L'Union européenne solde l'un de ses plus longs bras de fer commerciaux avec Washington. Le Parlement européen a approuvé définitivement, le 16 juin 2026, l'accord douanier conclu à l'été 2025 avec Donald Trump : Bruxelles supprime ses droits de douane sur la plupart des produits industriels et agricoles américains, en échange d'un plafonnement à 15 % des taxes que le président américain avait imposées sur les exportations européennes. Mais les eurodéputés, qui jugeaient le texte déséquilibré, ne l'ont validé qu'après l'avoir lesté de garde-fous.
Ce que l'accord change
Négocié en juillet 2025 à Turnberry, en Écosse, entre Donald Trump et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, le pacte met fin à des mois d'incertitude pour le commerce transatlantique. Les Vingt-Sept renoncent à taxer la quasi-totalité des produits américains entrant dans l'Union ; en contrepartie, les surtaxes décidées par Washington sur les importations européennes sont ramenées et plafonnées à 15 %. Ses défenseurs, à droite comme au centre, y voient un gage de stabilité. « Nous avons obtenu un cadre qui va protéger plus de 16 millions d'emplois », plaide l'élue croate Zeljana Zovko (PPE) ; l'accord permettra « d'échapper au pire », abonde la libérale Karin Karlsbro.
Les garde-fous arrachés par le Parlement
Échaudés par les coups de canif répétés de Donald Trump — menaces d'annexion du Groenland, offensives contre les règles numériques et environnementales européennes, sanction contre l'ancien commissaire Thierry Breton, surtaxes sur l'acier et l'automobile —, les eurodéputés ont obtenu deux verrous. Une clause de caducité, ou « sunset clause », fait expirer automatiquement l'accord fin 2029, après la fin du mandat présidentiel américain, sauf prolongation votée d'ici là. Surtout, la Commission pourra suspendre le pacte douanier si Washington ne lève pas, avant la fin de l'année, les surtaxes de 50 % qui frappent des centaines de produits contenant de l'acier et de l'aluminium. « Nous ne céderons à aucun chantage, et si les États-Unis ne respectent pas leurs engagements, nous serons en mesure de réagir et nous le ferons », a prévenu l'eurodéputé allemand Bernd Lange (S&D), principal artisan du compromis.
Un accord qui divise
Approuvé à une large majorité — 440 voix pour, 151 contre et 50 abstentions —, le texte laisse néanmoins une partie de l'hémicycle amère. « Aller au secours de Donald Trump, alors même que la Cour suprême — pourtant composée en partie de ses amis — avait remis en question ces taxes que nous imposaient les États-Unis, c'est politiquement incompréhensible », s'est insurgé l'écologiste David Cormand. « C'est une véritable humiliation pour l'Union européenne. Une fois de plus, on se couche devant les États-Unis », a renchéri Emma Fourreau (La Gauche). L'extrême droite elle-même s'est divisée : le groupe ECR a soutenu le texte quand les Patriotes pour l'Europe y ont vu une « capitulation ». Le vice-président de la Commission, Stéphane Séjourné, a défendu « une étape importante » pour « renforcer notre position » face aux Américains.
Les Vingt-Sept, qui avaient endossé le compromis dès la fin mai, ont donné leur feu vert formel dans la foulée : l'accord s'applique depuis le 1er juillet 2026, dans les temps de l'ultimatum fixé par Donald Trump, qui avait sommé les Européens de respecter leurs engagements avant le 4 juillet, jour du 250e anniversaire des États-Unis. Jusqu'au bout, le président américain a continué d'agiter l'arme douanière : avant sa venue au G7 d'Évian, il avait menacé de surtaxer le champagne et les vins français si Paris ne renonçait pas à sa taxe sur les services numériques. Le Canada vient d'en faire l'expérience : malgré l'accord de libre-échange nord-américain, Washington a annoncé 50 % de droits de douane sur une partie de ses produits.











