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Avoirs gelés :
comment l'Iran peut dépenser six milliards au Qatar

L'argent appartient à Téhéran, mais chaque dollar circule sous contrôle : d'où viennent les six milliards iraniens bloqués au Qatar, ce qu'un État peut faire d'un avoir gelé, et pourquoi ce dégel sert de baromètre aux pourparlers avec Washington.

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Gratte-ciel illuminés le long de la promenade de la Corniche à Doha au Qatar en soirée
Des gratte-ciel illuminés le long de la Corniche à Doha, le 29 juin 2026. C'est au Qatar que sont bloqués six milliards de dollars d'avoirs iraniens.© AFP

C'est un paradoxe bien connu des sanctions internationales : l'argent appartient à l'Iran, et l'Iran ne peut pas y toucher. À Doha, les négociateurs américains et iraniens viennent pourtant d'entrouvrir le coffre. Selon l'agence officielle iranienne Irna, la dernière session de discussions techniques a débouché sur un accord permettant à Téhéran d'« acquérir des produits dont il a besoin » avec une partie de ses avoirs gelés au Qatar. Le vice-ministre des Affaires étrangères Kazem Gharibabadi a précisé que « plusieurs sujets liés à la dépense d'une partie des six premiers milliards de dollars » avaient été examinés.

D'où viennent ces six milliards ?

Ces fonds ne sont pas nés de la guerre en cours. Ce sont des recettes pétrolières iraniennes, longtemps immobilisées en Corée du Sud par le jeu des sanctions américaines, puis transférées en 2023 sur des comptes d'accès restreint au Qatar, lors d'un échange de prisonniers négocié sous médiation qatarie — cinq Américains détenus en Iran contre cinq Iraniens détenus aux États-Unis. La règle fixée alors par Washington : cet argent ne pouvait financer que des achats humanitaires — nourriture, médicaments, matériel médical et agricole — auprès de vendeurs agréés, sous la supervision du Trésor américain.

Gelé ne veut pas dire confisqué

Le gel d'avoirs est une arme financière, pas une saisie. L'État sanctionné reste propriétaire de ses fonds ; il perd seulement la capacité de les faire circuler, aucune banque n'osant traiter des transactions qui l'exposeraient elle-même aux sanctions américaines. D'où l'architecture retenue au Qatar : l'argent ne « rentre » jamais en Iran. Il circule de compte supervisé en fournisseur agréé, et Téhéran reçoit des marchandises, pas des dollars. L'accord conclu à Doha ne change pas ce principe : il rouvre le robinet, fermé depuis des mois, et en élargit l'usage aux « produits » dont le pays a besoin.

Un thermomètre des négociations

Ce dégel s'inscrit dans le processus lancé par le protocole d'accord signé le 17 juin entre Téhéran et Washington, qui prévoit au moins soixante jours de négociations — médiation du Qatar et du Pakistan, émissaires américains Steve Witkoff et Jared Kushner, et un canal de communication dédié au signalement des violations. Selon une source proche des discussions citée par l'AFP, les pourparlers se concentrent d'abord sur le détroit d'Ormuz, le nucléaire étant renvoyé à des sessions ultérieures. Le point dur n'a pas bougé : l'Iran répète vouloir imposer un droit de passage dans le détroit, ce que les États-Unis jugent inacceptable — Washington s'employant en parallèle à rassurer les monarchies du Golfe. Réunis à Bahreïn, les responsables de la défense de douze pays ont réaffirmé leur attachement à la « libre circulation du commerce » ; Ormuz est « placé sous le commandement de l'Iran, non du Centcom », a rétorqué Kazem Gharibabadi.

Les négociateurs se retrouveront après les funérailles de Téhéran, qui doivent durer six jours. D'ici là, les six milliards restent où ils sont : au Qatar, sous supervision — débloqués sur le papier, dépensés nulle part.

L'essentiel

  • Les négociations de Doha permettent à l'Iran d'utiliser une partie de six milliards de dollars d'avoirs gelés au Qatar pour acheter des produits.
  • Ces fonds, des recettes pétrolières venues de Corée du Sud, avaient été transférés à Doha en 2023 lors d'un échange de prisonniers.
  • Un avoir gelé reste la propriété de l'État sanctionné : il circule de compte supervisé en fournisseur agréé, sans jamais rentrer au pays.

Questions fréquentes

D'où viennent les six milliards de dollars iraniens bloqués au Qatar ?
Ce sont des recettes de ventes de pétrole longtemps immobilisées en Corée du Sud par les sanctions américaines, transférées en 2023 sur des comptes d'accès restreint au Qatar dans le cadre d'un échange de prisonniers entre Washington et Téhéran, négocié sous médiation qatarie.
Qu'est-ce qu'un avoir gelé ?
Des fonds dont l'État sanctionné reste propriétaire mais qu'il ne peut plus faire circuler : les banques refusent de traiter les transactions, sous peine de s'exposer elles-mêmes aux sanctions. Le gel n'est pas une confiscation — c'est un blocage de l'accès.
L'Iran peut-il retirer cet argent en liquide ?
Non. Le mécanisme mis en place prévoit que les fonds passent directement des comptes supervisés à des fournisseurs agréés : l'Iran reçoit des marchandises — historiquement de la nourriture, des médicaments, du matériel médical et agricole —, pas des dollars.
Pourquoi ce dégel intervient-il maintenant ?
Il découle du protocole d'accord signé le 17 juin entre Téhéran et Washington, qui a ouvert au moins soixante jours de négociations sous médiation du Qatar et du Pakistan. L'utilisation des six premiers milliards a été actée lors de la session technique de Doha, avant la reprise des discussions prévue après les funérailles d'Ali Khamenei.

Claire Moreau

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