question n'est plus de savoir s'il baissera, mais de combien — et combien de temps il faudra pour que la baisse atteigne le rayon, après le détour par les marges du distributeur, du torréfacteur et de l'importateur.
À retenir
- Arabica record absolu : 437,95 cents/lb (4,38 $) le 24 octobre 2025 sur ICE New York. Le record du « black frost » brésilien de 1975 (3,39 $/lb, atteint en 1977) a été battu le 10 décembre 2024.
- Au 5 mai 2026, l'arabica est retombé autour de 2,81 $/lb (plus bas de sept semaines) — toujours plus du double du niveau de 2020.
- Quatre causes : sécheresse Brésil 2024 (pire en 70 ans), aléas Vietnam (El Niño + inondations), concentration du négoce mondial, demande asiatique en plein essor.
- Répartition du prix final : producteur 10-15 %, distribution 20-30 %.
- Détente attendue 2026-2027 : Conab table sur une récolte brésilienne 2026/27 à 66,2 M sacs (+17 %), les prévisions privées montent jusqu'à 75-76 M. Mais le retour aux prix d'avant 2024 reste exclu.
- Surcoût Ormuz toujours actif : depuis le 28 février 2026, le fret transite par le cap de Bonne-Espérance, avec surcharge CMA CGM jusqu'à 4 000 $ par conteneur.
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Sources : Organisation internationale du café (ICO) · Banque mondiale — Commodity Markets Outlook (oct. 2025) · INSEE — Cours café Arabica ICE · ICE — Coffee C Futures · CMA CGM — Advisory Emergency Conflict Surcharge · Conab — Estimations récoltes café Brésil · Lavazza — Lettre du président 2026 · USDA Foreign Agricultural Service · Volcafe (déc. 2024)











