L'Union européenne solde l'un de ses plus longs bras de fer commerciaux avec Washington. Le Parlement européen a ratifié l'accord douanier conclu à l'été 2025 avec Donald Trump : Bruxelles supprime ses droits de douane sur la plupart des produits industriels et agricoles américains, en échange d'un plafonnement à 15 % des taxes que le président américain avait imposées sur les exportations européennes. Mais les eurodéputés, qui jugeaient le texte déséquilibré, ne l'ont validé qu'après l'avoir lesté de garde-fous.
Ce que l'accord change
Négocié en juillet 2025 à Turnberry, en Écosse, entre Donald Trump et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, le pacte met fin à des mois d'incertitude pour le commerce transatlantique. Les Vingt-Sept renoncent à taxer la quasi-totalité des produits américains entrant dans l'Union ; en contrepartie, les surtaxes décidées par Washington sur les importations européennes sont ramenées et plafonnées à 15 %. Ses défenseurs, à droite comme au centre, y voient un gage de stabilité. « Nous avons obtenu un cadre qui va protéger plus de 16 millions d'emplois », plaide l'élue croate Zeljana Zovko (PPE) ; l'accord permettra « d'échapper au pire », abonde la libérale Karin Karlsbro.
Les garde-fous arrachés par le Parlement
Échaudés par les coups de canif répétés de Donald Trump — menaces sur le Groenland, offensives contre les règles numériques et environnementales européennes, surtaxes sur l'acier et l'automobile —, les eurodéputés ont obtenu deux verrous. Une clause de caducité, ou « sunset clause », fait expirer automatiquement l'accord fin 2029, après la fin du mandat présidentiel américain, sauf prolongation votée d'ici là. Surtout, la Commission pourra suspendre le pacte douanier si Washington ne lève pas, avant la fin de l'année, les surtaxes de 50 % qui frappent des centaines de produits contenant de l'acier et de l'aluminium. « Nous ne céderons à aucun chantage, et si les États-Unis ne respectent pas leurs engagements, nous serons en mesure de réagir », a prévenu l'eurodéputé allemand Bernd Lange.
Un accord qui divise
Le texte laisse une partie de l'hémicycle amère. « Aller au secours de Donald Trump, alors même que la Cour suprême avait remis en question ces taxes, c'est politiquement incompréhensible », s'est insurgé l'écologiste David Cormand. « Une véritable humiliation [...] on se couche devant les États-Unis », a renchéri Emma Fourreau (La Gauche). L'extrême droite elle-même s'est divisée : le groupe ECR a soutenu le texte quand les Patriotes pour l'Europe y ont vu une « capitulation ». Le vice-président de la Commission, Stéphane Séjourné, a défendu « une étape importante » pour « renforcer notre position » face aux Américains.
Les Vingt-Sept, qui avaient déjà endossé le compromis fin mai, n'ont plus qu'à donner leur feu vert formel pour clore la ratification. De quoi tenir le calendrier fixé par Donald Trump, qui avait sommé les Européens de respecter leurs engagements avant le 4 juillet, jour du 250e anniversaire des États-Unis. D'ici là, le président américain continue d'agiter l'arme douanière : en marge du G7, il a menacé de surtaxer le champagne et les vins français si Paris ne renonçait pas à sa taxe sur les services numériques.











